A Partnership of peoples

Un partenariat entre les peuples

Le Musée d'anthropologie de l'UCB a noué des relations avec des communautés internationales autochtones. Son projet de rénovation reflète cet esprit de collaboration.
13 janvier 2010
Artefacts exposés au Musée
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Artefacts exposés au Musée d'anthropologie de l'UCB.
Frontier Magazine, UBC

(Avec la permission du magazine Frontier, Université de la Colombie-Britannique)

Oubliez tout ce que vous avez déjà entendu au sujet de l’anthropologie : cette science ne s’intéresse pas uniquement aux cultures disparues, aux reliques poussiéreuses et aux peuples anciens. Cette discipline largement méconnue offre aussi un lien essentiel entre le passé et l’histoire contemporaine et une précieuse contribution à la préservation et à l’avancement de la culture – surtout au Canada, où on trouve une diversité de nations. Voilà pourquoi, depuis 60 ans, le Musée d’anthropologie (MOA) de l’UCB tisse des liens avec les communautés autochtones et travaille en étroite collaboration avec elles à des projets de revitalisation culturelle.

« Contrairement à d’autres musées, nous avons toujours essayé de démocratiser notre pratique et d’œuvrer directement auprès des collectivités pour les représenter et les aider à se représenter elles-mêmes », déclare Anthony Shelton, directeur du MOA. Depuis plus de cinq ans, il pilote la rénovation du Musée, un projet de 55,5 M$ appelé A Partnership of Peoples (un partenariat entre les peuples). « Le partenariat regroupe et consolide certaines des recherches que nous menons depuis très longtemps. »

Recherche réciproque

Le projet de rénovation est essentiellement axé sur quatre domaines de recherche : culture visuelle, études muséales, langue et nouvelles technologies. S’appuyant sur les meilleures innovations technologiques, le MOA s’est associé à trois communautés autochtones – le peuple Stó:lõ, le peuple Musqueam et la Société culturelle U’Mista, à Alert Bay – pour créer le Reciprocal Research Network (RRN), un réseau Web révolutionnaire qui met en commun les collections du Nord-Ouest de 12 organismes partenaires, dont la Smithsonian Institution aux États-Unis ainsi qu’Oxford et Cambridge en Angleterre.

Cet accès en ligne aux collections permet aux communautés autochtones de restaurer et de renforcer leur identité culturelle. Pour nombre d’entre elles, ce sera une première occasion de découvrir ces documents et objets autrefois disséminés dans des musées aux quatre coins du Canada et de la planète et, par conséquent, restés inconnus et inaccessibles aux populations mêmes qui les avaient créés.

« Le RRN offre un mécanisme permettant de rapatrier numériquement les collections et archives autochtones », indique Anthony Shelton. Plutôt que de retirer physiquement des objets d’un lieu, précise-t-il, on peut en créer des versions électroniques qui deviennent alors une ressource active dans la base de données du réseau. « Au fil du temps, on verra se constituer une sphère distincte où les chercheurs et les membres des communautés d’origine pourront interagir. »

Préservation de la langue

Avant même la création de la base de données du RRN, Anthony Shelton estime que le MOA était déjà un précurseur : il a transformé les modèles de recherche et établi de nouveaux liens entre les chercheurs et les universités ainsi qu’entre les musées et les communautés d’origine. Ainsi, la disparition des langues autochtones le long de la côte de la Colombie-Britannique est depuis longtemps un sujet de préoccupation pour les communautés et les chercheurs de l’UCB et d’ailleurs.

Face à la fragilité de la langue, la notion même de préservation de la tradition orale représente un défi, mais l’UCB et le MOA participent aux efforts visant à assurer la survie des langues autochtones. Le projet de rénovation comprend de nouveaux studios d’enregistrement et des cabines acoustiques qui seront une ressource précieuse tant pour les communautés que pour les chercheurs.

« L’UCB poursuit plusieurs projets et propose différents cours sur diverses langues autochtones, ajoute Anthony Shelton. Les responsables des cours de l’UCB pourront donc utiliser les installations du MOA pour enseigner et faire des recherches sur ces langues. »

Certaines communautés autochtones ont employé les cabines acoustiques pour livrer leurs réflexions sur les collections du MOA. Avec leur autorisation, le MOA a enregistré ces conversations afin d’aider les populations à renouer avec des pans de leur culture et de constituer des archives pour les générations futures.

« En ce qui concerne plus particulièrement le musée, nous pouvons commencer à enregistrer des termes autochtones pour nos collections, poursuit Anthony Shelton. En explorant la classification ethnolinguistique des objets, nous pouvons avoir accès aux univers sémantiques auxquels ils appartiennent. Nous n’étions pas en mesure de faire ce travail auparavant. »

Rapatriement du savoir

Anthony Shelton espère que le musée, en devenant une ressource pour les communautés autochtones, pourra commencer à assurer la décolonisation du savoir. À cette fin, le musée abritera un nouvel espace hybride, les Multiversity Galleries. « Quelque 16 000 objets de la collection, autrefois difficilement accessibles aux visiteurs, ainsi que leur description, seront maintenant présentés de manière optimale au public. Les descriptions d’objets sont le fruit d’une collaboration entre les conservateurs du musée et les communautés. Selon Anthony Shelton, ce partenariat a permis de produire un nouveau thésaurus basé sur les préférences des communautés plutôt que sur des considérations muséologiques.

En résumé, le rôle du musée à l’égard des cultures autochtones comporte trois dimensions : une dimension éducative fondée sur la recherche et l’enseignement ; une dimension communautaire s’articulant autour d’enjeux et de projets de recherche sociaux et communautaires ; et une dimension publique à titre de principal musée de l’Ouest canadien consacré aux arts et cultures du monde.

Les expositions du musée visent à sensibiliser le public, à offrir une plateforme éducative et à inspirer de nouvelles pistes de recherche. Anthony Shelton est confiant que le projet A Partnership of Peoples permettra au MOA de poursuivre son important travail de chef de file en recherche anthropologique et de rester la vitrine de l’histoire vivante et de la culture contemporaine.

Le Musée d’anthropologie (MOA) de l’UCB est le plus grand musée-école du Canada. Il est connu pour sa vaste collection de pièces provenant de la côte du Nord-Ouest et sa contribution à la mise en commun des connaissances sur les cultures autochtones autour de la planète. Le projet A Partnership of Peoples a obtenu du financement de la Fondation canadienne pour l’innovation, du gouvernement de la Colombie-Britannique, de la Fondation Koerner ainsi que des fonds supplémentaires de l’UCB.