The right step FORWARD

Un pas en avant avec FORWARD

Un examen approfondi des cours d'eau traversant les zones forestières canadiennes permet de tracer un portrait fidèle de la viabilité des pratiques de déboisement actuelles
16 septembre 2011
Six ans après le feu de forêt qui a ravagé
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Six ans après le feu de forêt qui a ravagé Virginia Hills, en Alberta, l'équipe de FORWARD a surveillé un cours d'eau qui draine le bassin versant de Burnt Pine.
Janice Burke, Université Lakehead

L’exploitation forestière et minière occupe une place fondamentale au pays. Toutefois, ce n’est que depuis peu que nous avons à notre disposition des données reflétant l’incidence de ces activités sur la santé des sols et des cours d’eau de notre plaine boréale, une région très riche en ressources qui couvre la moitié septentrionale des trois provinces des Prairies.  

Ellie Prepas, professeure au département de gestion des ressources naturelles à l’Université Lakehead et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en aménagement durable des eaux, veut rattraper le temps perdu. En collaboration avec des organismes gouvernementaux, des sociétés forestières et d’énergie et des groupes autochtones, Ellie Prepas et ses équipes d’étudiants chercheurs recueillent des données et conçoivent des modèles susceptibles de prédire les répercussions des feux de forêt et des coupes de bois sur les sols forestiers, la biodiversité et les cours d’eau.

« Les sciences forestières nous offrent une occasion en or d’observer en quoi la transformation de nos forêts touche la qualité et le volume de nos cours d’eau, indique la chercheuse. Elles rendent possible la conception d’outils très simples qui nous permettent de prédire la nature de ces changements. »

Une équipe de chercheurs de l
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Une équipe de chercheurs de l'Université Lakehead surveillent une partie des millions de bassins versants dans la plaine boréale de l'Alberta avant et après une coupe de bois expérimentale en hiver.
Janice Burke, Université Lakehead

Ellie Prepas a entrepris ses travaux au début des années 1990, à l’Université de l’Alberta, lorsque de nouvelles technologies ont amené des sociétés forestières à cibler des espèces d’arbres présents dans la plaine boréale et auparavant non commercialisables, comme le tremble. Or, ni les experts de l’industrie ni les scientifiques ne pouvaient expliquer l’incidence de la récolte de ces essences sur les eaux de surface environnantes. En 2001, la chercheuse a lancé le projet Forest Watershed and Riparian Disturbance (FORWARD) pour tenter de répondre à la question.

Aujourd’hui, on retrouve sur les deux sites d’étude de FORWARD – situés dans les collines Swan de l’Alberta et le Bouclier canadien au nord-ouest de Thunder Bay, en Ontario – des structures de béton, semblables à des barrages, qui enjambent sur toute leur largeur divers cours d’eau en observation. Érigés grâce au financement de la FCI, ces ouvrages permanents canalisent les eaux de courant dans un bassin muni d’instruments qui fournissent des données sur les débits-volumes et prélèvent des échantillons d’eau à des fins d’analyse plus poussée. Ces structures assurent une collecte d’eau et de données à l’année longue, avant et après un feu de forêt ou une coupe de bois. Cette méthode unique de recueillir des données à long terme a été mise au point par FORWARD.

L’analyse de ces données a d’ailleurs mené à des résultats surprenants. Par exemple, les sociétés forestières laissent souvent une zone tampon d’arbres entre les cours d’eau et le site d’exploitation afin de prévenir l’érosion des sols et de préserver la qualité de l’eau. Or, la chercheuse a découvert que ces zones tampons avaient, en fait, peu d’incidence sur la qualité et le débit de l’eau d’un cours d’eau adjacent. Ce qui importe davantage, c’est la taille de la zone perturbée et la présence de milieux humides. Elle a également constaté que les pratiques de déboisement actuelles ne semblaient pas nuire aux populations de grenouilles et de crapauds habitant les secteurs perturbés.

Les structures stabilisées de surveillance des
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Les structures stabilisées de surveillance des cours d'eau (Stabilized Stream Monitoring Structures) permettent de mesurer le débit d'eau durant toute l'année. Huit de ces ouvrages ont été répartis dans la plaine boréale.
Daniel W. Smith, Université de l?Alberta

Ce type d’information a eu des répercussions directes sur l’industrie primaire. Par exemple, les sociétés forestières avaient l’habitude de planifier leurs activités d’exploitation principalement en fonction du nombre d’arbres qu’il était possible d’abattre dans une zone donnée. Elles pouvaient donc faire une coupe à blanc ou déboiser des sections séparées, mais parfois très larges, sans vraiment tenir compte de la présence de cours d’eau.

Grâce à FORWARD, plusieurs sociétés prennent aujourd’hui en considération les bassins versants dans leurs plans de gestion, ce qui réduit les effets adverses sur les sols et les cours d’eau. Au lieu de cibler une zone particulière et d’y abattre des arbres en grand nombre, la coupe est davantage répartie sur l’ensemble du territoire. Cette façon de faire permet de prévenir la surexploitation des forêts aux environs d’un bassin versant et l’augmentation à long terme du débit d’eau.

C’est encore grâce à FORWARD si les gouvernements et l’industrie possèdent davantage de données de base et peuvent prendre des décisions plus éclairées relatives à l’aménagement forestier. En outre, comme les sociétés forestières ont désormais en main les outils nécessaires à une meilleure planification de leurs activités, elles peuvent prévenir les inondations et la dégradation importante des sols.

FORWARD veut maintenant poursuivre la collecte de données sur ses sites de l’Alberta et de l’Ontario afin d’améliorer et de développer ses modèles prévisionnels actuels pour les appliquer à un éventail plus vaste de terrains et de perturbations, notamment aux sables bitumineux de l’Alberta et aux forêts infestées par le dendroctone du pin ponderosa.