Seeing red

Voir rouge

Les diabétiques pourront bientôt surveiller leur glycémie grâce à une lentille de contact
21 juillet 2010
Une lentille de contact novatrice (CI-DESSUS)
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Une lentille de contact novatrice (CI-DESSUS) prend une teinte rouge lorsque le taux de glucose subit une variation, avisant ainsi la personne qui la porte qu'elle a besoin d'une dose d'insuline.
Jin Zhang, l'Université Western Ontario

Le Torontois Ram Krishna est atteint du diabète de type 2 depuis près de 25 ans, mais a recours à l’insuline depuis quelques années seulement. Il doit maintenant vérifier sa glycémie plus régulièrement, soit de trois à cinq fois par semaine.

À l’instar de la plupart des deux à trois millions de Canadiens diabétiques, il utilise un glucomètre. Il pique son doigt avec une lancette, puis transfère une goutte de sang sur une minuscule bandelette qu’il insère dans le glucomètre pour connaître sa glycémie en quelques secondes.

Bien qu’il soit facile à utiliser, le glucomètre n’est pas très pratique, surtout pour les diabétiques qui doivent vérifier fréquemment – jusqu’à 10 fois par jour – leur glycémie. Son utilisation peut également se révéler coûteuse, puisque chaque bandelette vaut environ 1 $. « Comme je n’ai pas d’assurance privée, je fais attention et tente de limiter l’utilisation du glucomètre », explique Ram Krishna.

Mais les diabétiques pourraient un jour dire adieu aux bandelettes grâce aux travaux de Jin Zhang, chercheuse en génie chimique à l’Université Western Ontario. C’est que celle-ci a mis au point une lentille de contact qui surveille la glycémie en analysant les larmes plutôt que le sang.

« On étudie depuis plus de 60 ans la corrélation relativement stable entre le taux de sucre dans le sang et celui dans les larmes, explique Jin Zhang. Il s’agissait de trouver comment le détecter et le mesurer. »

La chercheuse y est parvenue en concevant un capteur non invasif intégré à la lentille. Le capteur est fait d’un nanocomposite formé de molécules de taille microscopique qui réagissent chimiquement au glucose. La lentille prend différentes teintes de rouge selon la concentration de glucose dans l’échantillon de larmes, ce qui permet à la personne qui la porte d’évaluer sa glycémie sans nuire à sa vision.

Selon Ian Blumer, président du comité de diffusion et de mise en œuvre des directives cliniques de l’Association canadienne du diabète et auteur de l’ouvrage Le diabète pour les nuls, la capacité de surveiller pratiquement en permanence la glycémie serait une avancée importante permettant aux diabétiques de rester en bonne santé.

« Le maintien de la glycémie à des niveaux acceptables permet de réduire les risques de dommages aux petits vaisseaux sanguins et, par conséquent, les risques de cécité, de maladie rénale et d’amputation. »

L’utilisation d’un nanocomposite dans la lentille présente de nombreux avantages, estime Jin Zhang. Comme il augmente la perméabilité à l’oxygène, la lentille est plus sécuritaire et plus agréable à porter. Sa taille étant infiniment petite (10-9 mètres), un grand nombre de capteurs peuvent être intégrés à la lentille, ce qui crée un rapport surface-volume élevé qui permet de mesurer la glycémie avec exactitude. « On ne peut tirer autant d’information d’un échantillon de larmes que d’un échantillon de sang, explique-t-elle. Les nanomatériaux nous permettent de contourner cette difficulté. »

En collaborant avec des médecins en milieu clinique et d’autres chercheurs, Jin Zhang espère commencer les essais cliniques d’ici six mois afin de commercialiser son produit le plus rapidement possible. « Je reçois beaucoup de courriels de diabétiques et comprends à quel point ils ont hâte de disposer d’un tel outil. »

De son côté, Ram Krishna estime que cette technologie est prometteuse. « Tous les travaux de recherche de ce type sont bienvenus, et je crois qu’il s’agit d’un concept intéressant. »

Jin Zhang envisage plusieurs applications pour ses lentilles de contact. Certains de ses étudiants l’utilisent actuellement pour détecter et mesurer la présence d’éléments comme le calcium et le potassium dans les larmes, ce qui pourrait donner lieu à des avancées dans le traitement de personnes souffrant d’autres déséquilibres d’ordre chimique.