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Voir plus loin que le bout de son nez

Un chercheur de l'Université Carleton se penche sur le pouvoir d'un renifleur électronique
3 mars 2010
Adrian Chan, professeur agrégé au département
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Adrian Chan, professeur agrégé au département d'ingénierie des systèmes et de génie électronique, travaille en partenariat avec l'Agence canadienne d'inspection des aliments à l'élaboration d'un nez électronique.
Luther Caverly, Luther Photographic

(Courtoisie du Carleton University Magazine)

Chaque jour, partout dans le monde, les gens se posent la même question : « Est-ce que le lait est encore bon? » Pour obtenir une réponse rapide et fiable, rien de plus simple : il suffit de le sentir. L’odorat, un sens très efficace, est souvent tenu pour acquis. Nous nous fions tout simplement à notre nez parce qu’il a… du flair. Tout comme un nez électronique.

C’est en Grande-Bretagne, dans les années 1990, qu’on a mis au point les nez électroniques pour l’industrie alimentaire. Ceux-ci imitent le système olfactif : ils ont recours à des capteurs qui peuvent être programmés pour détecter des odeurs précises et même des bactéries présentes dans les aliments que nous mangeons.

Adrian Chan, professeur agrégé au département d’ingénierie des systèmes et de génie informatique, a flairé l’occasion de concevoir ce type de nez en partenariat avec l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA). Une collaboration toute naturelle qui présente de nombreux avantages pour la santé publique quand on pense aux maladies d’origine alimentaire ayant fait la manchette au pays et qui étaient causées par des bactéries : E. coli, salmonelle et Listeria.

« Nous travaillons avec l’ACIA à la conception d’un nez électronique capable de détecter et d’identifier rapidement les bactéries », explique Adrian Chan.

Dans le système d’essai actuel, qui coûte cher en temps et en argent, un échantillon d’aliment est envoyé en laboratoire, où un technicien qualifié fait une culture de bactéries puis étudie ce qui s’y développe. Ce système de contrôle fait appel à des échantillons aléatoires.

« Si nous arrivons à créer un outil rentable qui effectue des contrôles de façon systématique et non pas aléatoire, nous serons en mesure de tout tester et de déceler immédiatement les problèmes, bien avant que des aliments contaminés soient consommés », affirme Adrian Chan.

« Grâce aux échantillons fournis par l’ACIA, nous savons désormais que le nez électronique peut détecter et identifier le E. coli et la Listeria, poursuit Adrian Chan. La prochaine étape consistera à mettre au point un système robuste et des techniques qui permettront de différencier les espèces de bactéries et leurs concentrations. »

Adrian Chan n’hésite pas à souligner que les applications du nez électronique ne se limitent pas à la détection de bactéries d’origine alimentaire. « Nous aimerions aussi vérifier si le nez électronique peut dépister des maladies ou se charger de surveiller en permanence des blessures afin d’y déceler d’éventuelles infections », précise-t-il.

Un autre domaine où on peut exploiter le nez électronique : la surveillance des modes de comportement au quotidien. Les environnements intelligents, comme on les appelle, sont dotés de capteurs intégrés reliés à un réseau qui permet une surveillance à distance. Un exemple : l’appartement intelligent du Centre de santé Élisabeth-Bruyère, à Ottawa, un partenariat de recherche auquel participe l’Université Carleton.

« Les environnements intelligents permettent de prendre en charge des personnes âgées ou des patients qui se rétablissent à domicile, explique Adrian Chan. Le nez électronique peut détecter les activités de tous les jours, comme la cuisine et le nettoyage, et attirer l’attention des fournisseurs de soins en cas de changements dans la routine ou de problèmes de santé et d’hygiène. Il s’agit d’une méthode non envahissante comparativement à celles qui s’appuient sur des caméras vidéo. »

Les applications possibles sont certainement aussi variées que le nombre d’odeurs dans le monde. « Il existerait un chien capable de déterminer si une personne a le cancer en la reniflant, indique Adrian Chan. Imaginez l’utilité des nez électroniques… Leurs applications pourraient être nombreuses. »