Preventing back injuries in the work place

Ryan Greene, entouré d’illustrations au trait

Prévenir les blessures au dos en milieu de travail

L’étudiant à la maitrise Ryan Greene tente de découvrir si la position assise prolongée cause des douleurs et des blessures au dos
22 mars 2018

Ryan Greene rédigeait une revue de la littérature à son bureau quand il a été terrassé par l’objet même de ses recherches.

Alors qu’il se levait de son siège, les muscles de son dos se sont bloqués, provoquant une douleur qui l’a plié en deux.

« Ça faisait vraiment mal. Je croyais devoir aller à l’hôpital ».

Le sujet de l’article? Les effets de la position assise prolongée sur le mal de dos.

Ryan Greene est étudiant à la maitrise en épidémiologie clinique à la Memorial University of Newfoundland. Sous la direction de Diana De Carvalho, titulaire d'une chaire professorale en biomécanique de la Fondation canadienne pour la recherche en chiropratique, il étudie l’incidence de la position assise sur la colonne vertébrale chez l’être humain.

Ce domaine de recherche en relativement nouveau. En effet, les chercheurs ne savent pas encore si, ou comment, la position assise prolongée occasionne des blessures au dos. Mais comme certaines études montrent que de 70 à 85 pour cent des gens subiront des blessures au dos à un moment ou à un autre de leur vie – et puisque les gens passent de plus en plus de temps assis devant l’ordinateur –, la corrélation est fascinante. Et les recherches menées au laboratoire de la professeure De Carvalho pourraient avoir des applications pratiques pour des millions de Canadiens.

« Actuellement, il n’existe aucune norme professionnelle relative à la position assise », précise Diana De Carvalho. Titulaire d’un doctorat en kinésiologie, la chiropraticienne est professeure adjointe à la faculté de médecine de la Memorial University, et en affectation secondaire à la School of Human Kinetics and Recreation. « Nous avons besoin de données probantes de qualité pour formuler des recommandations sur divers aspects comme le temps passé en position assise, les pauses et les comportements à adopter. Faut-il privilégier un certain type de siège? Doit-on s’assoir ou se tenir debout à son bureau? C’est notre responsabilité d’offrir des postes de travail sécuritaires aux employés. »

Même s’il se passionne pour la recherche scientifique, Ryan Greene n’a pas suivi un parcours linéaire jusqu’à la maitrise.

L’étudiant a grandi à Blue Mountain, une collectivité rurale située à deux heures d’Halifax. Ce rapport étroit avec la nature a stimulé son intérêt pour la biologie – un intérêt qui a continué de croitre au secondaire quand il s’est découvert un amour pour la génétique et la microbiologie.

« On peut s’interroger sur un sujet, voir le monde sous un autre angle et acquérir une compréhension différente de soi-même ».

Il s’inscrit au programme de sciences de premier cycle à la St. Francis Xavier University, mais ne trouvera ses marques que durant ses deux dernières années d’études. Il décide ensuite de retourner à l’université pour obtenir un diplôme en administration des affaires.

« Je pensais m’orienter en gestion des soins de la santé. Je me disais que ma formation en administration et en science constituerait une bonne base. »

Pour financer ses études, il dirige les laboratoires d’une écloserie d’huitres au Nouveau-Brunswick. Après deux ans, des pathogènes hydriques envahissent le détroit de Northumberland et entrainent la disparition de l’écloserie, mais cette expérience a ranimé chez lui la passion de la science.

Il s’inscrit donc à la maitrise en épidémiologie clinique à la Memorial University et déménage à St. John’s, à Terre-Neuve-et-Labrador.

« Mes études de premier cycle m’avaient laissé sur ma faim. Je sentais que je devais revenir à ce que j’aimais vraiment, à un domaine où je pourrais étudier toutes sortes de choses intéressantes et mener des travaux qui auraient des retombées bénéfiques sur la population. »

Au Spine Lab de Diana De Carvalho, qui combine science fondamentale et applications pratiques, les chercheurs s’intéressent aux mécanismes des blessures, aux options de traitement et aux stratégies de prévention. Après avoir créé le laboratoire en 2015, la chercheuse a pu augmenter ses ressources grâce au financement de la FCI en 2016. Elle s’est ainsi procuré diverses pièces d’équipement. Grâce à l’achat de caméras de capture de mouvement, d’un système électromyographique sans fil et de dispositifs de compression, elle peut étudier en détail en compagnie de ses étudiants la réaction des muscles et des articulations du dos soumis à différentes contraintes.

« Ryan est formidable. Il est très motivé. Je lui ai confié l’un des volets les plus complexes de mon programme de recherche. »

Dans ses travaux de mémoire, Ryan Greene examine si la position assise prolongée ralentit le temps de latence réflexe dans les muscles du dos. Le chercheur pose l’hypothèse que l’inactivité associée à la position assise amène les muscles à réagir plus lentement quand ils sont soudainement sollicités – par exemple, lorsqu’on pivote ou qu’on ramasse un objet.

Aussi, la position assise exerce une pression sur les muscles du dos, ce qui finit avec le temps par les étirer – un phénomène appelé Fluage des tissus. L’expérience de Ryan Greene vise à déterminer s’il se produit en position assise sur une chaise de bureau. Cette position a pour effet d’accentuer l’amplitude des mouvements de la colonne : le travailleur risque alors de se pencher ou de se tourner trop, ce qui expose les articulations de sa colonne vertébrale à des risques de blessure.

Selon Ryan Greene, cette amplitude du mouvement peut aussi modifier la réponse normale des muscles du dos. Par exemple, un retard du temps de réaction compromet la capacité des muscles à stabiliser la colonne et peut causer une blessure au dos.

« L’exemple classique est celui du livreur. Assis à un ordinateur ou dans une camionnette, il se lève ensuite pour soulever un paquet lourd et il se fait mal au dos. »

Ryan Greene dit ne pas savoir où le mèneront ses recherches une fois son diplôme de maitrise en poche, mais, pour le moment, il est heureux de travailler dans un domaine qui a des répercussions directes sur la vie des gens.

« Il est difficile de quitter un domaine d’étude qui porte sur un problème répandu comme celui-là et pour lequel on a très peu de réponses. Il existe des recommandations, mais on n’a encore aucune conclusion concrète et définitive sur les maux de dos au travail. »