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La science pour les jeunes : la clé de l’avenir économique du Canada

Des solutions concrètes aux défis sociétaux de demain

La science pour les jeunes : la clé de l’avenir économique du Canada

Au sortir de la pandémie mondiale, le Canada fait face à deux difficultés connexes en matière de croissance économique : une grave pénurie de personnel qualifié et la nécessité de doter la population canadienne des connaissances essentielles pour naviguer dans un univers de plus en plus technologique. 

Face à ces enjeux, nous devons susciter les occasions d’impliquer les personnes établies au Canada qui ont du talent, nous devons offrir des chances de perfectionnement et viser la rétention de la main-d’œuvre. Nous devons aborder ces questions dans une perspective à long terme et garder le facteur humain en tête des priorités. Il nous faut commencer par les jeunes, celles et ceux qui planifient leur carrière autant que celles et ceux qui arrivent sur le marché du travail. Les possibilités que nous leur offrirons conditionneront leur avenir.

C’est pourquoi la Fondation canadienne pour l’innovation, en collaboration avec l’Acfas, a engagé la société d’études de marché Ipsos pour réaliser un sondage auprès des jeunes de 18 à 24 ans à l’échelle du pays. Nous avons questionné ces jeunes sur leur confiance dans la science, leur intérêt pour une carrière scientifique ou dans d’autres domaines et les sources d’information qu’elles et ils consultent pour prendre leurs décisions.

Les résultats montrent que la science importe pour les jeunes adultes du pays. En effet, 70 pour cent des personnes interrogées affirment que l’on peut se fier à la science parce qu’elle repose sur des faits et non sur des opinions, et 77 pour cent pensent que les disciplines des STIM (sciences, technologie, ingénierie et mathématiques) représentent de bons secteurs professionnels pour leur groupe d’âge.

D’autres résultats sont toutefois préoccupants. Dans une cohorte de jeunes adultes qui s’intéressent à la science, 84 pour cent soutiennent se sentir mal équipés pour comprendre cette discipline, ce qui est souvent lié à un manque de confiance dans les mathématiques. Les personnes interrogées se fient également de manière disproportionnée aux médias sociaux comme source d’information. Quelque 75 pour cent d’entre elles utilisent les médias sociaux quotidiennement et 40 pour cent y consacrent quatre heures ou plus par jour, que ce soit Instagram, YouTube ou TikTok. De plus, 73 pour cent des répondantes et répondants déclarent suivre au moins une influenceuse ou un influenceur qui exprime des opinions antiscientifiques sur les médias sociaux.

La culture scientifique n’a jamais revêtu autant d’importance pour notre société. Le sondage s’est déroulé dans un espace public où les médias sociaux, les fausses nouvelles et des sources non fiables conditionnent grandement l’adoption d’attitudes et de systèmes de croyances chez les jeunes. Ces phénomènes peuvent les accompagner toute leur vie et avoir une incidence directe sur leur carrière, leur santé et leurs choix de société.  

Pour approfondir les résultats de notre sondage, nous avons réuni des spécialistes de l’enseignement des sciences, de la communication scientifique et du développement des compétences dans le but de tenir une discussion nationale sur les jeunes et la science. Tous et toutes ont convenu qu’il s’agit là d’une question fondamentale pour l’avenir de notre société et de notre économie : elle est d’une telle importance que les pouvoirs publics, le corps professoral, les scientifiques et les communicateurs et communicatrices doivent s’unir pour l’aborder. 

D’après leurs discussions, les écoles doivent prioriser l’enseignement de la méthode scientifique et la réflexion critique. Aucun enfant n’est trop jeune pour apprendre à s’interroger, à raisonner et à penser de manière indépendante. On doit appréhender la science et toute acquisition de savoirs comme un processus au cours duquel notre compréhension se développe et progresse selon les informations disponibles à ce moment-là. Autrement dit, il faut fournir aux élèves des problèmes à résoudre qui reflètent des questions majeures dont les solutions sont imprévisibles. En montrant aux jeunes que les preuves scientifiques se recueillent au fil du temps, en leur exposant la complexité des problèmes, nous les aiderons à apprécier l’évolution des connaissances scientifiques. Ils pourront ainsi donner un sens aux informations diffusées lors d’une crise de santé publique ou environnementale, par exemple.

Les spécialistes de la communication ont également du pain sur la planche. Ils doivent avant tout éviter de répéter toujours le même message, sinon les gens cessent d’écouter et les opinions se figent. La solution : publier une variété de points de vue et de faits crédibles.

Consulter uniquement celles et ceux qui partagent un point de vue identique au sien ne permet pas pour autant d’obtenir un consensus, pas plus que le fait d’aliéner celles et ceux dont les convictions divergent. Il est essentiel d’informer les personnes qui ne suivent pas naturellement la science et de communiquer avec celles qui ont des opinions divergentes pour prévenir toute exclusion d’une société mue par la connaissance scientifique et la technologie.

Présenter le plus de données possible dans l’espoir de convaincre autrui de la valeur d’une observation ou d’une conclusion ne suffit pas. L’important ici consiste impliquer et à dialoguer avec le public pour stimuler son empathie envers la tâche difficile à laquelle les scientifiques font face.

Les communicateurs et communicatrices doivent pouvoir toucher les jeunes là où ils se trouvent. La génération actuelle ne se fie pas à la presse écrite ou aux médias traditionnels. En revanche, on la joint facilement sur les nouvelles plateformes de médias sociaux comme TikTok. Certes, pour les membres de la communauté scientifique, c’est intimidant de procéder de la sorte. Pourtant, ces plateformes favorisent vulnérabilité et authenticité, ce qui semble séduire les jeunes publics.

Nous devons aussi nuancer l’image des scientifiques. La culture populaire fait grand cas des « savants fous » : distraits, difficiles à comprendre, oublieux du bien commun alors qu’ils se plongent dans une technologie ou une expérience élaborée.

Nous avons besoin de voir les scientifiques admettre sans crainte qu’ils peuvent se tromper, qu’ils n’ont pas toujours raison. Nous devons également redéfinir le succès. Lorsqu’une équipe de recherche tente de guérir une maladie et que chaque essai ne produit pas le remède escompté, il importe de ne pas considérer cela comme un échec mais comme un pas de plus vers la victoire. Les jeunes doivent se familiariser avec l’idée que l’échec fait partie intégrante du processus scientifique, en particulier celles et ceux que les délais parfois longs et éprouvants imposés par la science découragent.

Quant au rôle de la science dans le développement des compétences, nous savons que dans un monde qui se dispute les meilleurs éléments, il est essentiel d’offrir de l’aide financière aux étudiantes et aux étudiants. Les professions scientifiques ne doivent pas être réservées à celles et ceux qui peuvent payer les droits de scolarité. Elles ne doivent pas exclure les familles qui n’ont pas les moyens d’aider leurs jeunes tout au long d’un cursus qui dure plusieurs années. Quand les programmes scientifiques ne sont pas offerts là où les gens vivent, les coûts et la complexité de la situation se multiplient. Ces jeunes ont besoin d’une aide financière pour pouvoir se lancer dans une carrière scientifique.

 Si nous voulons bénéficier de l’apport d’une population diversifiée, nous devons rendre l’éducation vraiment accessible et améliorer les programmes de bourses d’études, de bourses de recherche et postdoctorales. Il suffit d’observer ce qui se passe dans le monde pour le constater : si notre aide est insuffisante, nous perdrons les meilleurs étudiants et étudiantes au profit d’autres pays, et nombre d’entre eux seront découragés et ne poursuivront même pas d’études.

Il y a plusieurs décennies, le gouvernement de l’Ontario a lancé une initiative audacieuse : verser une somme égale à chaque somme recueillie par les établissements d’enseignement supérieur pour constituer un fonds de dotation destiné à aider la population étudiante. Le programme a connu un énorme succès. Nous pourrions réitérer l’expérience dans le but de créer des bourses d’études pour les étudiantes et étudiants dans le besoin. Dans le même ordre d’idée, nous pourrions aussi recueillir des fonds pour l’hébergement des étudiantes et étudiants des régions nordiques ou éloignées qui doivent se déplacer pour poursuivre leurs études. 

Pour aider véritablement les jeunes, investir dans la recherche s’impose. La population étudiante doit avoir la possibilité d’expérimenter et de comprendre comment les idées se développent de façon pratique. Les idées ouvrent les esprits à la quête scientifique et la porte aux applications scientifiques. La recherche exige des équipes techniques pour maintenir opérationnels des équipements de pointe et former la future main-d’œuvre du secteur industriel. Assurer un financement continu pour garantir les salaires de ces spécialistes serait un investissement judicieux afin d’inciter les étudiantes et les étudiants à comprendre les ficelles du fonctionnement de la science. On dit que l’habit ne fait pas le moine, mais si on n’a jamais l’occasion d’entrer dans un laboratoire et de mettre un sarrau, comment peut-on s’imaginer y faire carrière?

Les collèges, écoles polytechniques, cégeps et universités du Canada regorgent de personnes de talent. Ils offrent des possibilités d’acquérir des compétences essentielles, entre autres la capacité de résoudre des problèmes et de découvrir de nouvelles idées, de nouveaux procédés, de nouveaux produits. Nous devons les épauler, ainsi que leurs travaux de recherche, qu’elle soit fondamentale ou appliquée.

Collaboration, partage et coopération internationale : voilà les maîtres mots du jour. La recherche englobe une infinité de domaines : l'environnement, la santé, l’informatique quantique, l’intelligence artificielle, l’agriculture, le Nord, les questions rurales et urbaines, l’océanographie, les transports et la découverte guidée par les données (pour n’en citer que quelques-uns). L’éthique, l’équité et l’inclusion d’une population diversifiée figurent aussi en tête de liste. Tout le monde reconnaît l’importance de l’enseignement et de la recherche interdisciplinaires pour promouvoir l’exploration et créer une main-d’œuvre prête non seulement à résoudre les problèmes d’aujourd’hui, mais aussi à surmonter les obstacles de demain. Inviter le monde à se joindre à nous, participer aux travaux des équipes mondiales qui se serrent les coudes en temps de crise et au quotidien, chercher à découvrir les secrets de l’univers… c’est ainsi que nous motiverons les scientifiques, que nous les inciterons à consacrer leur vie à la quête du savoir. De la sorte, nous offrirons aux jeunes l’inspiration nécessaire pour rêver, et donnerons à toutes et à tous de l’espoir pour l’avenir.

Les nations développées du monde entier investissent dans l’éducation et la recherche. Elles appuient leurs prévisions de croissance économique sur cet engagement. Au Canada, nous devrions investir judicieusement nos ressources sans plus tarder, à savoir dans les personnes de talent et dans la recherche. Si nous procédons de cette manière, nous en récolterons les fruits : nous aurons su créer des communautés dynamiques et fortes sur le plan économique.

Cet article d’opinion de la présidente-directrice générale de la FCI, Roseann O'Reilly Runte, est paru à l’origine dans TheFutureEconomy.ca le mercredi 17 août 2022.