A symphony of science

Une symphonie scientifique

Les laboratoires universitaires du Canada composent une musique magnifique et unique.
5 mai 2010
Le directeur du matralab, Sandeep Bhagwati, lors
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Le directeur du matralab, Sandeep Bhagwati, lors d'une présentation de Fais ta valise! à des étudiants en 2009.
matralab, Université Concordia

Des mots comme « laboratoire » et « expérience » évoquent l’image de scientifiques en sarrau blanc mélangeant des substances chimiques dans l’espoir de mieux comprendre des maladies comme le cancer ou des enjeux environnementaux comme la consommation énergétique. On les associe rarement à un pianiste, un dramaturge, un danseur ou un ingénieur acousticien. Quand un artiste se livre à des expériences, on dit qu’il improvise.

Pourtant, tout comme les chimistes qui s’efforcent d’élucider les mystères des molécules afin d’améliorer nos vies, les artistes nous aident à mieux comprendre notre société en constante mutation par le truchement de leurs recherches et expériences. Grâce aux ordinateurs ainsi qu’à l’équipement d’ingénierie vidéo et sonore de pointe des universités canadiennes, le pays est devenu un véritable chef de file dans le domaine de la recherche musicale et multimédia.

Pot-pourri créatif

Rassemblement de musiciens à l
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Rassemblement de musiciens à l'occasion du lancement du matralab de Concordia en mars 2008, un centre de recherche multidisciplinaire unique en musique et son.
matralab, Université Concordia

Le compositeur Sandeep Bhagwati est un des artisans qui contribuent à confirmer cette réputation. À titre de directeur du matralab (pour Music/Movement/Media Art Theatre/Theory Research Agency Laboratory), un centre de recherche multidisciplinaire unique de l’Université Concordia de Montréal, il s’efforce de faire tomber les barrières universitaires et culturelles afin de permettre à certaines des personnes les plus créatives au Canada – qu’il s’agisse de cinéastes ou de chorégraphes – de collaborer, de découvrir de nouvelles technologies, de partager leurs œuvres en cours et de produire des films, des ambiances sonores, des partitions, des pièces ou des spectacles de danse.

« Le laboratoire joue sur la relation spéciale entre les universités et la collectivité, explique Bhagwati. Pourquoi les collectivités ont-elles besoin d’universités? Dans le domaine des sciences, cela n’est pas toujours facile à expliquer. Par contre, en ce qui concerne les arts, la réponse est évidente. L’art est pour les gens. Il sert à créer des spectacles dont les gens font l’expérience et qui changent leur perception du monde. »

Le tromboniste Taylor Donaldson joue pour la
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Le tromboniste Taylor Donaldson joue pour la chercheuse Adiana Olmos, avec le professeur Gordon Foote qui dirige le McGill Jazz Band dans le cadre du projet Open Orchestra au laboratoire du CIRMMT.
Sean Ferguson

Inauguré en mars 2009, le matralab est un studio polyvalent, multiplateforme et entièrement câblé doté d’un technicien à l’entière disposition des utilisateurs. Des étudiants-artistes, toutes disciplines confondues, ainsi que des artistes professionnels du Canada et de l’étranger s’en servent jour et nuit. 

La plus récente création de Sandeep Bhagwati, Nexus, sera présentée en première à l’occasion du Congrès des Sciences humaines 2010 de l’Université Concordia, qui aura lieu du 28 mai au 4 juin. Chaque jour aux alentours de 17 h, alors que les congressistes s’apprêtent à quitter les salles de conférence, cinq musiciens éparpillés sur le campus et interreliés par un réseau sans fil commenceront à jouer la composition de Bhagwati. Avec le slogan « Follow me » (Suivez-moi) dans leur dos, ils inviteront les spectateurs à les suivre vers un lieu central. Les spectateurs n’entendront pas seulement le musicien devant eux, mais également les quatre autres dont le son mixé par Bhadwati sera diffusé par des haut-parleurs portatifs placés sur chaque interprète. Il lui aura fallu des mois de répétition, de dépannage et d’ingéniosité technique, mais l’ensemble virtuel en temps réel Nexus promet de redéfinir notre conception du concert en direct.

Concert virtuel

Mise en place à l
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Mise en place à l'École de musique Schulich de l'Université McGill pour le concert The Virtual Haydn en direct au CIRMMT.
Sean Ferguson

Dans deux ans, Wieslaw Woszczyk présentera lui aussi une vision nouvelle du concert en direct. Ingénieur acousticien et directeur fondateur du Centre de recherche interdisciplinaire en musique, médias et technologie (CIRMMT) de l’Université McGill, Woszczyk a créé, avec le concours de ses collègues, un système audiovisuel baptisé Open Orchestra, grâce auquel un musicien aura l’impression de réellement jouer dans un orchestre dont la prestation aura en fait été préenregistrée. Un clarinettiste voulant répéter, par exemple, verra sur un écran d’ordinateur sa partition, les musiciens près de lui et le chef d’orchestre – on pourrait dire qu’il s’agit de la version classique du jeu vidéo Rock Band.

« Est-ce que vous imaginez ce que cela peut représenter pour un étudiant qui vit loin de Montréal, dans un endroit où il est difficile de trouver d’autres musiciens avec qui jouer? demande Woszczyk. Cet étudiant aura alors à sa disposition un outil vraiment précieux. »

Tom Beghin dans le laboratoire d
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Tom Beghin dans le laboratoire d'immersion du CIRMMT pendant l'enregistrement du disque Blue-ray The Virtual Haydn.
Jacques Robert

Premier centre de sciences humaines financé par la FCI en 2001, le CIRMMT est aujourd’hui un des plus grands laboratoires de science de la musique au monde. Les membres du groupe de recherche, qui proviennent de plusieurs universités et disciplines (comme le génie électrique, la neuroscience, la psychologie et l’informatique), utilisent les six studios et laboratoires pour travailler de concert à divers projets allant de l’étude des réactions comportementales et émotives à la musique, à l’analyse numérique du son.

La collaboration multidisciplinaire est l’élément moteur du CIRMMT, explique Wieslaw Woszczyk. Elle a donné naissance à des projets uniques comme The Virtual Haydn, qui avait pour but de mesurer l’acoustique de diverses salles européennes fréquentées par Joseph Haydn ou pour lesquelles il a créé ses œuvres, puis de recréer ces acoustiques uniques en laboratoire. Le pianofortiste et musicologue Tom Beghin a ensuite joué sur des instruments anciens au CIRMMT afin de simuler des interprétations comme elles auraient sonné il y a deux siècles.


Postures et pédagogie du piano

L
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L'étudiante en piano Lauren McGee équipée d'un appareil qui permet aux chercheurs de suivre le mouvement de ses yeux quand elle joue.
Laboratoire de recherche en pédagogie du piano, Université d?Ottawa.

Gilles Comeau s’intéresse plus à ce qui a attiré Haydn vers la musique et au temps qu’il lui a fallu pour mémoriser les symboles musicaux dans sa jeunesse. Comeau est le coordonnateur du Laboratoire de recherche en pédagogie du piano de l’Université d’Ottawa, le seul laboratoire canadien entièrement consacré à l’enseignement du piano. On tente d’y découvrir comment les enfants apprennent, ce qui les motive et les conséquences physiques de l’exécution pianistique.

Les chercheurs utilisent une variété d’outils pour analyser l’exécution pianistique des élèves, y compris la thermographie infrarouge, la visualisation en trois dimensions et des capteurs de position de l’œil pour évaluer les mouvements. Dans le cadre d’une étude particulièrement novatrice, des chercheurs étudient les manuels d’enseignement du piano afin de déterminer l’incidence sur la littératie musicale de certains éléments comme la répétition de notes, l’introduction aux symboles musicaux et même la présentation des manuels. Certains des manuels examinés contiennent des illustrations colorées et même des dessins humoristiques.

Un des studios du professeur Gilles Comeau au
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Un des studios du professeur Gilles Comeau au Laboratoire de recherche en pédagogie du piano.
Laboratoire de recherche en pédagogie du piano, Université d'Ottawa.

« Maintenant, nous remettons cela en question, dit Gilles Comeau. Nul doute que les belles images contribuent à motiver les élèves, mais quel effet ont-elles vraiment sur la lecture de la musique? En lecture à vue, nous avons remarqué que les yeux de certains enfants restent figés sur les images jusqu’à 20 % du temps. »

Aucun de ces projets n’aurait pu être réalisé sans les centres de recherche qui ont vu le jour au cours des 10 dernières années et la magnifique brochette d’artistes et d’universitaires qui y travaillent. « L’aspect le plus intéressant de mon travail consiste à collaborer avec des collègues qui sont des experts dans d’autres domaines, précise Wieslaw Woszczyk. Il y a une foule de sujets que je ne connais pas et je suis enchanté de travailler avec des collègues qui ont le don d’inspirer autrui et d’apprendre les uns des autres. »