Firing up a new social network

Un réseau social à vous rendre tout feu tout flamme

Un site Internet interactif sur la cartographie des feux de forêt, qui permet la collecte de données, grâce aux expériences personnelles
4 mai 2011
Capture d'écran du site Web du projet d'Okanagan
Zoom

Capture d'écran du site Web du projet d'Okanagan sur la cartographie des feux avec une carte d'un lieu d'incendie, ainsi qu'un article sur les feux de forêt du 16 août 2003.
Jon Corbett, Université de la Colombie-Britannique, campus d?Okanagan

À Kelowna, en Colombie–Britannique, personne ne se rappelle un été plus chaud et plus sec que celui de 2003. Le 16 août de cette année-là, la foudre s’est abattue sur le parc provincial Okanagan Mountain et a déclenché un feu de forêt qui est rapidement devenu incontrôlable. L’équipe du Service des incendies de Kelowna, plus habituée à combattre des feux domestiques, a dû soudainement faire face à un brasier qui s’attaquait à des quartiers entiers. Environ 1000 sapeurs-pompiers sont venus des quatre coins de la Colombie–Britannique pour combattre le feu, ainsi que 1400 membres des Forces armées canadiennes. Plus de 30 000 personnes ont dû être évacuées et 238 maisons ont été complètement détruites. Lorsque le brasier a pris fin quelques semaines plus tard, l’incendie avait ravagé plus de 25 000 hectares.

Appelé la conflagration du siècle, le brasier a laissé de profondes cicatrices dans la communauté, aussi bien sur le plan physique que psychologique. Les gens voulaient comprendre ce qui s’était passé. Alors que les bureaux de presse diffusaient des clips et des mises à jour, il n’était d’aucune façon possible de saisir l’étendue des répercussions de cette catastrophe ou d’en étudier les effets sur la terre et les victimes. Des témoins ont affiché des photos sur le Web, mais très peu de données ont été recueillies. La représentation cartographique du feu offrait uniquement un schéma abstrait, bidimensionnel, de ce qui s'était produit.

Fin 2009, Samantha Brennan et Aidan Whiteley, des étudiants de quatrième année au campus Okanagan de l’Université de Colombie Britannique (UBC), se sont heurtés à un défi similaire. Dans le cadre du cours, Cartographie et société donné par le géographe Jon Corbett, les deux étudiants effectuaient une séance de remue-méninges pour leur projet de fin de session.

« Nous voulions visualiser les zones ravagées par les feux de forêt, raconte Samantha Brennan, maintenant étudiante à la maîtrise dans le laboratoire de Jon Corbett au sein du département d’études mondiales et de cultures communautaires. Mais plus nous approfondissions l’aspect technologique, plus nous réalisions à quel point nous pouvions enrichir la documentation disponible sur ces événements. » Le professeur Corbett et ses étudiants voulaient déterminer les répercussions des feux de forêt sur les êtres humains et définir comment ces renseignements pouvaient être incorporés à une carte.

« Bien que le Bureau de la gestion intégrée des terres de la Colombie-Britannique rende accessibles des décennies de données pertinentes sur les feux de forêt de son territoire, explique Jon Corbett, la façon dont elles sont présentées les rend totalement incompréhensibles pour le public. Il n’existe aucun endroit où les gens peuvent aller pour comprendre l’ampleur, la durée et la chronologie des feux dans la vallée de l’Okanagan. »

Le professeur et ses étudiants se sont donc attaqués à l’élaboration d’un outil interactif. Les résidents de la vallée de l’Okanagan pourraient utiliser ce dernier pour jumeler des données sur les zones dévastées à des expériences personnelles liées à des feux de forêt spécifiques. Idéalement, l'outil permettrait de partager de l’information en temps réel sur des feux en activité, par l'entremise de vidéos amateures, d’anecdotes personnelles, de statistiques et de successions des événements dans le temps. Les deux étudiants ont même rédigé un article sur les possibilités de représentation cartographique participative des feux de forêt dans la vallée de l'Okanagan, qui leur a valu un prix de l’Association canadienne des géographes en mars 2010.

L'équipe responsable du projet de cartographie
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L'équipe responsable du projet de cartographie des feux de forêt dans la vallée de l'Okanagan est composée du professeur adjoint de géographie Jon Corbett (à gauche) et des étudiants Aidan Whiteley et Samantha Brennan.
Relations avec l'Université et les diplômés, Université de Colombie-Britannique, campus d'Okanagan

Cet outil universitaire est ainsi devenu le noyau du projet de cartographie des feux de forêt de la vallée de l'Okanagan. Il regroupe des données concernant des feux spécifiques sur une même carte, afin d’accroître les connaissances de la collectivité au sujet des feux de forêt de cette région. Il permet aussi de faire circuler de l’information, en plus d’offrir des moyens pour mettre en place des projets de cartographie sur une base communautaire. Cet instrument a été judicieusement surnommé le « Facebook des feux de forêt ».

Pour mener à bien ce projet, le programmeur Web Nick Blackwell, du Centre pour la justice sociale, spatiale et économique de la UBC de l’Okanagan, a créé l'interface de l’application de cartographie Geolive : un programme JavaScript reposant sur l’API Google Maps. L'application Geolive permet de disposer en couches successives des photos, des vidéos et des statistiques concernant un feu de forêt, sur une carte standard de la vallée de l'Okanagan. Lorsqu'un utilisateur positionne le curseur sur un site du brasier en rouge foncé, une fenêtre contextuelle affiche différents détails, comme le moment où s'est produit le feu en question, l’ampleur du brasier, et parfois même, des images de l'événement, si un résident de la localité a téléversé une vidéo. Une représentation événementielle au bas de l’écran permet également à l’utilisateur de parcourir presque 30 années de données.

« Le réseautage social est un tout autre aspect du projet, dit Jon Corbett. Non seulement permet-il de démocratiser l'information en la rendant accessible par l'entremise d’une carte, mais aussi de créer un espace où les gens peuvent partager leurs idées et leurs expériences en ce qui a trait aux feux de forêt. »

Le professeur a commencé sa carrière en travaillant avec des groupes aborigènes de l’île de Bornéo, afin de les aider à utiliser des outils de cartographie pour négocier le règlement de leurs revendications territoriales. Il s’est ensuite déplacé en Indonésie et en Australie pour y développer des projets similaires, avant de venir au Canada en 2004 pour travailler avec les peuples autochtones en Colombie-Britannique. Dans chacune de ses réalisations, il est parvenu à conjuguer les avantages quantitatifs de la cartographie aux aspects qualitatifs de la narration. Le projet de cartographie des feux de forêt dans la vallée de l’Okanagan offre la possibilité de présenter un éventail de renseignements, allant des récits de sauvetage des sapeurs‑pompiers aux images de gens regardant les flammes au bord du lac.

Le projet est encore à l'étape de la validation de principe, alors que Jon Corbett et son équipe travaillent à peaufiner la fonctionnalité du site. Néanmoins, il est déjà possible d’envisager de l’utiliser comme outil de sécurité pour afficher en temps réel des routes d’évacuation constamment mises à jour. Il pourrait également servir à l'éducation. En effet, le professeur a discuté de la possibilité d'installer un poste de travail au Musée du feu et au Centre d’éducation de Kelowna, afin que les visiteurs puissent ajouter leurs propres données au sujet des feux de forêt.

Jon Corbett espère publier les résultats de son projet avant la fin de 2011. D’ici là, il reste encore plusieurs histoires sur les incendies de forêt à recueillir. « Le feu constitue une part importante de la mémoire collective des habitants de la vallée de l'Okanagan, explique Samantha Brennan. Il y a des millions d’histoires à raconter. »