Lonesome no more: When virtual reality goes social

Silhouettes de nombreuses personnes en interaction sur une surface réflectrice qui ressemble à de l’eau.

Adieu, solitude : bienvenue à la réalité virtuelle sociale

Des chercheurs de l’Université de Montréal ont breveté une technologie permettant à des personnes de différents endroits d’interagir dans un même environnement de réalité virtuelle
30 mai 2019

À voir l’évolution fulgurante de la technologie de nos jours, il y a fort à parier que la réalité virtuelle fera partie de notre quotidien dans les décennies à venir. Après tout, pourquoi se limiter à la réalité lorsqu’il est possible de plonger dans un monde artificiel conçu sur mesure pour le divertissement ou l’enseignement?

Mais la réalité virtuelle ne deviendra pas omniprésente en criant ciseau. La plupart des systèmes de réalité virtuelle requièrent le port d’un casque, ce qui complique les interactions avec les personnes réelles à proximité. Et la plupart des systèmes qui troquent le casque contre des écrans et des projecteurs multiples ne sont pas vraiment portables et limitent les interactions de l’utilisateur aux seules personnes présentes dans la même pièce.

Ce sont ces contraintes qui ont donné à Tomás Dorta et à son équipe de chercheurs de l’Université de Montréal l’idée de créer une meilleure solution.

Un écran circulaire entoure une personne, vue de derrière, regardant un écran d’ordinateur portable.

Un utilisateur se trouve dans un environnement virtuel créé par un projecteur (placé derrière l’ordinateur portable) dirigé vers un miroir convexe suspendu au plafond. Le miroir reflète les images sur un écran sphérique concave pour créer l’immersion 3D.

Mention de source : Emmanuel Beaudry Marchand

Deux personnes tenant des tablettes regardent des croquis tridimensionnels de bâtiments projetés sur un écran circulaire.

Le système Hyve-3D permet à plusieurs personnes de collaborer simultanément sur des esquisses 3D qui pourraient servir en conception architecturale.

Mention de source : Hybridlab

Trois personnes regardent un ordinateur portable devant un écran circulaire qui montre une projection tridimensionnelle d’un campus avec de grands bâtiments en briques rouges.

À Lódz, en Pologne, des participants à un atelier de design collaboratif travaillent en temps réel avec une équipe à Montréal.

Mention de source : Emmanuel Beaudry Marchan

Leur invention, Hyve-3D, est révolutionnaire pour au moins trois raisons : elle tient dans quelques valises et peut facilement s’installer au plafond, ce qui la rend portable, n’importe qui disposant du même système peut se connecter et interagir, donc des personnes dans des endroits différents peuvent partager le même environnement virtuel, et comme elle ne requiert pas de casque, on peut saisir le langage non verbal et voir les expressions faciales des autres participants. Ainsi, bien que virtuelle, la réalité n’en est pas moins sociale.

Une technologie révolutionnaire née en laboratoire à la source du succès d’une entreprise privée

En plus du système de projecteur et d’écran, l’équipe de M. Dorta a conçu un logiciel pouvant transformer un appareil comme un iPad en curseur 3D. En inclinant l’appareil ou en le faisant tourner, l’utilisateur peut dessiner et interagir avec les images projetées en 3D. Selon le principal intéressé, cette fonction est essentielle pour la réalité augmentée de demain.

À son lancement, le système a suscité beaucoup d’intérêt; pensons au magazine Bloomberg, qui l’a nommé comme technologie à surveiller en 2014. L’université a breveté et commercialisé la technologie la même année. Depuis, l’entreprise dérivée du laboratoire, Systèmes Hybridlab, a vendu de multiples systèmes à des entreprises et à des établissements d’enseignement des quatre coins du monde.

L’immersion collective dans un environnement 3D, un puissant outil de design

La capacité d’interagir avec un groupe de personnes dans un environnement 3D rend possibles de nombreuses applications qui pourraient transformer les méthodes de création et d’apprentissage.

Prenons un exemple : des chercheurs de divers pays modélisant collectivement de nouveaux médicaments.

« Il pourrait être possible de manipuler une protéine à l’échelle moléculaire, puis quelqu’un dans un autre laboratoire, ailleurs dans le monde, introduirait une nouvelle enzyme – soudainement, tout le monde comprendrait ce qui se passe parce que tout le monde verrait le même phénomène ensemble », imagine M. Dorta.

À l’aide d’images captées par un appareil photo à 360 degrés, Hyve-3D peut aussi recréer des espaces réels, modifiables ensuite dans un environnement virtuel. Des architectes pourraient, par exemple, tracer des plans en superposition aux images du monde réel, tout en écoutant les commentaires du client en temps réel. « C’est une façon de se téléporter », explique M. Dorta.

Applications en enseignement et en recherche

Ce système se trouve dans des musées, où son aspect interactif sert à piquer la curiosité des visiteurs, et de nombreux domaines de recherche.

Des partenaires en France ont recueilli des données physiologiques et psychologiques des utilisateurs de Hyve-3D pour étudier le processus de création en groupe.

« Dans un processus de design, les gens parlent. Nous avons mesuré leur expérience », affirme M. Dorta. Les données ont été tirées en partie des échanges verbaux et des gestes des participants. « Il y a une "voix intérieure" à laquelle nous avons réussi à accéder. »

Une technologie qui fait l’orgueil du Canada

M. Dorta se targue de l’attention suscitée par Hyve-3D sur l’échiquier mondial – surtout comme il s’agit d’une technologie dont certains volets pourraient un jour devenir omniprésents. « C’est une belle aventure, l’exportation de technologie canadienne. Petit à petit, nous construisons un réseau social d’appareils de réalité virtuelle fabriqués au Canada. »