Women's work

Un travail pour les femmes

Pour souligner le centenaire de la Journée internationale de la femme le 8 mars, nous examinons la place des femmes dans les secteurs des sciences et de la technologie au Canada
8 mars 2011
Quand Karen Kidd essaie de se rappeler quels étaient ses modèles féminins au début de sa carrière scientifique, aucun nom ne lui vient à l’esprit.
 

« Tous les chercheurs étaient des hommes. Jusqu’à tout récemment, je n’avais jamais eu de femme mentor », indique Karen Kidd, écotoxicologue à l’Université du Nouveau-Brunswick à Saint-Jean, qui a obtenu son doctorat en 1996.

Cette titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la contamination chimique des réseaux alimentaires ne pense pas que cette réalité a nui à sa carrière, mais elle reconnaît la nécessité d’accroître le nombre de femmes en sciences. Elle admet que certaines barrières les tiennent parfois à l’écart.

« Nous (les femmes) ne sommes pas très douées pour l’autopromotion, ajoute-t-elle. Il est important de montrer aux autres ce que nous sommes capables de faire. Selon moi, il est essentiel, dans ce secteur d’activité où la concurrence est forte pour l’octroi de subventions et la publication d’articles, que les femmes soient prêtes à se vendre et à défendre leur travail. »

Karen Kidd croit que des initiatives telles que la Journée internationale des femmes, qui fête son centenaire le 8 mars, contribuent à sensibiliser le public au rôle des femmes en sciences. Comme elle, des milliers de femmes ont embrassé une carrière scientifique depuis la création de la Journée internationale de la femme. Dans le cadre des célébrations de 2011, sous le thème de l’égalité d’accès à l’éducation, à la formation et aux sciences et technologies pour les femmes, il est encore nécessaire d’aider les femmes à trouver leur place dans le secteur des sciences.

Une étude réalisée par le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie (CRSNG) et publiée à la fin de 2010 révèle que les sciences naturelles et le génie arrivent au dernier rang des domaines d’études choisis par les Canadiennes inscrites à l’université ou au collège. On y apprend aussi qu’il y a une chance sur 286 pour qu’une fillette inscrite en première année obtienne un doctorat en sciences ou en génie alors que chez les garçons, ce rapport est de un sur 167. Les femmes représentent seulement 30 pour cent des détenteurs de doctorat en sciences naturelles et en génie au Canada.

Le rapport intitulé « Les femmes en sciences et en génie au Canada » conclut qu’il faut plus de programmes ciblés et de mentors féminins et qu’il est nécessaire d’exposer davantage les femmes à ces disciplines pour les motiver à étudier en sciences et en génie.

Mary Williams est du même avis. Professeure auxiliaire en génie à l’Université Memorial de Terre-Neuve, à St. John’s, et ancienne titulaire de la Chaire pour les femmes en sciences et en génie du CRSNG – un programme conçu pour favoriser la participation des femmes en sciences – soutient qu’il est crucial de créer un milieu de travail efficace et accueillant pour les femmes en augmentant leur participation et le partage du leadership si l’on veut attirer un plus grand nombre d’entre elles en génie.

« Une telle initiative, qui doit venir des dirigeants, est absolument capitale pour changer la culture de toute organisation », précise Mary Williams, aujourd’hui directrice générale de l’Institut des technologies océaniques du Conseil national de recherches du Canada. « Les sciences et le génie sont souvent des domaines qu’on croit réservés aux premiers de classe ou à ceux qui se dirigent vers ces disciplines parce qu’ils n’ont pas le choix. Or, dans les faits, beaucoup de femmes œuvrent dans certaines branches des sciences ou du génie parce qu’elles aiment ce qu’elles font. »

Une étude récente de Statistique Canada suggère que les femmes pourraient être plus nombreuses à poursuivre des études supérieures. En 2005, par exemple, 46 pour cent des 3 500 titulaires de doctorat au Canada étaient des femmes. Cependant, le secteur du génie ne comptait que 17 pour cent de femmes alors que les secteurs de l’informatique, des mathématiques et des sciences physiques, 26 pour cent.

Reni Barlow, directeur général de Sciences jeunesse Canada, indique qu’au cours des deux dernières décennies, les efforts mis de l’avant dans les écoles élémentaire et secondaire par des organisations comme la sienne en vue d’intéresser les femmes aux sciences ont obtenu un certain succès. Sciences jeunesse Canada fait la promotion de projets et d’activités d’investigation scientifiques auprès de la jeunesse canadienne. Elle organise l’Expo-sciences pancanadienne qui accueille annuellement 500 jeunes scientifiques talentueux de la 7e à 12e année, choisis parmi environ 25 000 participants des 100 expositions scientifiques régionales tenues chaque année.

« La représentation des garçons et des filles à l’événement s’est inversée, si bien que depuis trois ans, les filles constituent environ 55 pour cent des participants, précise-t-il. Nous avons demandé aux régions de confirmer cette réalité, ce qu’elles ont fait, en général ».

Pour renverser la tendance actuelle selon laquelle les jeunes filles délaissent les sciences, la clé du succès, ajoute-t-il, consiste à attirer leur attention dès leur plus jeune âge et à la garder assez longtemps pour les amener jusqu’à l’université. En 2010, la Fondation canadienne pour l’innovation a commandé à Ipsos Reid le Canadian Youth Science Monitor (voir l’encadré), première étude nationale sur l'attitude des jeunes Canadiens à l'égard des sciences. Environ deux tiers des 2 605 jeunes Canadiens de 12 à 18 ans ayant rempli le questionnaire en ligne se sont dits « très » ou « assez » intéressés aux sciences, alors que 78 pour cent des 12 et 13 ans manifestent de l’intérêt pour les sciences contre 58 pour cent des jeunes âgés de 17 et 18 ans.

Les résultats ont aussi révélé qu’en vieillissant, les filles se désintéressent plus rapidement des sciences que les garçons, sauf dans le cas de l’étude de la biologie où l’intérêt des filles augmente.

Reni Barlow soutient qu’en faisant valoir les avantages de l’investigation scientifique de manière intéressante et marquante, on réussira à susciter l’intérêt des jeunes filles.

« Quand les activités proposées favorisent les aptitudes de recherche, l’esprit critique, la collaboration, l’exploration et toutes ces compétences qui sont étroitement liées aux sciences, précise-t-il, garçons et filles gardent intérêt, ils développent leurs habiletés et poursuivent dans cette voie. »

Quelques chiffres sur les jeunes femmes et les sciences


• les deux tiers des jeunes, garçons et filles, montrent de l’intérêt à l’égard des sciences;

• de 12 à 13 ans, et ce jusqu’à 17 à 18 ans, la baisse d’intérêt pour les sciences est la même chez les deux sexes (20 pour cent);

• les garçons s’intéressent davantage à la physique, à la chimie et aux mathématiques que les filles;

• les filles s’intéressent plus à la biologie et aux sciences de l’environnement que les garçons;

• un quart des garçons et des filles soutient que l’étude des sciences à l’école est importante pour leur carrière;

• les jeunes filles sont significativement plus enclines que les garçons (66 pour cent contre 57 pour cent) à affirmer que les sciences constituent un bon choix de carrière pour l’ensemble des jeunes;

• un tiers des garçons et des filles des dernières années du secondaire (de 17 et 18 ans) manifestent de l’intérêt pour une carrière scientifique.
(Source : Canadian Youth Science Monitor, mai 2010)

Comment stimuler l’intérêt pour les sciences

Accrochez-les très tôt : Nous n’alimentons pas l’intérêt pour les sciences présent chez les 12 à 13 ans. Les efforts déployés dans les dernières années du secondaire afin de stimuler l’intérêt des jeunes et de les amener à se tourner vers les sciences arrivent trop tard. Des programmes destinés aux élèves de la 7e, 8e et 9e année par une initiation aux sciences à la fois pratique et stimulante, accompagnée d’un enseignement de grande qualité, offriraient de meilleures chances de succès.

Influence des parents : Des efforts dirigés vers les parents pour promouvoir le rôle important des sciences dans l’éducation de leurs enfants pourraient appuyer les efforts à plus long terme en vue de bâtir une culture où l’on donne la priorité et on accorde de la valeur aux sciences et où les jeunes choisissent de plus en plus les sciences comme champ d’études après l’école secondaire. Cette enquête démontre que ce n’est pas parce qu’ils ont de l’aversion pour les sciences, mais parce qu’ils s’intéressent davantage à d’autres matières que certains jeunes choisissent de ne pas se diriger vers des études scientifiques.

Les perspectives de carrière sont un élément clé : Il ne suffit pas de concevoir des programmes en sciences attrayants et ciblés pour les jeunes, car si ces derniers n’entrevoient pas clairement qu’en dépit de la difficulté et de la complexité inhérentes aux sciences, les perspectives de carrière dans ces domaines sont nombreuses, bien rémunérées et intéressantes, ils continueront d’écarter l’idée de poursuivre des études en sciences.
(Recommandations du Canadian Youth Science Monitor, mai 2010)