New-age sports camp

Un camp sportif… nouvelle ère

Une technologie 3D aide les athlètes canadiens à remporter l’or
11 février 2014

Qu’est-ce ça prend pour devenir un athlète de haut niveau? Bien sûr, il faut une détermination exceptionnelle et des capacités physiques supérieures, mais le neuroscientifique de réputation mondiale Jocelyn Faubert et son équipe ont constaté que dans certains sports, l’agilité mentale pourrait être le principal élément pour départager les champions.

NeuroTracker est un programme informatique qui consiste,
pour l’utilisateur, à suivre plusieurs objets simultanément
et à réagir en conséquence, un exercice pour lequel les
athlètes de haut niveau sont particulièrement doués. La
planchiste Caroline Calvé (CI-DESSUS) de l’équipe olympique
canadienne s’entraîne à l’aide du NeuroTracker en vue des
Jeux d’hiver de Sotchi. Mis au point par le neuroscientifique
Jocelyn Faubert de l’Université de Montréal, cet outil aide
les athlètes à traiter l’information visuelle plus rapidement,
leur donnant ainsi un avantage de taille sur leurs adversaires.
Mention de source : Jocelyn Faubert, Université de Montréal

NeuroTracker, un produit novateur mis au point par Jocelyn Faubert à l’Université de Montréal et commercialisé par la société dérivée CogniSens Inc., a permis de découvrir que l’entraînement et les aptitudes physiques ne suffisent pas à expliquer l’excellence sportive; la disposition naturelle de certains athlètes à traiter rapidement l’information provenant simultanément de diverses sources est aussi un facteur à considérer dans l’équation. « Chez ces sujets, la capacité mentale à analyser des scènes dynamiques, une tâche qui requiert des fonctions cérébrales sollicitant l’attention et la concentration, est nettement supérieure », indique le chercheur. Cette faculté à traiter divers stimuli et à réagir en conséquence peut se révéler fort utile lorsqu’on doit, par exemple, traverser la glace à grande vitesse en maniant la rondelle et éviter la mise en échec.

Le NeuroTracker est un programme informatique composé d’un visiocasque jumelé à un téléviseur 3D de 165 centimètres (65 po) ou à un projecteur stéréo. L’athlète voit apparaître plusieurs balles à l’écran. Certaines deviennent vertes – puis reprennent, quelques secondes plus tard, leur couleur d’origine. L’athlète doit suivre ces balles en mouvement et les retrouver une fois qu’elles se sont immobilisées. Si l’athlète réussit, la vitesse du programme s’accélère. S’il fait une erreur, les balles se déplacent plus lentement à l’essai suivant.


 

Le patineur de vitesse Olivier Jean (CI-DESSUS) de l’équipe
olympique canadienne s’est entraîné avec le NeuroTracker
en prévision des Jeux de Sotchi. L’écran affiche plusieurs
balles jaunes en mouvement. Quatre d’entre elles deviennent
temporairement rouges, comme le montre l’image. Le défi
consiste à suivre ces quatre balles à l’écran une fois
qu’elles ont repris leur couleur jaune et à les retrouver
à la fin de l’exercice. Si Oliver Jean n’y parvient pas, le
système ralentit. S’il réussit l’exercice, les balles se
déplacent plus rapidement à l’essai suivant.
Mention de source : Jocelyn Faubert, Université de Montréal

Cet exercice aide les athlètes à traiter l’information visuelle plus rapidement, il augmente leur conscience périphérique et les aide à suivre plusieurs cibles à la fois, à interpréter les mouvements du corps, à rester concentrés plus longtemps pour accroître leur niveau d’attention dans des moments clés et à améliorer leur perception d’une situation. Grâce au NeuroTracker, le chercheur et son équipe ont confirmé que la neuroplasticité cérébrale, ou l’habileté du cerveau à se restructurer lui-même pour accroître ses capacités en fonction d’exigences fonctionnelles, peut s’améliorer à tout âge. En 2001, le chercheur a utilisé le financement de la Fondation canadienne pour l’innovation pour créer le premier NeuroTracker devant servir en réadaptation. Il souhaitait ainsi déterminer comment un cerveau vieillissant pouvait traiter une information visuelle complexe, par exemple, combien de temps il faut à une personne âgée pour percevoir quelqu’un marchant vers elle sur un trottoir et faire un pas de côté pour l’éviter. La formation de groupes témoins composés d’athlètes de haut niveau et de sportifs amateurs a permis de mesurer le potentiel de l’appareil. « Nous avons été surpris d’observer que la neuroplasticité est beaucoup plus grande chez les athlètes de haut niveau. Notre prochain objectif? Répondre à la question fondamentale suivante : quelle est la particularité du cerveau leur permettant d’être de meilleurs athlètes? Nous connaissons leurs capacités physiques. Mais pourquoi l’athlète de haut niveau est-il meilleur qu’un non-athlète doté des mêmes qualités physiques? Une grande part de cette disposition mentale restait un mystère pour nous. »

En 2009, ce projet de recherche qui visait à l’origine l’étude du comportement humain dans un contexte de vieillissement sain et de réadaptation a donné lieu à la création d’un produit qui connaît un grand succès commercial. Il est utilisé par des équipes sportives professionnelles comme le Manchester United Football Club ainsi que plusieurs équipes de la LNH et de la NFL, la Fédération Française de Rugby et le centre d’entraînement olympique de l’Espagne. Le patineur canadien de vitesse sur courte piste Olivier Jean et la planchiste Caroline Calvé, qui participent tous les deux aux Jeux de Sotchi, se sont entraînés une fois par semaine sur le NeuroTracker. Ils notent une amélioration de 30 à 40 pour cent et parfois même de 100 pour cent de leurs capacités mentales après seulement 15 séances de trois à cinq minutes. Les 150 appareils en service dans le monde sont utilisés par des athlètes et d’autres groupes comme des unités américaines d’opérations spéciales, notamment les Navy Seals et les Marines Special Operations. CogniSens peut adapter le NeuroTracker selon les besoins des clients. Ainsi, des militaires utilisent le système pour s’exercer au transfert et au chargement d’armes tout en recevant des consignes ou des messages d’un commandant. CogniSens propose cinq versions du système. Plusieurs universités s’en servent aussi pour évaluer les dommages des commotions cérébrales et faire de la prévention. « En améliorant la perception situationnelle de l’athlète, nous contribuerons peut-être à éviter les commotions cérébrales au hockey, précise-t-il. Nous croyons qu’il peut aider un athlète à prévoir les coups. Concentré sur la rondelle, un joueur peut en même temps saisir et traiter l’information environnante. »