A plan of action

Un plan d’action

Un plan d’action

Selon Robert Schinke, chercheur-boursier en psychologie du sport, la préparation est la véritable clé du succès
7 février 2014

Les Jeux Olympiques d’hiver sont de retour. Tous les athlètes qui rêvent de monter sur le podium subissent une pression élevée. D’anciens membres de l’équipe olympique de patinage artistique canadienne ont été épaulés par Robert Schinke, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur l’activité physique et sportive multiculturelle, qui les a aidés à rester concentrés et motivés en vue d’atteindre leurs objectifs. Professeur de psychologie du sport à l’Université Laurentienne et ancien professionnel de sports équestres, M. Schinke est préparateur mental. Son travail consiste à guider des athlètes pleins d’espoir dans un plan exténuant d’une durée de quatre ans afin qu’ils arrivent aux Jeux Olympiques préparés et aptes à réussir. Récemment, M. Schinke a coécrit un article sur le plan de préparation mentale auquel doivent se soumettre les femmes et les hommes de l’équipe olympique de boxe canadienne en vue des Jeux de Rio, en 2016.

Q : Pourquoi les athlètes ont-ils plus de difficulté à se concentrer et à gagner lors des Jeux Olympiques?

R : Aux Jeux Olympiques, les athlètes ne sont pas seulement en compétition contre les meilleurs au monde; ils doivent se démarquer dans un milieu complexe comprenant divers facteurs comme des mesures de sécurité élevées, le risque de terrorisme sportif, une grande visibilité et une audience télévisuelle internationale. Surtout, ils habitent le Village olympique et partagent une chambre avec cinq à sept autres athlètes, ce qui nuit souvent à la qualité de leur sommeil. En plus d’avoir à composer avec ces difficultés, les athlètes subissent une pression énorme. On s’attend à leur meilleure performance à vie, véritable apogée de la carrière d’un athlète amateur.

Q : Pourquoi la préparation mentale est-elle cruciale?

R : Préparer les athlètes signifie essentiellement leur inculquer une grande force mentale. Les Olympiques ne constituent pas un tournoi unique. Pour gagner, les participants doivent réussir de nombreuses épreuves. En voyageant avec les athlètes, j’ai découvert qu’ils commencent souvent frais et dispos, mais que, par la suite, ils éprouvent de la fatigue en raison d’une exposition excessive au stress sur une longue période conjuguée à un manque de sommeil. C’est alors qu’ils plafonnent, ce qui est tout à fait logique. Cependant, il faut se demander à quoi ressemblerait un plan d’entraînement mental qui permettrait aux athlètes de rester en forme et de poursuivre sur leur lancée pendant toute la durée des Jeux Olympiques. Il est donc important d’établir un plan sur quatre ans qui facilitera la transition des athlètes tout au long des épreuves de qualification.

Q : Cela semble être tout un engagement. Comment avez-vous élaboré ce plan sur quatre ans?

R : J’ai approché Natalia Stambulova, une collègue psychologue, pour ébaucher un plan sur quatre ans permettant aux athlètes d’être au sommet sur le plan psychologique pour les Jeux Olympiques et de rétablir leurs forces entre chacune des épreuves. Nous avons conçu ce modèle autour d’une série d’objectifs à atteindre la première année, puis pour chacune des années subséquentes.

Q : Quels sont les objectifs du plan, année après année?

R : La première année, nous familiarisons les athlètes avec la philosophie de la performance, les sciences du sport et les attentes qui vont de pair avec une participation aux Olympiques. À cette étape, les athlètes compensent leur manque d’expérience par un enthousiasme débordant. Pour ma part, j’en profite pour tisser des relations avec les athlètes, collaborer avec les entraîneurs et veiller à la qualité de la communication dans l’équipe et du sommeil de chacun.

La deuxième année, on s’attend à ce que les athlètes se donnent à fond lors des compétitions, mais les attentes sont moindres que pour les Olympiques. Par exemple, ils vont participer aux Jeux du Commonwealth ou, dans le cas des sports d’hiver, aux championnats du monde. Les athlètes doivent alors posséder toutes les compétences nécessaires pour prendre part aux grands événements sportifs, notamment savoir lutter contre la fatigue pendant un tournoi, se rétablir après chacune de leurs performances successives et communiquer avec les autres athlètes.

La troisième année, les athlètes doivent participer aux qualifications des Olympiques, et sans ces compétences, ils n’arriveront pas à s’imposer. Ils doivent devenir spécialistes de l’autoévaluation et tenir un journal sur tout ce qui les concerne. Les meilleurs sont ceux qui se connaissent le mieux, montrent la plus grande résilience et utilisent des stratégies mentales appropriées. Cette combinaison est la formule des vainqueurs.

La quatrième année, idéalement, les athlètes se sont déjà qualifiés pour les Olympiques; dans le cas contraire, ils doivent reprendre le cycle du début. Ceux qui se sont qualifiés doivent continuer à peaufiner leurs compétences tout en se penchant sur de nouveaux facteurs uniques au contexte des Olympiques, comme une alimentation très stricte, des mesures de sécurité resserrées, un arbitrage davantage variable, une très grande exposition aux médias, une audience internationale, un Village olympique surpeuplé et le manque de sommeil, et ce, alors qu’ils doivent donner le meilleur d’eux-mêmes. Il faut de quatre à six mois pour former les athlètes ‒ et ceux qui les accompagnent ‒ à ce qui les attend. Le moment venu, les athlètes ne font plus qu’exécuter ce qu’ils ont appris, puisqu’ils ont pu s’adapter psychologiquement avant la tenue des Jeux.

Q : En vous fondant sur votre expérience auprès des athlètes, quelle est la plus grande difficulté à laquelle ils sont confrontés?

R : Les revers connus par le passé ont des répercussions sur les performances des athlètes. Amener ces derniers à dépasser les limites fixées est alors tout un défi. Ils peuvent raisonner une notion, mais lorsqu’il s’agit de la mettre en œuvre, ils n’arrivent pas à surmonter leurs piètres performances.

La concentration représente une autre difficulté. Nous commençons à établir des objectifs trois semaines avant une compétition. Chaque athlète possède ses propres mots clés, par exemple une affirmation qui commence par « Je suis » : « Je suis invincible. » ou « Je suis un athlète persistant. » Je demande aux athlètes de tapisser ces énoncés sur leur réfrigérateur, leur casier, les murs de leur chambre, de leur bureau et de leur chambre d’hôtel. Ces phrases sont efficaces, car les athlètes doivent s’arrêter pour les lire, enracinant ces idées dans leur esprit.

Durant les trois semaines précédant la compétition, ce n’est plus qu’une question d’exécution. Je travaille en étroite collaboration avec les athlètes. Nous déjeunons ensemble, ils vont à leur chambre se reposer, puis nous allons nous promener ou je vais discuter avec les entraîneurs. Je suis à leurs côtés en route pour l’épreuve, et dans les vestiaires, il n’y a que l’entraîneur, l’athlète et moi.

Q : Après toute cette préparation, il doit être encore plus difficile d’accepter la défaite. Comment formez-vous les athlètes pour accepter l’échec afin qu’ils ne se programment pas à connaître le même dénouement la prochaine fois?

R : Les athlètes peuvent avoir essuyé un échec et, par la suite, remporter un championnat mondial. Tout dépend de leur interprétation de cet échec, du regard qu’ils jettent sur leurs forces et les points à améliorer. La rencontre suivant la performance de chacun des athlètes avec le personnel d’entraînement, qui a lieu après chaque compétition internationale, se déroule en deux étapes. À la première étape, soit environ 24 heures après la performance, nous analysons les erreurs concernant la logistique et l’équipement. Ensuite, dans les deux à trois jours suivants l’épreuve, nous procédons à une analyse approfondie de la vidéo afin d’alimenter nos discussions et d’aborder les facteurs personnels et émotionnels qui ont influencé la performance. Après chacune de ces rencontres, il importe que les athlètes aient le sentiment d’avoir compris leur performance ‒ ce qui se traduit par une grande confiance dans les faits ‒ et de posséder les aptitudes nécessaires pour s’améliorer et remporter la prochaine compétition.

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