Cultiver l’ergonomie chez les agriculteurs

Un agriculteur prépare la terre avec un lit de semence pour l'année suivante.

Cultiver l’ergonomie chez les agriculteurs

Des chercheurs de la University of Saskatchewan se penchent sur la cause des douleurs lombaires dont souffrent les trois quarts des agriculteurs au Canada et y proposent des solutions.
3 avril 2018

Il n’est pas surprenant que les agriculteurs souffrent de maux de dos plus souvent que la plupart d’entre nous. Ils travaillent de longues heures, soulèvent de lourdes charges et doivent se hisser dans de hauts tracteurs et camions et en redescendre. Mais s’il est bien une cause surprenante de ces douleurs, c’est la vibration causée par la machinerie lourde.

Étudiante à la University of Saskatchewan, Xiaoke Zeng a travaillé de concert avec les agriculteurs pour étudier les effets sur la santé de la vibration globale du corps. « Conduire, c’est banal pour eux. Ils le font chaque jour et passent très fréquemment d’un véhicule à l’autre », souligne l’étudiante.

« Il ne fait aucun doute que la fréquence des vibrations a des effets sur le corps humain. »

Dans différentes mesures, nous sommes tous soumis à des vibrations, que ce soit en voiture ou en autobus pour nous rendre au travail. Toutefois, comme les agriculteurs conduisent sans arrêt des véhicules lourds sur des terrains cahoteux, leur exposition aux vibrations pose un danger potentiellement supérieur.

Xiaoke Zeng travaille au laboratoire national de l’hygiène industrielle en milieu agricole sous la direction de Catherine Trask, une chercheuse financée par la FCI et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en ergonomie et en santé musculosquelettique. Avec un groupe d’étudiants, elle a recueilli des données sur 54 agriculteurs saskatchewanais en 2015.

L’équipe s’est penchée sur huit types de véhicules : le tracteur, la moissonneuse-batteuse, le camion de grain, le véhicule tout-terrain, le chargeur à direction à glissement, le pulvérisateur agricole, la camionnette et la faucheuse-andaineuse. Les vibrations causées par les déplacements à cheval ont aussi été étudiées.

Un coussin doté de plusieurs capteurs attaché au siège des véhicules a enregistré la fréquence des vibrations pendant le travail des agriculteurs, puis ces données ont été analysées au laboratoire.

Les agriculteurs ont également été filmés en train d’accomplir différentes tâches et ont répondu à des questions sur leurs maux de dos et leurs stratégies pour les atténuer.

On peut comparer les vibrations produites par la machinerie agricole à la voix d’une chanteuse d’opéra qui atteint une note très aigüe à côté d’une coupe : si la vibration de la voix atteint une fréquence précise, le verre se brise. De la même manière, la colonne vertébrale de l’être humain risque de subir des lésions si elle vibre à une certaine fréquence.

La recherche en ergonomie montre que la colonne vertébrale est plus sujette aux lésions lorsque la fréquence se situe entre 2,5 et 10 hertz, soit entre 2,5 et 10 vibrations par seconde. Plus la fréquence de vibration d’un véhicule s’approche de ces valeurs, plus la vibration risque de causer de la résonance, surtout dans la colonne vertébrale, ce qui peut provoquer des douleurs lombaires.

Catherine Trask indique que la vibration des moteurs diésel se trouve justement dans cette fourchette dangereuse. Xiaoke Zeng ajoute que l’équipe a découvert avec surprise que les déplacements à dos de cheval provoquaient les fréquences les plus néfastes, soit entre 2,5 et 4 hertz. Elle précise cependant qu’il faudra d’autres études pour prouver les effets des déplacements à cheval sur la colonne vertébrale de l’être humain.

L’amplitude de la vibration, c’est-à-dire la hauteur à laquelle on rebondit, constitue également un facteur de risque important pour les maux de dos.

Les chercheurs ont aussi découvert que les véhicules de petite taille, comme les véhicules tout-terrain et les chargeurs à direction à glissement, produisent la plus haute amplitude de vibration. La machinerie lourde, par exemple les moissonneuses-batteuses, produit quant à elle une amplitude plus faible.

Outre ces facteurs, le temps passé au volant fait également augmenter la gravité potentielle des lésions à la colonne vertébrale.

Mme Trask souligne que le principal point à retenir, c’est de prendre des pauses fréquentes pour se lever, marcher et s’étirer.

L’équipe de la chercheuse espère que ses recherches contribueront à la conception de meilleure machinerie agricole, rendue plus sécuritaire par des caractéristiques ergonomiques atténuant les effets des vibrations.

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