Diving off the Datça

Des maisons sur la péninsule de Datça, en Turquie, entourées d’une eau bleue cristalline et d’une plage de sable

Plongée à Datça

Une archéologue maritime de la Brock University explore des épaves à la recherche de vestiges commerciaux de l’Ancien Monde
28 mai 2018

Dans l’eau rendue trouble par la boue, Elizabeth Greene se creuse un chemin à travers les sédiments d’un site sous-marin pendant une fouille archéologique dans le sud-ouest de la Turquie, en 2015.

Travaillant presque à l’aveugle, elle perçoit tout de même quelque chose qui dépasse du sol : du bout des doigts, elle sent les dents d’un petit peigne en bois ressortir du sable. Il faisait probablement partie d’une trousse d’épouillage vieille de 2 500 ans.

Cet artéfact se trouvait dans un port de la péninsule de Datça, à Burgaz, un site archéologique turc surplombant la Méditerranée.

« On peut s’imaginer un matelot qui se peignait pour s’enlever les poux, et soit que le peigne s’est brisé, soit qu’il était si dégouté à la vue du peigne plein de poux qu’il l’a jeté à l’eau », explique Elizabeth Greene, professeure agrégée en art et archéologie grecs à la Brock University.

À titre d’archéologue maritime, Mme Greene étudie les vestiges marins des civilisations anciennes. Elle a collaboré avec la Middle East Technical University à Ankara, en Turquie, et la Stanford University, en Californie, dans la fouille de quatre ports à Burgaz depuis 2011.

Elle et son équipe font de la plongée sous-marine pour trouver des vestiges des peuples qui vivaient à cet endroit aux époques archaïque, classique, hellénistique et impériale romaine.

« Ça nous laisse entrevoir les objets perdus dans les ports et probablement utilisés à bord », précise-t-elle.

Après sept ans d’exploration des ports à la recherche de restes de navires, Elizabeth Greene et ses collaborateurs travaillent avec l’Institute of Nautical Archaeology et le Bodrum Museum of Underwater Archaeology, tous deux situés à Bodrum, aussi en Turquie, pour préserver ces trésors d’époque.

Selon l’archéologue, les touristes pourraient s’intéresser à beaucoup de leurs trouvailles. Elle propose, entre autres, d’aménager des sentiers pour que les visiteurs et la population locale puissent explorer les structures de pierre qui faisaient partie des anciens ports de Burgaz, dont certaines émergent de l’eau.

Un autre de ses projets consiste à reproduire une épave découverte près de la côte turque et à l’exposer, submergée, au Bodrum Museum afin que les touristes plongent pour l’explorer.

« Nous cherchons avant tout à permettre aux gens d’observer ces sites anciens pour qu’ils puissent réfléchir sur les relations et le mouvement dans l’Ancien Monde et faire des liens avec les gens d’aujourd’hui. »

Burgaz a été occupée par un peuplement résidentiel au 6e siècle av. J.-C., mais les maisons et les bâtiments publics ont été remplacés par des ateliers et des lieux de transformation de produits agricoles vers le milieu du 4e siècle av. J.-C., selon Elizabeth Greene.

Les ports de Burgaz servaient également au commerce et aux activités maritimes, mais le pôle culturel s’est déplacé vers Cnide, à la pointe ouest de la péninsule, à cause de l’expansion de la civilisation grecque et des conquêtes d’Alexandre le Grand.

« Le monde a pris beaucoup d’ampleur à l’époque hellénistique, de sorte que le port régional de Burgaz a perdu de son utilité dans l’optique du commerce international qui est apparu au 4e siècle. »

Burgaz a continué de produire d’importants produits, comme l’huile d’olive et le vin, qui étaient ensuite envoyés à Cnide et exportés par bateau en Égypte, en Grèce, à Chypre et en Méditerranée occidentale.

Selon Elizabeth Greene, l’évolution de cités anciennes comme Burgaz peut nous renseigner sur l’évolution des industries et des économies d’aujourd’hui.

Elle cite sa ville de résidence en exemple : St. Catharines, dans la région du Niagara dans le sud de l’Ontario, où se trouve le campus principal de la Brock University, s’est radicalement transformée depuis sa colonisation au 18e siècle. D’abord une importante productrice de bois d’œuvre et de céréales, la ville s’est ensuite consacrée à la culture fruitière. Beaucoup plus tard, elle est devenue un carrefour majeur de la construction automobile. Aujourd’hui, St. Catharines est un centre régional d’enseignement, de soins médicaux et de production vinicole.

« Les gens ont tendance à croire que les changements économiques sont néfastes et conduisent les villes à leur perte, poursuit Elizabeth Greene. En fait, dans bien des cas, les régions et les villes sont capables de s’adapter à l’évolution constante de leur population, de leurs contacts économiques et de leurs relations. »

A black comb with debris stuck in tines
Peigne en bois vieux de 2 500 ans trouvé dans un port à Burgaz, en Turquie
Mention de source : Burgaz Harbors Project