i2eye with Steve MacLean

tête@tête avec Steve MacLean

Il faut du temps pour recruter la prochaine génération de voyageurs de l'espace.
 Entretien avec le chef de l'astronautique canadienne.
20 mai 2009
L'astronaut Steve MacLean
L'astronaut Steve MacLean

ASC

Steve MacLean a volé deux fois dans l'espace, il est un des trois Canadiens à y avoir « marché » et il a été le premier à manipuler là-haut le bras robotique Canadarm2. L'automne dernier, il est devenu président de l'Agence spatiale canadienne, qui coordonne les politiques et programmes civils du Canada dans l'espace. Auparavant, il a étudié la physique du laser, il a été administrateur des sports à l'Université York, il a concouru avec l'équipe nationale de gymnastique et il a été chercheur invité à l'Université Stanford. Il est l'exemple même des qualités qu'il faut posséder pour aspirer à voyager dans l'espace.

En mai 2008, l'Agence a entrepris de sélectionner sa prochaine génération d'astronautes. Après des mois de tests éprouvants, il restait 16 candidats parmi lesquels deux nouveaux astronautes ont été choisis le 13 mai, Jeremy Hansen et David Saint-Jacques. Steve MacLean a bien voulu nous parler du rigoureux processus de recrutement et des objectifs du programme.

InnovationCanada.ca (IC) : Vous avez été l'un des six premiers astronautes du Canada. Comparé au processus par lequel vous êtes passé en 1983, qu'y a-t-il de différent dans le recrutement d'aujourd'hui?

Steve MacLean (SM) : Il y a beaucoup plus d'épreuves préliminaires, basées sur des tests que j'ai dû passer dans le cours de ma carrière, la plupart peu après ma sélection dans le groupe des six. Cela faisait partie de l'entraînement initial. Cette fois-ci, nous avons établi des tests d'aptitudes au pilotage. Ainsi, les candidats n'ont pas besoin d'être pilotes pour se présenter, ce sont les tests qui déterminent s'ils ont ce qu'il faut pour le devenir. Même chose pour les aptitudes en robotique. Nous avons fait plusieurs tests pour savoir s'ils pouvaient se débrouiller là-dedans. S'ils réussissent, alors ils peuvent être formés.

Les 16 candidats choisi parmis la campagne
Les 16 candidats choisi parmis la campagne nationale de recrutement d'astronautes

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IC : Sur quoi portaient les autres tests?

SM : Nous sommes très intéressés par les réactions au stress. Nous avons sorti les candidats de leur zone de confort pour voir s'ils arrivaient à penser clairement et à exécuter correctement une série d'opérations. Il y a eu plusieurs tests d'aptitudes physiques aussi. Il faut être en forme pour non seulement subir le décollage et fonctionner dans l'espace, mais aussi pour endurer l'entraînement.

IC : Cela ne faisait pas partie du processus en 1983 ou en 1994?

SM : Il y avait des sous-ensembles de tests semblables, mais il n'y a jamais eu de sélection aussi rigoureuse que celle-ci.

Les candidats sont soumis à une
Les candidats sont soumis à une série d'évaluations médicales, physiques et d'habiletés dans des conditions parfois extrêmes.

ASC

SM : C'est exact. Lorsque j'ai été choisi la première fois, on cherchait surtout des spécialistes de la charge utile, des candidats doués pour les sciences et l'observation. Plus tard, j'ai été choisi comme spécialiste de mission, ce qui exige un autre ensemble d'aptitudes. Cette fois-ci, pour les besoins de la Station spatiale internationale, nous recherchons les deux. Et puis les tests sont faits en aveugle : on ne connaît pas le sexe des candidats, ni la race, la religion ou le lieu de naissance.

IC : Étiez-vous surpris, ou déçu, qu'il y ait seulement une femme parmi les 16 derniers?

SM : Lorsque nous avons commencé avec plus de 5 000 candidats, les données démographiques concordaient pour le groupe d’âge : nous avions 20 p. 100 de femmes [ce qui correspond au pourcentage approximatif de femmes dans les domaines scientifique, technique et médical]. Rendus à 1 000 candidats, c’était la même chose. À 79 candidats, nous avions toujours 20 p. 100 de femmes. À 31, nous avions cinq femmes.  

IC : Est-ce que ce sont les épreuves physiques qui leur ont nui le plus?

Les candidats ont subi une série de tests
Les candidats ont subi une série de tests ayant trait notamment à la gestion des situations d'urgence, aux premiers secours et au contrôle des avaries.

ASC

SM : J'ai été étonné de voir à quel point certaines femmes se sont démarquées dans les épreuves physiques. En fait, plusieurs ont obtenu le score général le plus élevé. Les femmes ont aussi excellé dans les tests menés hors de la zone de confort. Dans l'épreuve du feu et de l'eau, par exemple, où elles devaient combattre un incendie une minute à 200°C, puis être plongées dans l'eau glaciale la minute d'après, à tenter d'empêcher un sous-marin de couler, elles s'en sont très bien tirées. Elles portaient de lourdes combinaisons, et les évaluateurs ne pouvaient pas savoir si c'étaient des femmes.

IC : Pourquoi avez-vous choisi seulement deux candidats cette fois?

SM : Ces candidats-là sont destinés à des missions sur la Station spatiale internationale. Nous travaillons en fonction d'autres vols éventuels, mais pour l'instant, il n'y a que deux ouvertures.  

IC : Qu'est-ce qui les attend?

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SM : Ils s'en vont à Pensacola, en Floride, suivre un entraînement de vol de six semaines, puis au mois d'août, ils entrent dans la prochaine classe d'astronautes à la NASA, pour recevoir une formation qui dure normalement deux ans. À partir de là, ils suivront des cours spécialisés qui les rendront admissibles à des affectations de vol.

IC : Quand seraient-ils admissibles à une première mission dans l'espace?

SM : Dans quatre ou cinq ans peut-être.

IC : On dirait que le moment est bien choisi pour devenir astronaute…

SM : Oui, le nouveau véhicule Orion est en construction. La station spatiale est pour ainsi dire terminée. Tous les panneaux solaires sont en place. L'an dernier, la sonde Phoenix s'est posée dans les régions polaires de Mars, où elle a trouvé de l'eau et de la neige. C'est assez fantastique. J'envie les gens qu'on sélectionne aujourd'hui. Ils vont adorer la carrière qui s'ouvre devant eux.