Article

Cultiver le secteur émergent des algues marines au Canada

En Colombie-Britannique, des équipes de recherche aident des entreprises de varech novatrices à augmenter leur production, à créer des produits et à revitaliser les économies côtières.
Établissement(s)
Collège North Island
Province(s)
Colombie-Britannique

Le varech qui pousse tout le long de la côte britanno-colombienne ressemble à un simple légume de mer. Pour le Carrefour d’innovation sur les algues marines (en anglais seulement) du Collège North Island (en anglais seulement) de l’île de Vancouver, c’est plutôt une ressource inexploitée.

La demande mondiale d’algues a atteint 17 milliards de $ US en 2021 (en anglais seulement) en raison de son expansion, jusqu’alors concentrée dans les marchés alimentaires, pharmaceutiques et cosmétiques, aux matériaux de construction, aux bioplastiques et à une foule d’autres utilisations nouvelles.

Au Carrefour d’innovation sur les algues marines, les chercheurs et chercheuses se posent des questions à chaque étape de la chaîne de valeur. Quelles sont les variétés d’algues les mieux adaptées à la culture? Quelles sont les répercussions écologiques de la culture du varech? Quels sont les débouchés commerciaux pour le secteur émergent du varech dans la province?

Depuis son ouverture en 2013, le Carrefour d’innovation sur les algues marines est devenu la première source d’information et d’accès à des équipements de recherche de pointe.

« La demande a littéralement explosé », s’exclame Naomi Tabata, directrice du Centre de recherche appliquée, de technologie et d’innovation du collège. « Plus nous parlions de notre travail, plus des partenaires potentiels se pointaient le nez et nous sollicitaient pour divers projets liés aux algues ».

Portrait de Naomi Tabata

Bon nombre de ces partenaires sont des Premières Nations. Certains cherchent les bonnes espèces pour restaurer les lits de varech naturels. D’autres souhaitent développer leur exploitation d’algues et explorer le marché de l’économie bleue du Canada.

D’autres encore sont des entreprises locales comme Cascadia Seaweed (en anglais seulement), qui produit un engrais à base de varech utilisé pour augmenter le rendement de la culture des fraises, des tomates et d’autres produits agricoles. Fondée en 2019, la réussite de cette entreprise britanno-colombienne tient au fait qu’elle emploie aujourd’hui plus d’une vingtaine de personnes, fournit des agriculteurs et agricultrices de toute l’Amérique du Nord et a attiré des millions de dollars d’investissement.

Stimuler la production de varech

Aujourd’hui, le Carrefour d’innovation sur les algues marines aide Cascadia à trouver des moyens d’optimiser la production de varech à l’aide de bioréacteurs financés par la FCI et provenant d’Industrial Plankton (en anglais seulement), une société de Victoria.

Il teste la capacité de ces systèmes entièrement automatisés à fournir à la demande des gamétophytes de varech – communément appelés « semences » dans le secteur.

Les bioréacteurs offrent un milieu contrôlé pour le stockage des semences permettant aux entreprises de réagir aux imprévus de production. Ils peuvent également servir de chambres de croissance pour augmenter le volume de semences à temps pour la saison de culture.

Jennifer Clark debout, appuyée contre un mur de varech

Les premiers résultats montrent que les bioréacteurs peuvent accélérer considérablement la croissance par rapport aux méthodes traditionnelles du secteur. Les productrices et producteurs de varech disposent ainsi des quantités nécessaires à la culture commerciale des algues – et sont en mesure de déterminer eux-mêmes le moment du transfert à la ferme océanique – tout en réduisant la quantité de lignées parentales à prélever sur les algues à l’état naturel.

« C’est une innovation formidable, commente Jennifer Clark, scientifique en chef chez Cascadia Seaweed. Nous contrôlons désormais la diversité génétique, de même que la densité et la quantité de semences que nous voulons utiliser. Et nous pouvons faire tout cela à longueur d’année. »

Les productrices et producteurs de varech peuvent ainsi allonger la saison de culture, de moins de quatre à six mois ou plus, ce qui représente un gain de 50 %.

Vitaliser l’économie bleue du Canada

Grâce à des partenaires gouvernementaux et privés désireux de dynamiser l’économie côtière de la Colombie-Britannique et de faire progresser les objectifs de réconciliation économiques avec les communautés autochtones, le collège a su mettre à profit le financement de 200 000 $ de la FCI pour que l’investissement total dans le Carrefour d’innovation sur les algues marines atteigne la somme colossale de 3,6 millions de dollars.

Afin de stimuler encore davantage l’innovation, le collège a lancé en 2025 un programme de microcertification en production et transformation d’algues (en anglais seulement) très populaire qui attire des étudiants et étudiantes à l’esprit d’entreprise aspirant à se lancer dans ce secteur en pleine croissance.

Et pour aider d’autres entreprises à réussir comme Cascadia, le collège réunit des chercheurs et chercheuses, des membres des Premières Nations, des entreprises et d’autres parties prenantes afin de créer une feuille de route commerciale pour les algues du Pacifique. Il travaille également avec des collègues du Québec et du Canada atlantique au déploiement d’un réseau sectoriel national.

« C’est un secteur tellement passionnant que j’ai hâte de voir où l’on en sera dans cinq ans », indique Naomi Tabata.

Une bannière bleue avec le logo blanc du Navigateur d'installations de recherche sur la droite et un texte blanc sur la gauche promouvant l'inclusion de l'initiative de recherche de cette histoire dans le site web du Navigateur.

Le projet de recherche présenté dans cet article bénéficie également du financement de Mitacs, du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada et de Développement économique Canada pour le Pacifique.