A helping hand

Une main secourable

Des universitaires d'Ontario ont inventé un appareil de réanimation qui pourrait sauver des vies
23 juillet 2008
 

Des études scientifiques ont démontré que la réanimation cardio-respiratoire (RCR) n’est pas toujours effectuée correctement, même dans les hôpitaux. Les compressions ne sont ni assez rapides, ni assez fortes. Si même les professionnels de la santé ont de la difficulté à pratiquer adéquatement la RCR, on peut se demander comment le commun des mortels se débrouillerait en présence d’une victime de crise cardiaque.

C’est ce qui a incité Corey Centen et Nilesh Patel à concevoir, en 2006, un gant de RCR pour leur travail de fin d’études en génie à l’Université McMaster, à Hamilton, en Ontario. Cet appareil, qui sera présenté au milieu médical à la fin de l’année, pourrait contribuer à une évolution considérable des techniques de RCR.

Des milliers de personnes ont été formées aux techniques de réanimation, mais les recherches démontrent que ce n’est pas l’apprentissage qui est le noeud du problème. Centen et Patel se sont penchés plus particulièrement sur une étude qui révèle que dans presque 60 % des cas, les 100 compressions requises par minute ne sont pas effectuées. De plus, dans près de 40 % des cas, elles ne sont pas de la profondeur recommandée (de 4 à 5 cm).

« Les gens savent qu’ils doivent donner le bouche-à-bouche et appuyer sur le thorax, affirme Patel, 22 ans. Mais c’est difficile. Combien d’insufflations faut-il faire? Quelle force faut-il donner aux compressions? »

Afin d’aider à la bonne pratique de la RCR, le gant créé par Centen et Patel guide le sauveteur pendant la procédure de réanimation. Les deux ingénieurs ont d’abord étudié les mouvements de la main grâce à des détecteurs électroniques brevetés, glissés à la place de la doublure isolante dans un gant de ski ordinaire. Ils ont ensuite inséré sur le devant du gant un écran de téléphone cellulaire qui rappelle à l’utilisateur les protocoles élémentaires de la RCR, comme vérifier la respiration du patient et composer le 911. Surtout, l’écran indique immédiatement à l’utilisateur si le rythme et la force des compressions sont adéquats et, dans la négative, envoie des messages disant d’accélérer le mouvement ou d’appuyer plus fort.

 

L’an dernier, en collaboration avec Sarah Smith, une autre ingénieure fraîchement diplômée, Centen et Patel ont fondé Atreo Medical Inc. afin de commercialiser l’invention. Beaucoup d’étapes ont été franchies depuis le bricolage du premier gant de ski à la résidence universitaire, entre autres une collaboration avec un fabricant d’appareils médicaux et la réalisation d’une étude de marché pour une version récente du gant, plus confortable et facile à utiliser.

Pour Corey Centen, 23 ans et PDG d’Atreo, ce projet universitaire est devenu une entreprise des plus prometteuses et le point de départ d’une carrière. Ce n’est toutefois pas ce qu’il avait prévu, puisqu’il avait été admis dans un programme d’études supérieures au Massachusetts Institute of Technology (MIT). Mais il dit se passionner autant pour la dimension commerciale que les aspects techniques du boulot.

« J’adore conjuguer la technique et les affaires, prendre le pouls du marché et proposer une solution technique adaptée à la demande, explique-t-il. D’ailleurs, nous n’avons jamais vu ce projet à partir de la seule perspective du génie. Les ingénieurs ont tendance à ajouter des caractéristiques à leurs gadgets, même s’il n’y a pas de demande. »

Nilesh Patel, directeur de la technologie de l’entreprise, supervise le développement du matériel et des logiciels qui composent le gant. Sa tâche est d’assurer que les fonctions de l’appareil répondent aux besoins des utilisateurs. D’ici la fin de l’année, les jeunes entrepreneurs devraient avoir une meilleure idée de ces besoins, car un premier stock de gants sera mis en vente. Ils espèrent que leur produit se retrouvera bientôt dans les foyers, les milieux de travail et les lieux publics, à portée de la main – c’est le cas de le dire – des utilisateurs, qui pourront ainsi pratiquer la RCR adéquatement.

Pour en savoir plus

  • Chaque année, de 35 000 à 45 000 personnes meurent d’un arrêt cardiaque au Canada.
  • Le taux de survie est presque quatre fois plus élevé si la RCR a été pratiquée.
  • Dans certaines régions du Canada, trop peu de personnes savent pratiquer la RCR.
  • À l’extérieur des hôpitaux, moins de 5 % des victimes d’arrêt cardiaque survivent, souvent parce qu’on n’a pas pratiqué la RCR ou que l’on n’a pas agi assez rapidement.