Interior view

Une vue sur l’intérieur

Un regard en profondeur sur la transformation des soins de santé par l’imagerie médicale
27 janvier 2014

Introduction de Stephen Strauss

Il est difficile de comprendre à quel point l’imagerie médicale ‒ capacité d’examiner l’intérieur du corps en appliquant les lois de la physique ‒ a révolutionné non seulement le travail des médecins, mais également les attentes des patients qui doivent subir un traitement pour à peu près n’importe laquelle maladie.

Ce n’est pas une seule révolution de l’imagerie, mais plutôt plusieurs révolutions en profondeur successives qui expliquent cette situation. De fait, il y a moins de 120 ans, Wilhelm Röntgen faisait passer une force étrange, appelée « rayons x », à travers la main de son épouse Bertha, pour en révéler la structure osseuse. Cette découverte lui a valu le premier prix Nobel de physique.

Un portrait de santé

Au cours des 50 dernières années, les rayons x, l’imagerie par résonance magnétique (IRM), la tomodensitométrie, l’échographie et la tomographie par émission de positons (TEP) ont permis aux médecins de voir le cœur battre, les poumons respirer, le cerveau réfléchir, l’estomac digérer, le cancer se propager et une gamme d’autres activités corporelles se produire.

L’importance de ces nouvelles formes d’imagerie dans la pratique médicale s’explique par le fait qu’elles en font maintenant partie intégrante.

L’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS) rapportait en février 2013 que près de 1,7 million d’examens d’IRM et 4,4 millions d’examens de tomodensitométrie ont été réalisés au Canada en 2011-2012. Le nombre d’examens a presque doublé depuis 2003-2004, en raison de l’augmentation des examens d’IRM. Les chiffres ne tiennent toutefois pas compte du nombre encore plus important de radiographies dentaires, de mammographies et d’échographies fœtales subies annuellement par des Canadiens.

Les diverses révolutions accomplies dans le domaine de l’imagerie médicale ont pratiquement mis un terme à une procédure standard utilisée à l’époque où les médecins ne pouvaient pas encore voir ce qui se passait à l’intérieur du corps à partir de l’extérieur, soit la chirurgie exploratoire, qui consistait à pratiquer une incision non pas pour guérir le patient, mais simplement pour connaître la cause du mal.

« L’imagerie médicale a fait chuter substantiellement le nombre de chirurgies exploratoires, affirme Howard Leong-Poi, chef de la division de cardiologie au St. Michael’s Hospital, à Toronto, en Ontario ». Et il importe de retenir le mot « substantiellement ».

Aujourd’hui, la notion selon laquelle l’essor de l’imagerie médicale allait transformer la médecine semble indiscutable. Toutefois, les énormes progrès technologiques qui ont engendré ces changements ne sont pas toujours appréciés à leur juste valeur. À titre d’exemple, en 1977, il a fallu plus de quatre longues heures pour créer la première image complète du corps humain à partir de l’IRM. De nos jours, ce même balayage d’un corps prend une demi-heure grâce à la résonance émise par un gros aimant ‒ et qui plus est, en trois dimensions et sans préoccupations à l’égard de la radiation comme dans le cas des rayons x.

De la même façon, lorsque la tomodensitométrie – qui fonctionne avec un faisceau de rayons x pour capter, par tranches, des images tridimensionnelles des diverses parties du corps – a été intégrée dans les hôpitaux dans les années 1970, il fallait des heures pour créer une seule coupe. Aujourd’hui, les tomodensitomètres arrivent au même résultat en moins d’une seconde.

Et lorsque l’échographie, qui fait réfléchir des vagues sonores sur les tissus pour en indiquer la forme, a été adoptée dans les années 1950, elle ne pouvait produire que des images statiques. Tout a changé avec la création d’images actives et, plus tard, l’ajout de la couleur, ce qui a permis d’observer notamment le débit sanguin et les mouvements du fœtus.

Les différentes technologies de l’imagerie médicale ont régulièrement fait l’objet de combinaisons qui se sont souvent avérées spectaculaires. Ainsi, une technologie qui allie la TEP (au cours de laquelle une petite quantité de substance radioactive est injectée dans le sang) à la tomodensitométrie afin de révéler clairement les mécanismes métaboliques et les détails anatomiques s’est vu décerner, en 2000, le prix de l’invention médicale de l’année par le magazine Time.

Or, la normalisation de l’imagerie en médecine a été accompagnée de ce qu’on a perçu comme un échec découlant d’un trop vif succès. Certains se disent préoccupés par la facilité de cette procédure qui pourrait mener à une surutilisation. D’aucuns affirment qu’une fréquence importante des examens rayons x risquerait notamment, en plus de contribuer à la hausse des coûts des soins de santé, de causer des maladies comme le cancer que cette procédure est plutôt censée examiner. D’autres craignent qu’on omette de faire la distinction entre « voir » quelque chose et « savoir » si cela est néfaste ou non ‒ un débat qui a mené à l’élaboration de lignes directrices plus rigoureuses sur la prescription et l’interprétation des clichés mammaires dans la détection du cancer du sein.

Malgré tout, on continue à repousser les frontières de l’imagerie du corps humain et il serait difficile de prétendre que la médecine ne s’en trouve pas améliorée. Grâce aux balayages en temps réel dans les salles d’opération, les chirurgiens pratiquent des incisions non seulement en fonction de ce qu’ils ont sous les yeux, mais également de l’information fournie par l’imagerie. Les programmes de santé électroniques permettent aussi aux médecins non spécialistes de l’imagerie d’interpréter les résultats des balayages en plus de les informer à l’avance de la pertinence de cette procédure. On déploie également des efforts constants pour réduire au minimum les dispositifs d’imagerie afin que ceux-ci puissent être transportés plus facilement; imaginez un appareil d’échographie de la taille d’une tablette électronique.

Ce rapport détaillé souligne le rôle de chef de file du Canada dans de nombreux aspects de la recherche en imagerie médicale. Cliquez sur les récits situés à droite pour connaître certains des travaux menés dans les plus grands laboratoires de recherche en imagerie médicale au Canada; regardez la vidéo ci-dessous pour prendre connaissance d'un autre projet de recherche de pointe en imagerie médicale; consultez l’infographie interactive pour en savoir davantage sur l'évolution de ce domaine fascinant et lisez l’entrevue réalisée auprès de Ting-Yim Lee de la Western University pour découvrir l’un des chercheurs de pointe en imagerie médicale au Canada.

Les travaux du chercheur s’inscrivent dans une étude conjointe unique de la FCI et des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC). Ce rapport inédit met en lumière les retombées socioéconomiques de l’innovation en imagerie médicale pour les Canadiens. Apprenez-en davantage en cliquant ici.

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