Effective parole

Un processus de libération conditionnelle efficace

Un nouvel outil d’évaluation aide la Commission des libérations conditionnelles du Canada à prendre les bonnes décisions
16 janvier 2013

Au Canada, plus de 13 000 contrevenants purgent une peine de prison de deux ans ou plus, et quelque 8 000 autres sont en liberté sous condition. À l’instar d’autres pays démocratiques, le Canada compte sur son système de libération conditionnelle pour assurer la réinsertion sociale sécuritaire des criminels. Toutefois, selon Service correctionnel Canada, environ 18 pour cent des détenus en liberté conditionnelle enfreignent les conditions de leur libération ou renouent avec la vie criminelle avant la fin de leur peine.

En 2003, Ralph Serin, psychologue et directeur du Criminal Justice Decision-Making Laboratory de l’Université Carleton, à Ottawa, a commencé à élaborer un nouveau cadre décisionnel destiné à la Commission des libérations conditionnelles du Canada (CLCC) afin d’éclairer leurs décisions et de diminuer le taux de récidive.

Les membres de la Commission et les agents de libération conditionnelle utilisent le Cadre d’évaluation des risques (CER) pour analyser divers facteurs de risque. Il s’agit notamment de tenir compte des antécédents criminels et en matière de libération conditionnelle d’un contrevenant, de la capacité de ce dernier à maîtriser son impulsivité et des éléments qui démontrent un changement d’attitude et de comportement chez celui-ci. Le but n’est pas uniquement d’additionner les facteurs aggravants ou atténuants pour en arriver à une décision, mais plutôt d’utiliser ces renseignements pour prendre une décision éclairée et faciliter l’examen du dossier.

La Commission des libérations conditionnelles utilise le CER dans la formation donnée à son personnel depuis déjà un certain nombre d’années. Depuis juin 2011, elle en tient également compte dans sa politique. Ainsi, l’ensemble des 86 membres de la Commission et des 1 400 agents fédéraux de libération conditionnelle ont été formés à son utilisation.

« Il est encore trop tôt pour mesurer les résultats engendrés par le CER, affirme M. Serin, mais nous avons comparé les décisions de libération conditionnelle antérieures fondées sur une approche traditionnelle et celles prises en fonction du CER. L’utilisation du CER a permis d’accroître la justesse des décisions de 4 à 6 pour cent. »

Selon M. Serin, un seul pourcentage d’amélioration en 2010-2011 se serait traduit par des économies d’environ 2,82 millions de dollars pour le système, et ce, uniquement en frais d’emprisonnement. Par ailleurs, les travaux du chercheur commencent à traverser les frontières. En effet, le National Institute of Corrections, aux États-Unis, finance des travaux de recherche pour valider le CER en Ohio, au Connecticut et au Kansas. De plus, les services correctionnels de la Nouvelle-Zélande et de l’Iowa ont pleinement mis en œuvre une mesure d’évaluation des risques dynamique élaborée dans le laboratoire du chercheur, et l’Écosse prévoit se servir de modules en ligne mis au point par M. Serin pour former ses agents de libération conditionnelle dans le cadre d’un nouveau modèle de pratique fondée sur des données probantes.

« Ce qui fait l’unicité de ces travaux, c’est qu’ils permettent de prendre une décision qui est à la fois responsable, transparente et économiquement avantageuse, observe le chercheur. Il est primordial que les organismes de libération conditionnelle soient en mesure d’expliquer à la collectivité et aux contrevenants comment ils en viennent à une décision. »