Fertilizer from the sea

Un engrais provenant de la mer

Un scientifique agricole découvre les qualités nutritives de l'algue
30 juin 2010
Balakrishnan Prithiviraj
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Balakrishnan Prithiviraj
Prithiviraj étudie comment l'algue peut être utilisée comme engrais pour faire pousser l'arabette des dames (voir ci-dessus), une plante de la famille du chou et de la moutarde.

Lorsque les premiers colons européens ont cherché à survivre sur les sols minces du Canada atlantique, ils se sont rapidement mis à utiliser la profusion d’algues des plages environnantes comme engrais pour leurs récoltes. Cette ancienne pratique européenne s’est perpétuée dans la région, et un scientifique de la Nouvelle-Écosse veut savoir pourquoi.

Balakrishnan Prithiviraj, professeur agrégé en bioproduits marins au Collège d’agriculture de la Nouvelle-Écosse, à Truro, étudie les propriétés moléculaires de l’algue afin de comprendre ses interactions avec les plantes terrestres. Il souhaite plus précisément isoler les composés chimiques de l’algue qui favorise la croissance des cultures.

Balakrishnan Prithiviraj étudie les effets de l’algue sur l’arabette des dames (Arabidopsis thaliana), petite plante à fleurs de la famille du chou et de la moutarde – et première plante dont le génome a été séquencé. Dans son laboratoire-serre, il ajoute des bioproduits d’algue aux plantes dans le but d’observer les effets sur leur croissance. Il s’intéresse particulièrement à ce qui arrive aux racines de l’arabette. « C’est ce qui se passe sous terre qui nous importe vraiment », explique-t-il. En effet, si les scientifiques comprennent bien comment se comportent les plantes au-dessus du sol, les systèmes de racines demeurent mystérieux. « Notre théorie, qui est encore loin d’être confirmée, est la suivante : la molécule du bioproduit d’algue est trop grosse pour entrer dans la plante elle-même, mais elle s’attache à des récepteurs situés dans la membrane cellulaire. »

Prithiviraj tient un bouquet d
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Prithiviraj tient un bouquet d'ascophylle noueuse, une algue brune, dans une salle de culture du Collège d'agriculture de la Nouvelle-Écosse.
Balakrishnan Prithiviraj

Conformément aux prévisions de Balakrishnan Prithiviraj, les plantes terrestres traitées avec un composé d’algue poussent plus rapidement que les plantes témoins. « Il y a une sorte de réaction qui pousse les plantes à synthétiser leurs propres régulateurs de croissance », explique-t-il. En outre, les végétaux deviennent plus résistants à la salinité, aux maladies, à la sécheresse et aux insectes en présence du carraghénane, une grosse molécule flexible de l’algue rouge. Mais le plus surprenant s’est produit lors d’un test effectué sur des épinards par un de ses étudiants : un composé de l’algue appelée ascophylle noueuse (Ascophyllum nodosum) en a accru la valeur nutritive. « La teneur en antioxydants était plus élevée dans les feuilles après l’ajout du composé, affirme le professeur. Et les flavonoïdes des épinards ont augmenté de 15 % à 50 %. »

Cet été, Balakrishnan Prithiviraj et son équipe d’étudiants effectuent des tests sur des échantillons de plantes issues de diverses régions des États-Unis – des cultures de grande valeur (fraises, laitue, brocoli, arbres fruitiers) – afin de connaître les interactions entre celles-ci et les composés d’algue. Les résultats pourraient avoir un impact considérable sur l’agriculture, notamment en Chine, en Inde et en Australie, où les changements climatiques, la sécheresse et la salinité constituent des problèmes de taille. Mais quelle que soit la culture dont il question – coton en Turquie, raisin en Californie, pomme à Taiwan ou tomate en Italie –, la demande mondiale d’engrais bon marché et efficaces reste élevée.

Le travail de Balakrishnan Prithiviraj est soutenu en partie par Acadian Seaplants Limited, une entreprise de Nouvelle-Écosse qui vend de l’engrais d’algue en poudre dans 65 pays. Le professeur affirme qu’il s’agit du premier projet de recherche du genre sur l’algue au Canada. Des pays tels que l’Irlande et la France, par contre, effectuent des recherches poussées dans le domaine. « Il s’agit d’une situation tout à fait incompréhensible, remarque-t-il. Notre région a les marées les plus hautes au monde ainsi qu’une grande quantité d’algues, mais nous n’effectuons que très peu d’études à ce sujet. Le prochain grand changement dans nos vies viendra de l’océan. Le Canada possède d’immenses littoraux : c’est à nous qu’il incombe d’explorer les océans qui nous entourent. »

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