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Les femmes du Canada laissent leur marque en recherche

La Journée internationale des femmes et des filles de science est l’occasion de célébrer les chercheuses et les entrepreneuses talentueuses qui inspirent la prochaine génération.

Rappelons-nous la conclusion de l’histoire de Candide, ce conte de Voltaire qui a inspiré un film et une comédie musicale. Le protagoniste éponyme revient d’un périple autour du monde à la recherche du savoir – ayant laissé derrière lui sa douce moitié dans la cuisine à faire des tartes – et conclut que pour trouver le bonheur, « il faut cultiver son jardin ». C’est là qu’on l’y trouvera au dernier chapitre, en plein labeur et épaulé de ses amis. Ce jardin et ce travail en équipe sont les clés de la prospérité. 

On pense moins souvent à cette autre fable de Voltaire, Le Crocheteur borgne, dans laquelle le pauvre homme trouve consolation dans le fait qu’il ne voit que la moitié des maux qui ternissent la vie. Or, n’en voit-il pas aussi l’autre moitié, celle des bons côtés? Aussi, tout comme Candide qui ne voyait pas les femmes comme des contributrices actives à l’épanouissement de son jardin, le crocheteur est d’un monde où l’apport des femmes est fortement limité. 

Heureusement, à notre époque, l’organisme international sans but lucratif Catalyst, qui aide à créer des milieux de travail favorables aux femmes, vient de publier des statistiques montrant le degré de réussite époustouflant des entreprises qui nomment des femmes à leur conseil d’administration et à leur haute direction. Les chiffres sont catégoriques : les 10 sociétés les plus profitables au palmarès Fortune 500 ont des femmes qui siègent à leur conseil d’administration, et 82 pour cent des 50 entreprises de tête comptent au moins une directrice. Pourtant, combien en connaissez-vous, de femmes sur des conseils d’administration? Qui ici peut en nommer plus d’une poignée? 

En ce 11 février, Journée internationale des femmes et des filles de science, nous posons la même question, cette fois sur les femmes en recherche. Il est plus que temps de se pencher sur le parcours de chercheuses qui ont apporté, et continuent d’apporter, une importante contribution à la recherche et à l’innovation par leur travail personnel, et qui œuvrent à ouvrir la voie aux autres. Il faut absolument reconnaître les réalisations extraordinaires des femmes en science et en entreprise : il en va de notre réussite à tous et à toutes. 

Lançons le bal avec Leyla Soleymani (Ph. D.). Celle-ci travaille sur des capteurs portables, notamment pour la surveillance de la glycémie en continu chez les diabétiques, et sur un timbre cardiaque qui servira aux astronautes. Elle a pris part à l’établissement d’entreprises qui produisent des dispositifs médicaux et des pellicules de nanoparticules antimicrobiennes qui protègent les surfaces contre les pathogènes contagieux. Chaque fois que Leyla Soleymani termine un projet, elle consulte sa liste d’idées et se lance sur la suivante. Et entre tout ceci, elle trouve aussi le temps d’aider ses étudiantes et étudiants et ses collègues dans leurs travaux comme vice-présidente associée à la recherche à l’Université McMaster. 

Parlant de collègues à McMaster, la Sheila Singh (Ph. D.) est une neurochirurgienne pédiatrique qui étudie le cancer. Elle est bien connue pour ses grandes découvertes en laboratoire qui vont sauver des vies. Elle a aussi été une pierre de voûte dans la fondation de sociétés comme Empirica Therapeutics et d’entreprises dérivées telles que Century Canada Labs, qui ont des partenaires internationaux et donnent l’occasion aux étudiantes et étudiants qu’elle a formés de développer sa vision. 

Priti Wanjara (Ph. D.) travaille au Conseil national de recherches, où elle élucide toutes sortes de problèmes, que ce soit en conception de solutions économiques et écologiques ou en fabrication. Elle répare notamment des cathodes en aluminium servant à extraire du zinc pour les enduits protecteurs des voitures. Elle élabore même des imprimantes 3D qui pourraient un jour être employées dans l’espace! Mais reste que sur Terre, elle propose des innovations qui accroissent l’efficacité et la rentabilité des processus de fabrication. 

Du côté de l’Université de la Colombie-Britannique, nous avons la professeure d’informatique et vice-présidente à la recherche et l’innovation : Gail Murphy (Ph. D.); laquelle est aussi cofondatrice et scientifique en chef de Tasktop Technologies Inc. Elle travaille à l’amélioration des logiciels pour aider les entreprises à suivre l’évolution des technologies et des exigences du monde du travail. Gail Murphy fait toujours passer ses collègues au premier plan et elle ne manque jamais de faire rayonner leur travail. Elle fait aussi le pont entre les découvertes ainsi que les innovations et la mise en application de nouvelles connaissances. 

Professeure au département de chimie et doyenne de la Faculté des sciences à l’Université Carleton, Maria De Rosa (Ph. D.) est à la tête du Laboratoire de découverte d’aptamères et de développement de nouvelles recherches, où elle travaille à replier des acides nucléiques synthétiques en structures 3D à l’échelle nanométrique. Ses travaux de recherche ont des applications tant pour la génétique végétale que pour l’étude de la maladie de Parkinson. De plus, elle veille en parallèle à épauler ses collègues et ses étudiantes et étudiants afin de rendre possibles leurs découvertes et d’encourager leurs propositions novatrices. 

Toutes ces chercheuses ne sont que quelques-unes des femmes extraordinaires qui contribuent aux découvertes et innovations promettant d’améliorer la santé et le développement économique de notre pays. Non contentes d’être dévouées à leurs travaux, elles veillent aussi à l’édification de la prochaine génération de chercheuses et chercheurs, et appuient leurs collègues dans leurs propres travaux. C’est un honneur et un privilège de pouvoir les saluer en ce 11 février, même si elles ne représentent qu’une goutte dans la mer des chercheuses, innovatrices et meneuses qui mériteraient d’être reconnues, d’être incluses dans la liste des noms que nous célébrons, et d’être invitées à prendre place dans les conseils d’administration d’entreprises et d’industries qui ne seraient qu’enrichis par leur présence. Tout le monde gagne quand on fait de réels efforts d’inclusion et que l’on ouvre bien nos deux yeux à l’éventail de choix possibles pour le bien commun. 

Roseann O’Reilly Runte est présidente-directrice générale de la Fondation canadienne pour l’innovation, un organisme à but non lucratif qui investit dans l’infrastructure de recherche des universités, des collèges, des hôpitaux de recherche et des établissements de recherche à but non lucratif du Canada. 

Cet article a d’abord été publié dans la section Innovation du Hill Times le 5 février 2024.