Nutty affairs

Une histoire d'arachides

Les allergies aux arachides peuvent vous empoisonner la vie
2 décembre 2003

Pour les personnes allergiques à ce qui semble être une friandise anodine, l'inspection détaillée des listes d'ingrédients sur les emballages d'aliments est une corvée fastidieuse mais d'importance vitale. Qu'elles tombent sur la mauvaise sorte de biscuit, de crème glacée ou de chocolat (il leur suffit parfois même de les sentir), et les voilà au Service des urgences.

Adele Nguyen et Alexander Tomkins compatissent au calvaire quotidien des allergiques. C'est pourquoi ces deux étudiants de l'École secondaire Gloucester à Ottawa ont décidé de partir à la rescousse. Comment? En mettant au point un test de détection des allergènes qui permet de déceler à domicile la présence d'arachides dans les aliments.

Bien que l'allergie aux arachides dont souffre une partie de la population soit connue depuis belle lurette, les protéines causant cette réaction n'ont été identifiées qu'au cours des 10 ou 15 dernières années. Ayant choisi d'étudier ce problème dans le cadre de leur projet de recherche, Adele et Alexander ont suivi une approche méthodique. Leur première étape a consisté à faire une étude attentive du mécanisme des réactions allergiques aux arachides chez les humains. À partir d'une recherche documentaire détaillée des réactions très spécifiques entre les antigènes (les substances qui provoquent une réaction allergique) et les anticorps que le corps humain produit pour combattre ces substances, les deux étudiants ont jeté les bases de leur travail.

Ensuite, ils ont passé en revue les méthodes d'essai que l'industrie utilise actuellement pour détecter la présence d'arachides dans les aliments et dans l'équipement de préparation des aliments. Après mûre réflexion, ils ont commencé à concevoir une version plus simple, plus rapide et plus conviviale des méthodes actuelles de détection de traces d'arachides. Leur but était de mettre au point un test rapide, précis, économique, facile à utiliser et à interpréter.

Il suffit d'observer les méthodes de travail d'Adele et d'Alexander pour constater qu'ils forment un excellent tandem. De fait, selon Adele, le travail d'équipe est un ingrédient essentiel de la recherche scientifique. Pour atteindre leur objectif, les deux étudiants ont demandé l'aide d'un groupe de chercheurs, comprenant des professionnels de la recherche, qui ont guidé leurs premiers pas dans le monde de la science. Il ont aussi reçu un appui d'une entreprise de biotechnologies qui leur a accordé une subvention de 200$ pour le lancement de leur projet et leur a même fourni gratuitement certains des éléments nécessaires. Cette collaboration a porté fruit: le duo a réussi à mettre au point un test simplifié et fiable permettant d'obtenir des résultats en 30 minutes à domicile alors que le test industriel exige 4 heures. Le produit de leur labeur porte le titre savant de Nutty Affairs Sandwich Enzyme-Linked Immunoabsorbent Assay (ELISA).

Leur test ELISA est dit «en sandwich» car il fait appel à diverses couches de produits chimiques qui se lient à certaines protéines, entrent en réaction avec elles et changent de couleur après un certain temps. Ce changement de couleur, causé par les interactions entre les anticorps et les antigènes, est facile à détecter. Selon Adele et Alexander, l'un des aspects fondamentaux de la réponse du corps humain à la présence de substances étrangères, qui est au coeur de la réponse allergique, est l'interaction extrêmement spécifique entre les antigènes et les anticorps. Les anticorps sont des protéines en forme de Y propres aux divers systèmes du corps humain. La séquence des acides aminés au bout des branches de ces Y varie beaucoup d'un anticorps à un autre. Cette partie variable, qui fait que l'anticorps ne se lie qu'à des antigènes particuliers, est comme une serrure à laquelle correspond une seule clef sur l'antigène. Cette relation de type " clef " et " serrure " est très spécifique et fait que le test est simple, précis et sans ambiguïté.

Alors, comment fait-on ce test de type ELISA? Il suffit de prendre un échantillon de nourriture, de le réduire en bouillie dans un peu d'eau et de déposer quelques gouttes de ce mélange sur une bande de papier spécial qui emprisonne toutes les protéines présentes dans le liquide. Une fois qu'il a été capturé dans ce papier absorbant à la nitrocellulose, tout antigène d'arachide présent dans l'aliment entre en réaction avec les anticorps. Une fois que la réaction est terminée, on rince le papier pour éliminer les anticorps qui ne sont pas liés à des allergènes, on ajoute un réactif et c'est tout! Si le papier est bleu, cela veut dire que les anticorps ont détecté la présence d'arachides. S'il ne change pas de couleur, les aliments ne contiennent pas d'arachides.

Le projet d'Adele et d'Alexander a remporté sept prix dans le cadre de l'Expo-sciences régionale d'Ottawa, y compris le titre de Gagnants dans la catégorie senior du groupe de la biotechnologie. Lors du Défi Biotech Aventis 2002 de l'est de l'Ontario, il a enlevé le premier prix, permettant aux jeunes chercheurs de participer à la BioGENEius/ABC National Competition où ils se sont classés troisièmes. Ce concours d'envergure nationale a eu lieu à Toronto dans le cadre de BIO2002, une conférence organisée annuellement par l'industrie de la biotechnologie. Comme celle-ci regroupe plus de 15 000 délégués en provenance de 28 pays, il ne faut pas s'étonner que le travail d'Adele et d'Alexander ait impressionné les participants et que nombre de délégués aient souhaité rencontrer ces deux étudiants et s'entretenir avec eux des aspects scientifiques et du potentiel de leur test.

Ils devront toutefois patienter: pour le moment, les deux étudiants se concentrent sur leurs études. Après un stage d'été comme assistante de recherche au Centre régional de cancérologie d'Ottawa, Adele étudie les sciences biopharmaceutiques à l'Université d'Ottawa. Grâce à son projet sur la détection des arachides, elle a découvert les possibilités offertes par la recherche, a appris à vérifier une hypothèse, à se servir d'une pipette et à relever un défi. Des atouts essentiels pour se débrouiller à l'université!

Pour sa part, Alexander s'intéresse à la protéomique, domaine qu'il décrit comme " un mélange fascinant de biologie, d'informatique, de physique et d'instruments de pointe ". Ses études de génie à l'Université Carleton le mèneront peut-être aussi à une carrière de chercheur. Il est convaincu que le stage estival qu'il a passé comme assistant de recherche au Conseil national de recherches lui a donné le goût d'explorer le monde du génie, de la science et de la recherche.

Si vous voyez un de ces jours que votre pharmacie locale vend un test de détection des arachides pour usage domestique, souvenez-vous d'Adele et d'Alexander et de leur étonnante histoire d'arachides!