Roads scholar

Un as de la route

Baher Abdulhai utilise tous les outils possibles pour vous aider à atteindre votre destination un peu plus rapidement
20 mai 2009
Centre STI
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Centre STI
M. Abdulhai

Vous venez tout juste de mettre en marche votre nouveau système mondial de localisation (GPS), qui décrit avec force détails comment vous rendre de votre maison à ce chalet que vous avez loué :  « Tournez à gauche à la rue Willow et continuez sur 7,6 kilomètres. » Le hic ? L’appareil ne vous dit pas que, à cause d’un camion-remorque ayant fait un tête-à-queue et de travaux routiers s’étalant sur cinq kilomètres, l’itinéraire le plus court en distance est aussi le plus long en temps.

Peut-être vous dites-vous en maugréant : « Où est cette technologie de cartographie qui pourrait m’indiquer des itinéraires de rechange ? » Eh bien, quelqu’un a entendu vos récriminations et cette personne est Baher Abdulhai.

En effet, c’est sur ce type de problèmes de circulation en temps réel que se penchent Baher Abdulhai et ses collègues du Centre et banc d’essai de systèmes de transport intelligents (STI) de l’Université de Toronto depuis 1998.

L’équipe des STI cherche des façons de mettre à profit les données fournies par divers dispositifs de surveillance de la circulation – caméras routières fixes, téléphones cellulaires et indicateurs d’emplacement GPS. Leur objectif : produire un outil de cartographie personnalisé, téléchargeable sur GPS, qui pourra, selon Bader Abdulhai, « signaler aux conducteurs le parcours le plus rapide par opposition au parcours le plus court ».

La fascination du chercheur pour la congestion routière, intérêt qu’il a développé en observant les rues encombrées du Caire, sa ville natale, lui a valu le surnom d’« as de la route ». Baher Abdulhai a fait de l’Université de Toronto l’un des plus importants centres de STI au monde.

Le Virtual Toronto Network constitue l’un des principaux projets auxquels il consacre ses efforts. Il s’agit d’un système de simulation du débit routier à Toronto : il repose, en partie, sur l’analyse de données transmises par les caméras et les capteurs enfouis qui surveillent la circulation sur les grandes artères de la métropole.

Le but, affirme le chercheur, ne consiste pas simplement à observer ce qui se passe sur les routes, mais à comprendre comment on peut réduire la congestion grâce à des dispositifs tels que les feux de circulation « intelligents », qui « apprennent » à se mettre au rouge ou au vert en fonction des conditions routières, ou des systèmes d’accès synchronisés aux bretelles d’autoroute. Il faut aussi inciter les gens à télécharger l’information liée au trafic sur leurs téléphones cellulaires et ordinateurs.

« Sur le plan de la recherche, nous avons fait 95 % du chemin », indique Baher Abdulhai quand il parle de ses travaux d’amélioration de la fluidité routière.

Titulaire depuis 2005 de la Chaire de recherche du Canada sur les STI, Baher Abdulhai souligne cependant que plus un système recueille de données, plus il devient difficile d’assurer une circulation routière optimale. Diriger quelques conducteurs équipés d’un GPS intelligent en leur suggérant des parcours plus rapides permettrait d’alléger le trafic. Mais si tout le monde a accès à la même information, « très vite, l’itinéraire le plus rapide ne sera plus le plus rapide », précise le chercheur.

Les prochains travaux de Baher Abdulhai viseront donc à offrir un éventail d’options de parcours qui prendront en considération les itinéraires recommandés à d’autres usagers. « Les gens qui partent du même point pour se rendre à la même destination recevront des instructions très différentes, dit-il. Mais ils arriveront tous en même temps. »

Cette recherche fait appel à l’analyse statistique de modèles de débit routier et de données routières exactes et à jour. Ces deux volets devraient connaître une nette amélioration quand une nouvelle actualisation du réseau de STI, qui bénéficie d’un budget de 720 000 $, sera terminée en 2010. Les données routières recueillies à Toronto et dans d’autres grandes villes du monde seront alors accessibles à 14 universités, dont l’Université du Caire et trois universités américaines. Les données et les systèmes informatiques partagés serviront à créer une foule d’applications destinées à résoudre les problèmes de circulation.

Cette approche impressionne beaucoup de chercheurs dans le même domaine. « Ce projet s’apparente à quelque chose que nous essayons de mettre en œuvre en Californie », déclare Will Recker, ingénieur civil à l’Université de Californie, à Irvine. « Mais Baher, comme souvent, semble avoir une longueur d’avance sur nous. Ses travaux ont vraiment placé l’Université de Toronto dans le peloton de tête de la recherche sur les transports. »