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Vers une énergie nucléaire de nouvelle génération

Des recherches sur la corrosion se traduiront par de petits réacteurs nucléaires modulaires moins chers et plus sûrs que jamais.
Publié Le
Établissement(s)
Université de Regina
Province(s)
Saskatchewan
Entrevue(s)
Arthur Situm
Professeur adjoint et titulaire de la Chaire de recherche du Canada de niveau 2 sur les petits réacteurs nucléaires modulaires – sécurité et délivrance des autorisations
Université de Regina

Spécialisé dans la corrosion dans les petits réacteurs nucléaires modulaires

Steve Livingstone
Ingénieur principal
SaskPower

Spécialisé dans le développement de petits réacteurs modulaires 

On nous demande souvent
Q:
Les petits réacteurs modulaires sont-ils sûrs?
Arthur Situm: Oui, tout à fait. Les types de réacteurs que nous construisons sont conçus pour fonctionner selon le principe dit de « circulation naturelle ». Il n’est donc pas nécessaire de recourir à un générateur diesel pour assurer la sécurité du réacteur en cas de panne d’électricité généralisée ou de grave accident. En effet, le réacteur peut fonctionner uniquement grâce à la circulation naturelle du fluide de refroidissement; la sécurité ne repose donc pas sur un groupe électrogène diesel de secours.

En abrégé

  • Comme les petits réacteurs nucléaires modulaires peuvent être déployés dans des réseaux énergétiques de plus petite taille et sur des sites éloignés, ils ont un rôle déterminant à jouer dans la transition vers l’énergie propre au Canada;
  • Mieux la corrosion est maîtrisée, plus la durée de vie du réacteur sera longue, ce qui permet, en fin de compte, de réduire les coûts de l’énergie nucléaire;
  • Les travaux de recherche menés à l’Université de Regina se penchent sur les moyens d’y parvenir, tant en ce qui concerne les petits réacteurs modulaires actuels que les modèles de nouvelle génération utilisant des combustibles et des réfrigérants innovants

Les petits réacteurs nucléaires modulaires sont appelés à jouer un rôle central dans l’avenir énergétique du Canada et du monde entier. En effet, ces dispositifs produisent entre quelques mégawatts d’électricité (pour les microréacteurs modulaires) et quelques centaines (pour les réacteurs raccordés au réseau électrique). Tout comme les grands réacteurs, ils produisent une énergie fiable et décarbonée, assurant une alimentation de base vingt-quatre heures d'affilée qui vient compléter les énergies renouvelables intermittentes.

Cependant, ceux-ci prennent moins de temps et coûtent moins cher à construire qu’un grand réacteur traditionnel de type CANDU. De plus, grâce à leur petite taille, ils peuvent être utilisés dans des réseaux énergétiques plus petits, voire sur des sites éloignés et non raccordés au réseau, dans le cas des microréacteurs modulaires.

C’est pourquoi l’Ontario, le Nouveau-Brunswick et la Saskatchewan s’apprêtent à en installer au cours de la prochaine décennie. La Saskatchewan envisage pour sa part de construire jusqu’à deux petits réacteurs modulaires d’une puissance de 300 mégawatts, destinés à être raccordés au réseau, le premier devant être mis en service au milieu des années 2030. La province étudie également la faisabilité de projets de grands réacteurs et de petits réacteurs modulaires de pointe afin de répondre à la demande en électricité et en chaleur du secteur industriel.

Pourquoi la prévention de la corrosion est-elle un enjeu dans les installations nucléaires?

Debout dans son laboratoire, Arthur Situm porte des lunettes de protection, une blouse blanche et des gants. À ses côtés se trouvent une boîte à gants, une bouteille de gaz et divers équipements.
Grâce à une boîte à gants sur mesure, combinée à un spectromètre Raman et à des sondes, l’équipe d’Arthur Situm peut analyser la réaction des sels fondus à des températures pouvant atteindre 900 °C. Dans le laboratoire sur la corrosion du combustible des petits réacteurs modulaires, on trouve aussi des postes de travail électrochimiques destinés aux essais de corrosion, ainsi qu’un four tubulaire à haute température et un générateur de vapeur permettant de tester les matériaux dans des conditions analogues à celles d’une fusion du cœur d’un réacteur nucléaire.

Les étudiantes et étudiants d’Arthur Situm à l’Université de Regina (en anglais seulement) participeront fort probablement à ces travaux. En effet, le titulaire de la Chaire de recherche du Canada de niveau 2 sur les petits réacteurs nucléaires modulaires – sécurité et délivrance des autorisations étudie les moyens de maîtriser la corrosion dans les petits réacteurs modulaires actuels et de nouvelle génération.

Parmi les défis auxquels s’attaque son laboratoire sur la corrosion du combustible des petits réacteurs modulaires (en anglais seulement) figure la corrosion qui survient dans les réacteurs conventionnels à refroidissement par eau. En effet, en cas de fuite, une accumulation d’énergie thermique pourrait déclencher des réactions à haute température susceptibles de ronger la gaine protectrice qui entoure le combustible nucléaire. L’équipe d’Arthur Situm met donc au point des matériaux de gainage du combustible mieux à même de résister à cette corrosion.

Elle se penche également sur les technologies émergentes liées aux petits réacteurs modulaires qui utilisent, de manière très efficace, des sels fondus comme fluide de refroidissement ou combustible, voire les deux. Or, au fil du temps, ces sels engendrent une forme de corrosion particulièrement difficile à maîtriser. «‎ Cette corrosion dissout lentement le métal, un peu comme un morceau de sucre qui fond dans l’eau‎ », explique le chercheur. Son équipe étudie donc des moyens d’ajouter un métal sacrificiel aux sels eux-mêmes afin de retarder la corrosion et, par conséquent, de prolonger la durée de vie du réacteur.

Grâce à une boîte à gants résistante aux températures élevées, financée par la FCI, combinée à un spectromètre Raman, l’équipe peut étudier en temps réel comment réagissent les sels fondus. «‎ Pour autant que je sache, il s’agit, pour l’instant, du seul dispositif au monde permettant de mener ces expériences alors que la corrosion est en cours‎ », explique Arthur Situm.

Enfin, les chercheurs et chercheuses étudient la possibilité de transformer ces sels en une céramique résistante à la corrosion dans les dépôts situés dans les formations géologiques profondes qui accueilleront un jour les déchets nucléaires du Canada.

En chiffres

300 000
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Nombre estimé de foyers qu’un petit réacteur modulaire de 300 MW peut alimenter pendant un an

Dollar sign on target icon
+ de 150 G$
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Estimation de la valeur du marché mondial annuel des petits réacteurs modulaires d’ici 2040

À l’avant-garde de l’innovation nucléaire

Bien que les petits réacteurs modulaires de nouvelle génération qui utilisent des fluides de refroidissement autres que l’eau en soient encore à l’étape de la R.-D., ils pourraient être dans la mire de SaskPower (le principal service public d’électricité de la Saskatchewan), et ce, dans un avenir pas si lointain. C’est pourquoi le laboratoire d’Arthur Situm constitue un atout majeur. «‎ Lorsque nous commencerons à réfléchir à la mise en œuvre de ces réacteurs de pointe, c’est vers lui que nous nous tournerons afin de tirer parti de son expertise au sein de la province‎ », explique Steve Livingstone, ingénieur principal chez SaskPower, qui a collaboré avec le chercheur dans le cadre de ses travaux de recherche.

Entre-temps, un centre d’essais et d’autorisation de sécurité destiné aux petits réacteurs modulaires, doté d’un budget de 7 millions de dollars et dont l’ouverture est prévue en 2027 ou 2028, viendra compléter les compétences et l’équipement de recherche nucléaire existants de l’université, notamment le laboratoire d’Arthur Situm. Toutes ces installations attireront de nouvelles personnes de talent et positionneront la Saskatchewan à l’avant-garde de la technologie des petits réacteurs modulaires, un marché mondial qui devrait peser 150 milliards de dollars par année d’ici 2040, selon le Plan d’action canadien pour les petits réacteurs modulaires.

«‎ C’est ici, en Saskatchewan, qu’on trouve les projets les plus innovants en matière de nouvelles centrales nucléaires propres‎ », affirme Steve Livingstone.


Autrice : Julie Stauffer est à la barre de Cadmium Red Communications, une agence de rédaction et de révision spécialisée en développement durable, en génie et en santé.

Partenaires de financement : Le projet de recherche présenté dans cet article bénéficie également du financement d’Énergie atomique du Canada limitée, du Programme des chaires de recherche du Canada,de Ressources naturelles Canada et du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada.