i2eye with writer Robert Sawyer

tête@tête avec Robert Sawyer

Écrivain de science-fiction Robert Sawyer deviendra le premier écrivain en résidence au « Synchrotron »
7 janvier 2009
 

Robert Sawyer fait carrière en plantant ses récits d’anticipation dans le décor d’établissements canadiens aussi fascinants les uns que les autres : l’Observatoire de neutrinos (Hominids), le laboratoire TRIUMF (End of an Era) et le Musée royal de l’Ontario (Calculating God). Scrupuleux dans sa description des antres mystérieux de la science, ce lauréat du prix Hugo tient à se familiariser avec les lieux et s’entretient souvent avec les auteurs des découvertes dont s’inspirent ses scénarios d’apocalypse. En juin, il deviendra pour deux mois le premier écrivain admis en résidence au Centre canadien de rayonnement synchrotron (CCRS) de Saskatoon, un établissement de la taille d’un stade sportif où un accélérateur ultra-puissant explore avec une précision inégalée la structure et les propriétés chimiques de la matière moléculaire. Nous avons rencontré M. Sawyer dans sa maison de Mississauga, en Ontario, entouré de modèles réduits d’astronefs et de squelettes de dinosaures, pour l’interroger sur sa prochaine incursion dans le domaine où la science-fiction se frotte à la réalité de la recherche.

InnovationCanada.ca (IC) : L’un après l’autre, vos livres ont l’air d’encenser les établissements scientifiques les plus prestigieux du Canada. Est-ce délibéré de votre part?

Robert Sawyer : J’aurais aimé travailler dans un laboratoire de calibre mondial, mais je me suis rendu compte que mes perspectives d’avenir seraient meilleures en écriture. C’est merveilleux que mon métier m’ouvre les portes de ces endroits-là. Un des plus beaux jours de ma vie a été celui où j’ai pu visiter l’Observatoire de neutrinos à Sudbury. J’avais pris la peine d’appeler le directeur pour lui dire : « Écoutez, je travaille à un roman et une partie de l’intrigue se déroule dans votre observatoire… — On nous a déjà fait ce genre de demande et nous avons toujours refusé », m’a‑t‑il répondu. Mais j’ai entrepris de le convaincre. Je connaissais mon affaire; je savais ce qu’on faisait là comme recherche; je savais ce qu’était un neutrino solaire. J’ai sentis qu’il commençait à fléchir. À la fin, je lui ai lancé comme ça : « L’histoire commence par la destruction de l’Observatoire. » Ou bien il me raccrochait au nez, ou bien il m’ouvrait la porte toute grande. C’est alors qu’il a dit : « Vous savez comment vous pourriez faire ça… ». Il m’a donné l’idée dont je me suis servi dans mon livre!

IC : Et pourquoi le CCRS?

RS : Il nous faut plus de science de haut calibre au Canada si nous voulons garder chez nous notre élite scientifique. Nous avons besoin d’établissements comme l’Institut Perimeter de Waterloo, en Ontario, le Royal Tyrell Museum de Drumheller, en Alberta, ou l’Observatoire de neutrinos pour offrir des emplois valables à nos meilleurs cerveaux. Je parle en connaissance de cause. En 1979, je cherchais en vain un emploi de ce genre. J’avais le choix entre pratiquer la paléontologie aux États-Unis ou écrire de la science-fiction. Les Canadiens qui visent le sommet dans leur domaine devraient pouvoir le faire en restant au pays. Le CCRS est en plein le genre d’établissement qu’il nous faut.

IC : Et comment avez-vous décroché ce stage en résidence?

RS : Je faisais une tournée de promotion pancanadienne en 2005. À Saskatoon, mon éditeur me demande si j’aimerais voir quelque chose en particulier. Or, j’avais lu un article sur cet accélérateur de particules installé dans les Prairies. Par un heureux hasard, son directeur de la science industrielle est un grand amateur de science-fiction. Il connaît mon œuvre, il nous fait visiter les lieux, puis nous nous retrouvons dans un pub des environs. Pendant que nous sommes là, on passe à la télé un épisode de l’émission Daily Planet où je suis justement interviewé. Me voici donc à bavarder avec tout ce beau monde du Synchrotron lorsque quelqu’un dit tout bonnement : « Viendrez-vous comme écrivain en résidence? » Cela ne s’était pas vu encore. Un artiste visuel avait été invité déjà et tout s’était très bien passé.

IC : Comment se déroulera votre séjour?

RS : Il se déroulera en deux phases. D’abord, je me plonge dans l’ambiance des labos, là même où se trouve l’accélérateur. Je suis juste là à regarder ce qui se passe, à m’en imprégner. Je suis pratiquement laissé à moi-même, libre d’observer et de rédiger. La deuxième phase est plus structurée : je rencontre des gens du Synchrotron, des scientifiques, des employés de soutien, des administrateurs et aussi toute personne qui a envie de mieux écrire, que ce soit de la fiction ou non. Le CCRS trouve son compte : un établissement aussi étrange, bourré de savants et de haute technologie, ne peut pas rester étranger à la collectivité. Alors, je rencontre aussi des gens du grand public. Dans les limites de l’entente de résidence, je prendrai des rendez-vous d’une heure avec toute personne du milieu qui aura besoin de conseils, d’encouragement ou de suivi.

IC : Se pourrait-il qu’on retrouve le Synchrotron dans un prochain roman?

 

RS : Le réseau ABC prépare une émission pilote inspirée de mon roman Flashforward, qui se déroule au CERN (accélérateur de particules établi en Suisse). Disons seulement que d’après le synopsis du feuilleton que nous envisageons, d’autres établissements du genre pourraient entrer dans le scénario. En tout cas, je vais écrire encore sur la physique des particules, d’une part pour la série télévisée, mais certainement aussi pour d’autres romans.

IC : Nous voici donc au CERN lorsque s’ouvre une scène qui dit : « Pendant ce temps au Canada… »?

RS : Vous verrez bien…

IC : Qu’avez-vous d’autre en vue pour nourrir votre inspiration?

RS : Je reviens du laboratoire d’intelligence artificielle du MIT, où j’ai eu droit à une visite guidée par nul autre que Marvin Minsky, le père de l’intelligence artificielle. Que demander de mieux? Au Canada, j’aimerais bien visiter les installations de TRIUMF (le laboratoire national de physique nucléaire et de physique des particules). J’attends l’invitation!