Viral control

Virus sous surveillance

Le nouveau Centre canadien de vaccinologie, à Halifax, aide à prévenir la propagation de virus émergents
4 novembre 2009

Le virus de la grippe H1N1 qui se répand actuellement à l’échelle de la planète suscite la controverse : pour certains, il n’est rien de plus qu’une forme particulièrement virulente de la grippe, pour d’autres, il annonce la prochaine pandémie mondiale. Toutefois, tandis que les virologistes font des pieds et des mains pour comprendre le virus et mettre au point des vaccins pour le combattre, un établissement de Halifax est déjà au front.

Le nouveau Centre canadien de vaccinologie (CCfV) mène présentement quelque 80 études sur divers vaccins pour lutter contre une variété de maladies infectieuses, dont le virus de la grippe H1N1. La mission du Centre : conserver une longueur d’avance sur les nouvelles maladies comme le virus grippal.

Pour le directeur du Centre, Scott Halperin, la perception selon laquelle on assisterait à une augmentation des maladies infectieuses depuis quelques années est une illusion véhiculée par la couverture médiatique. Depuis des millénaires, de nouveaux virus font périodiquement leur apparition au sein de la population humaine et le 21e siècle ne fait pas exception à la règle. « L’émergence de nouvelles maladies infectieuses n’a rien d’inhabituel, indique Halperin. Plusieurs ont vu le jour au cours des dernières décennies : le VIH, le SRAS, de nouvelles formes de tuberculose, des hantavirus. La microbiologie des maladies évolue constamment, et ce processus n’est pas près de s’arrêter. »

Hébergée au Centre de santé IWK, à Halifax, l’installation est pilotée par une équipe multidisciplinaire formée de scientifiques, de médecins, de bioéthiciens et de professionnels de la santé publique. Ensemble, ils étudient un éventail de maladies infectieuses et mettent à l’essai de nouveaux vaccins susceptibles de les enrayer. Ils travaillent aussi à concevoir de nouvelles technologies de vaccination telles que les méthodes d’administration sans aiguille.

La plus récente innovation est la Human Vaccine Challenge Unit de Sanofi Pasteur, une clinique de pointe dotée de 10 chambres d’isolement. La clinique offre aux sociétés pharmaceutiques et aux chercheurs en vaccinologie un environnement soigneusement contrôlé où il est possible de mettre à l’essai des vaccins sur des sujets humains. Ici, des volontaires auxquels on a administré des vaccins expérimentaux et qu’on a exposés aux virus sont confinés derrière des murs équipés de filtres à haute efficacité pour les particules de l'air (HEPA) dans des chambres à pression négative tandis que des médecins et des techniciens surveillent leur état de près.

Les volontaires de ces études d’épreuve proviennent de toutes les couches de la société et de tous les groupes d’âge. Certains cherchent à avoir accès aux innovations biotechnologiques les plus récentes pour leur famille et eux-mêmes. D’autres veulent obtenir les vaccins sans frais. Beaucoup souhaitent simplement apporter leur collaboration à la science. Tous sont des personnes en bonne santé, disposées à passer jusqu’à deux semaines à la clinique, coupées de leurs amis, de leur famille et du monde extérieur. Parmi eux, on retrouve souvent des étudiants universitaires en quête d’un peu de calme pour étudier ou rédiger leurs travaux. En règle générale, les volontaires reçoivent une petite somme d’argent – juste assez pour couvrir des frais comme le stationnement et le transport.

Ces travaux peuvent sembler un peu futuristes, et ils le sont. La Human Vaccine Challenge Unit de Sanofi Pasteur est la première clinique du genre au Canada et l’un des rares centres d’essai de vaccins au monde. Le Centre canadien de vaccinologie est le seul établissement au pays où l’on peut en toute sécurité mettre les participants en présence d’un agent pathogène à la suite d’une immunisation et où les chercheurs peuvent étudier sur des sujets humains la transmission de maladies infectieuses, l’efficacité antimicrobienne et la pharmacocinétique (la science qui étudie le devenir des microorganismes après leur exposition à diverses substances).

Le Centre canadien de vaccinologie attire désormais à Halifax des chercheurs de calibre mondial et il reçoit de subventions de développement substantielles de la part des sociétés pharmaceutiques, ce qui en fait un important moteur économique. Mais, selon Scott Halperin, le centre offre un avantage plus fondamental encore puisqu’il aura des retombées non seulement pour la communauté scientifique de Halifax, mais pour l’ensemble des Canadiens, auxquels il permettra d’être parmi les premiers à recevoir les nouveaux vaccins.  

« Grâce à ces installations, les laboratoires pharmaceutiques seront plus enclins à s’établir chez nous, précise Scott Halperin. Les nouveaux vaccins mis au point au Canada sont d’abord accessibles ici. Nous avons vu se produire la situation inverse avec le vaccin contre la varicelle. Le vaccin a été élaboré aux États-Unis et les enfants américains y ont eu accès quelques années avant les jeunes Canadiens. Avec le Centre de vaccinologie, nous pourrons renverser cette tendance. »