i2eye with green roofs guru Steven Peck

tête@tête avec Steven Peck, le gourou des toits verts

Saviez-vous que nous pouvons donner à la nature l'occasion de reprendre ses droits?
20 mai 2008
Oak Hammock Marsh Interpretative Centre
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Oak Hammock Marsh Interpretative Centre
©Canards Illimités Canada & Green Roofs for Healthy Cities

Saviez-vous que, sur chaque toit de notre jungle de béton, nous pouvons donner à la nature l’occasion de reprendre ses droits ? Si Steven Peck continue à prêcher la bonne parole, les toits verts deviendront la norme. Monsieur Peck est le fondateur et le président de Green Roofs for Healthy Cities, une association industrielle sans but lucratif qui a le vent dans les voiles; établie à Toronto, elle fait la promotion de l’industrie du toit vert partout en Amérique du Nord. Les toitures végétalisées embellissent le paysage urbain, accueillent les insectes et les oiseaux en plus de réduire les eaux pluviales d’orage, la consommation énergétique et la pollution atmosphérique et sonore. (Lire l’article Cité-jardin pour en apprendre davantage sur le fonctionnement du système de toit vert.) L’association présidée par M. Peck travaille dur pour faire de la technologie des toits verts le point central du mouvement pour la construction écologique. InnovationCanada.ca a demandé à M. Peck de nous entretenir de l’avenir de la toiture végétale.

InnovationCanada.ca (IC) : Comment en êtes-vous venu à vous intéresser aux toits verts ?

Steven Peck (SP) : En 1997, j’ai découvert le concept lors d’une conférence et j’ai vraiment été enthousiasmé parce que les toits verts étaient directement liés à mes activités dans le domaine de la viabilité des collectivités et des pratiques exemplaires en matière de design communautaire. J’ai vu l’énorme potentiel des toitures végétales : elles peuvent réconcilier les intérêts de l’architecture et des collectivités.

IC : Malgré leurs nombreux avantages incontestables, pourquoi sont-elles encore si peu répandues ?

SP : Ce qui rend les toitures vertes si spéciales, c’est qu’il est possible de développer une industrie régionale sans investissements majeurs. Mais les gouvernements doivent encourager un tel virage. À bord d’un avion, quand vous décollez de l’aéroport, vous survolez des toits gris à perte de vue. Nous avons ce canevas d’espaces inutilisés qui pourrait, si nous adoptions une politique et une réglementation appropriées, devenir un moteur nous permettant de bénéficier de nombreux avantages sur le plan des infrastructures. Je ne pense pas qu’il existe une autre technologie aussi prometteuse.

Nous devons faire des recherches biophysiques et socioéconomiques afin de convaincre les décideurs que cela en vaut la peine. Par exemple, si Montréal était couverte de toitures végétales, quelles seraient les répercussions sur l’îlot thermique urbain (le réchauffement de la ville comparativement au territoire rural) ? Comment ces toitures pourraient-elles améliorer la gestion des eaux pluviales, diminuer la pollution atmosphérique et réduire les particules en suspension dans l’air ? Nous devons trouver des réponses à ces questions.

IC : Et si tout le monde installait un toit vert ? Serait-ce suffisant ?

SP : Globalement, il s’agit de faire de l’industrie du bâtiment un acteur de premier plan au chapitre de la durabilité. À l’heure actuelle, ce qui préoccupe surtout l’industrie, c’est d’être progressivement moins dommageable.

Qu’arriverait-il si chaque nouvel édifice construit au Canada produisait de l’énergie renouvelable, offrait la possibilité de faire pousser des aliments sains, contribuait à l’amélioration de la qualité de l’air et de l’eau et était conçu dans le but premier de préserver la santé de ses habitants ? Nous aurions des édifices régénérateurs, c’est-à-dire des constructions restauratrices qui donneraient davantage en retour que ce qu’elles ont demandé durant leur cycle de vie. J’estime que, en une génération, nous pouvons transformer l’industrie du bâtiment et la rendre foncièrement régénératrice. Voilà le but ultime.

IC : Comment y arriver ?

Steven Peck
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Steven Peck
©Green Roofs for Healthy Cities

SP : Pour le moment, nous n’avons pas vraiment le choix. Nous devons faire des gestes radicaux. Peu importe nos activités, qu’elles consistent à concevoir un immeuble ou à faire pousser du blé, si elles sont fondamentalement dommageables, elles doivent changer.

En théorie, c’est simple, mais en pratique, le défi est énorme. Les forces en jeu sont très puissantes. L’une d’elles est l’énergie, car la fin de l’ère du combustible fossile est à nos portes. Ces forces nous obligeront à construire des immeubles régénérateurs.

IC : Quels défis l’industrie du toit vert doit-elle relever ?

SP : Un de ses plus grands défis est la formation et le perfectionnement en matière de pratiques exemplaires. Depuis 2003, nous travaillons à mettre en place un programme d’accréditation et, d’ici 2009, l’industrie aura un titre professionnel relatif à la toiture verte.

Les normes sont vraiment importantes. Construire un toit vert, même sur son propre garage, n’est pas un projet pour bricoleur. Il faut tenir compte du poids ajouté à la structure. Et comme les toitures végétales sont des systèmes vivants, il faut savoir quelles plantes pourront survivre à l’hiver dans les régions froides. Voilà un autre domaine où la recherche est nécessaire, car la plus grande partie de l’expertise actuelle nous vient d’Europe, où les conditions climatiques sont bien différentes ici.

IC : Qui a relevé le défi en concevant une toiture verte exceptionnelle ?

SP : Au Canada, celle du Oak Hammock Marsh Interpretative Centre, au nord de Winnipeg, compte parmi les mieux conçues. C’est là qu’est établi le siège social de Canards Illimités Canada. L’immeuble est doté de deux toits verts. C’est une réalisation fantastique en raison de ses multiples facettes : on y a planté des herbes et des fleurs indigènes des Prairies et prévu un habitat pour les oiseaux ; de plus, la toiture réduit la demande en refroidissement de l’immeuble ainsi que la pollution par le bruit.

IC : Quels gestes pouvons-nous faire pour appuyer la cause ?

SP : Communiquez avec vos élus et demandez-leur ce qu’ils font pour rendre plus abordables les toitures vertes et autres technologies d’architecture d’habitation. Envisagez la construction d’un toit ou d’un mur vert à la maison ou sur votre lieu de travail.