Bientôt, moins de bébés prématurés

Yeux noirs et nez d’un bébé se pointent, des petits doigts s’agrippent aux rebords de la couverture qui l’enveloppe.

Bientôt, moins de bébés prématurés

Les naissances avant 37 semaines sont liées à une inflammation précoce des voies utérines. Des chercheurs ont mis au point une molécule qui l’inhibe.
21 décembre 2016

À l’unité des naissances du Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine, à Montréal, les réceptionnistes ont l’habitude d’accueillir certaines futures mamans terriblement stressées. Leur grossesse n’est pas encore arrivée à terme, que des symptômes se manifestent déjà : contractions, crampes, saignements importants, pression pelvienne, douleurs lombaires et autres.

Entre 5 pour cent et 15 pour cent des bébés naissent trop tôt et la prématurité constitue la première cause mondiale de décès chez les nouveau-nés. Heureusement, cette situation pourrait être bientôt de l’histoire ancienne, grâce à une toute nouvelle molécule qui empêcherait les bébés de naître trop tôt. Cette molécule, on l’a baptisée « 101.10 ».

Développée par l’équipe du néonatologiste Sylvain Chemtob, chercheur à  Sainte-Justine et auteur principal de l’étude, 101.10 a déjà donné des résultats plus que concluants chez la souris. « Notre molécule fonctionne à de faibles concentrations avec une grande efficacité », s’enthousiasme Christiane Quiniou, associée de recherche.

« Les naissances prématurées constituent un problème de santé publique commun, dont le taux ne diminue pas », déplore Mathieu Nadeau-Vallée, doctorant en pharmacologie à l’Université de Montréal sous la supervision de Sylvain Chemtob. Les progrès médicaux fulgurants des dernières années ont permis d’améliorer les chances de survie des enfants nés entre 22 et 37 semaines de gestation (sur 40), mais ils n’ont pas réussi à retarder les accouchements s’annonçant précoces. « À ce jour, des médicaments peuvent réduire les contractions utérines, mais ils ne prolongent pas la gestation de plus de quelques jours et engendrent souvent des effets indésirables », ajoute le doctorant. Les conséquences psychologiques sur la famille et le risque de problèmes de santé à long terme pour l’enfant sont donc toujours bien présents.

Pour mieux comprendre le fonctionnement de la nouvelle molécule conçue à Sainte-Justine, dont la découverte a été publiée dans The Journal of Immunology en aout dernier, il faut connaitre les processus à l’origine d’un accouchement prématuré. « Nous savons que, lors d’un accouchement à terme, c’est généralement une inflammation normale des tissus de l’utérus qui déclenche les contractions, explique Mathieu Nadeau-Vallée. Dans le cas d’une naissance prématurée, nous avons observé qu’une infection peut déclencher le processus inflammatoire trop tôt. »

À ce sujet, l’interleukine-1 (IL-1) retient l’attention des chercheurs depuis 25 ans. Il s’agit d’une protéine majeure, impliquée dans tous les processus inflammatoires. Lors d’un accouchement prématuré, on remarque que son taux est anormalement élevé chez la mère. De plus, lorsqu’on l’administre à forte dose à des souris et à des singes, elle déclenche l’accouchement. Mais en même temps, elle s’avère une véritable garde du corps pour le fœtus en développement, qu’elle protège, entre autres, contre les infections.

L’idéal serait donc d’empêcher l’inflammation, tout en conservant l’effet protecteur. « Justement, explique Christiane Quiniou, la caractéristique de notre nouvelle molécule, c’est qu’elle bloque une partie de l’effet biologique de l’IL-1. » N’en gardant, en somme, que le meilleur.

Il a fallu une dizaine d’années de recherche pour mettre au point 101.10. Christiane Quiniou l’a d’abord modifiée et optimisée. Elle l’a ensuite testée in vitro. Puis elle a vérifié son efficacité sur des maladies inflammatoires comme l’arthrite. « Les résultats obtenus étaient encourageants, dit-elle. Nous sommes donc passés à l’étape suivante : prouver l’efficacité de notre petite molécule dans la prévention de la prématurité. »

C’est alors que Mathieu Nadeau-Vallée est entré en scène. Il a utilisé des souris gestantes. « Tout l’été 2014, je les ai surveillées régulièrement à l’animalerie, se rappelle-t-il. Lorsque j’ai vu que seules les femelles traitées avec 101.10 n’accouchaient pas prématurément, j’ai su que nous avions réussi! ». Le doctorant ne s’est pas arrêté à ce premier succès. Il a reproduit l’expérience en simulant cette fois-ci une infection chez les souris. Encore une fois, celles qui avaient bénéficié du nouveau traitement thérapeutique ont été les seules à mettre bas à terme. Une première!

Molécule miracle, ce minuscule peptide constitué de seulement sept acides aminés? L’avenir le dira. L’équipe du docteur Sylvain Chemtob collabore donc avec d’éminents chercheurs en prématurité des universités de l’Alberta et d’Adélaïde, en Australie.

Cet article a paru dans l’édition Janvier-Février 2016 du magazine Québec Science.