Bone weary

Usure osseuse

Compte tenu des longues listes d'attente, le traitement des fractures osseuses ou de la hanche peuvent devenir un réel cauchemar pour les aînés. Les chercheurs de l'Université de la Colombie-Britannique tentent de régler le problème...
1 juin 2004
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Imaginez la scène… Vous êtes octogénaire, vous venez de vous fracturer le fémur et on vous amène d'urgence à l'hôpital. On vous annonce alors que votre rendez-vous avec le chirurgien orthopédiste aura lieu dans trois mois. Impensable, dites-vous ? Pas vraiment. En fait, pour bien des personnes âgées au Canada, ce scénario fictif pourrait devenir réalité.

Les professionnels de la santé du Canada croient que la situation pourrait se transformer en crise majeure si de nouvelles initiatives d'envergure ne sont pas mises en œuvre pour prévenir et traiter les fractures osseuses chez les aînés. « Des gens seront dans les hôpitaux en attente d'une chirurgie pour fracture osseuse ou de la hanche, faute de chirurgien orthopédiste », explique le Dr Karim Khan, professeur adjoint en médecine familiale et sciences de l'activité physique à l'Université de la Colombie-Britannique (UBC) et codirecteur du Bone Health Research Group du Bone Health Research Laboratory de l'UBC.

Karim Khan affirme que de nombreux facteurs expliquent cette situation. Premièrement, le nombre de personnes âgées est en hausse au Canada, ce qui entraîne une augmentation des fractures orthopédiques. « Le taux de fractures osseuses est plus élevé chez les septuagénaires d'aujourd'hui que chez ceux des deux dernières décennies. » Les causes fort possibles de ce changement extrême selon Karim Khan : nos modes de vie de plus en plus sédentaires et le faible taux d'activité physique chez les jeunes. À ce rythme, sans changement majeur, l'avenir est très peu reluisant.

Deux études inédites effectuées au Bone Health Research Laboratory de l'UBC ont déjà de grandes répercussions sur le traitement des fractures osseuses liées à l'ostéoporose. Ces études sont rendues possibles grâce au nouveau laboratoire mis sur pied grâce au soutien de la Fondation canadienne pour l'innovation (FCI), du Knowledge Development Fund de la Colombie-Britannique et d'un fonds de recherche de l'UBC établi par le Dr Stewart Blusson. « Nous tentons de prévenir les fractures, explique Karim Khan. Notre but est d'abord la prévention chez les enfants, puis chez les personnes âgées présentant des risques élevés. »

Le financement a permis de doter le laboratoire de trois pièces d'équipement : deux machines pour mesurer la densité osseuse et une pour évaluer l'équilibre. Une des nouvelles machines du laboratoire, le tomodensitomètre quantitatif, pour os périphériques (pQCT) — il n'y en a que trois au Canada — permet aux chercheurs de voir un tomogramme (ou coupe transversale de l'os). Ainsi, ils peuvent dorénavant déterminer la masse osseuse pour connaître la force de l'os, en plus de voir sa forme exacte. « Nous passons de l'étude et de la mesure de la masse osseuse à l'évaluation de la force de l'os, explique Karim Khan. Cette démarche est importante, puisque la force est vraisemblablement un meilleur élément prédictif de fractures que la masse à elle seule. »

Karim Khan et ses collègues, Heather McKay, Janice Eng et Teresa Liu-Ambrose, viennent de terminer une étude menée auprès de 100 femmes âgées entre 75 et 85 ans au moyen du pQCT. Trois groupes participaient à cette étude d'une durée de trois mois : entraînement en forte résistance des membres inférieurs pour le premier groupe, entraînement en agilité pour le second et exercices d'étirement pour le troisième. Chez le groupe soumis à l'entraînement en résistance, les risques de chutes et de fractures osseuses ont été réduits de 57 pour cent. Les membres de ce groupe ont aussi bénéficié d'une augmentation de leur masse osseuse et ont été soulagés de leurs maux de dos. Les chercheurs sont les premiers à avoir mis à l'essai l'entraînement en résistance pour accroître l'équilibre et la force osseuse chez les femmes de cet âge — un groupe peu enclin à faire de l'exercice par crainte de fractures — et à souligner les moyens à la disposition de ces dernières pour améliorer leur santé.

Retombées

Selon les prédictions de l'Organisation mondiale de la santé, compte tenu du vieillissement et de la sédentarité accrue de la population, on dénombrera 6,3 millions de fractures de la hanche en 2050 (comparativement à 1,7 million en 1990) si on ne met pas en place d'ambitieux programmes de prévention. Au Canada, on compte 25 000 fractures de la hanche chaque année, dont 20 pour cent entraînent la mort et 50 pour cent l'invalidité.

La recherche effectuée par le Dr Karim Khan, codirecteur du Bone Health Research Group du Bone Health Research Laboratory de l'UBC, suggère des moyens très rentables de désamorcer la crise. « Les répercussions ont été importantes partout dans la province et pas seulement sur le campus », explique-t-il.

Des études antérieures ont démontré que 25 pour cent de la masse osseuse des adultes se forme durant l'enfance, entre 10 et 12 ans. « Il s'agit d'une période très propice à la prévention, affirme Karim Khan. Comme de nouvelles recherches en laboratoire indiquent que certains exercices de saut améliorent la santé des os, nous avons mis au point un programme d'exercices à l'intention des enfants. » Celui-ci, appelé Action Schools! B.C., a été adopté par la Colombie-Britannique et est offert partout dans la province.

« Le laboratoire a aussi attesté un deuxième programme d'exercices appelé Osteofit, proposé en Colombie-Britannique aux gens dont la masse osseuse est faible. La validité de ce programme n'avait jamais été examinée. »

En plus de démontrer qu'Osteofit améliore la force et l'équilibre, la recherche de Karim Khan a permis d'ajouter des exercices pour accroître l'efficacité du programme. Maintenant que la province est consciente de l'efficacité d'Osteofit, elle propose le programme dans 51 centres communautaires comparativement à 31 auparavant.

Partenaires

Un certain nombre de partenaires des secteurs privé et public appuient le Bone Health Research Centre de l'UBC :

Merck-Frosst est une entreprise pharmaceutique fondée à Montréal en 1899 qui emploie plus de 1 900 personnes dans les domaines de la recherche, du développement et de la fabrication de médicaments. Elle a financé une étude effectuée avec le Bone Health Research Centre pour améliorer la formation des médecins et accroître la prévention des fractures. Les chercheurs de Merck-Frosst ont mis au point un médicament utilisé dans la lutte contre l'ostéoporose appelé alendronate monosodique, dont la marque de commerce est FOSAMAX.

Proctor and Gamble est un des plus grands fabricants de produits de consommation du monde. Entreprise familiale à l'origine fondée à Cincinnati en 1837, elle commercialise aujourd'hui 300 produits dans 140 pays. Sa division pharmaceutique a mis au point un médicament pour prévenir et traiter l'ostéoporose appelé risédronate sodique, dont la marque de commerce est ACTONEL. Proctor and Gamble a financé des recherches portant sur la santé des os, sur la sensibilisation des médecins à l'ostéoporose et à son traitement et sur l'éducation en la matière, de même qu'un symposium international sur la prévention des chutes.

Le Knowledge Development Fund de la Colombie-Britannique permet aux établissements provinciaux publics d'enseignement postsecondaire, aux hôpitaux d'enseignement et aux organismes de recherche à but non lucratif affiliés d'investir dans l'infrastructure de recherche. Le montant versé par le fonds au Bone Health Research Centre correspond à l'investissement de la Fondation canadienne pour l'innovation (FCI).

Le Blusson Fund de l'Université de la Colombie-Britannique aide l'UBC a obtenir le financement de la FCI pour des projets comme celui du Bone Health Research Centre. Le fonds a été créé par le Dr Stewart Blusson, qui a fait don de 50 millions de dollars à l'UBC en 1998.

Pour en savoir plus

Le programme Action Schools! B.C. est conçu pour offrir aux enfants des occasions d'être plus actifs physiquement. (Site anglophone)

La Société de l'ostéoporose du Canada est une association nationale qui fournit de l'information sur l'ostéoporose et les façons de la prévenir.

Aprenez-en plus au sujet du Vancouver Coastal Health Research Institute. (Site anglophone)

Visitez le Centre for Hip Health de l'hôpital général de Vancouver. (Site anglophone)