i2eye with HIV researcher Mark Wainberg

tête@tête avec Mark Wainberg, chercheur sur le VIH

Un expert canadien fait le point sur le VIH/sida
25 juillet 2012
 

Mark Wainberg, chercheur reconnu et ardent militant, lutte contre le VIH/sida depuis 1984, dans son laboratoire mais aussi dans l’arène politique. Directeur de la recherche de l’Institut Lady Davis de l’Hôpital Général juif et du Centre Sida McGill, tous deux à Montréal, et également ancien directeur de l’International AIDS Society, il travaille sans relâche à faire évoluer les mentalités et a réussi à percer certains mystères de cette maladie. Il a été l’un des premiers scientifiques canadiens à avoir étudié le VIH et le sida. De plus, à la fin des années 1980, lui et son équipe de recherche ont contribué à la mise au point du 3TC, un médicament contre le sida maintenant couramment utilisé. Les travaux de recherche de Mark Wainberg portent actuellement sur la résistance aux médicaments : il essaie de comprendre les effets de la charge virale sur les taux de transmission du VIH dans divers pays d’Afrique. Il poursuit aussi, bien sûr, sa quête du Graal : un vaccin contre le sida. Pour souligner la Journée mondiale du sida, InnovationCanada.ca a demandé à Mark Wainberg de parler du chemin parcouru depuis que se sont manifestés les premiers cas d’infection à VIH, il y a plus de 25 ans.

InnovationCanada.ca : Comment se porte la lutte contre le VIH après un quart de siècle ?

Mark Wainberg : Ce n’est un secret pour personne : les pays occidentaux ont fait de formidables progrès et les personnes vivant avec le VIH bénéficient de médicaments qui fonctionnent si bien que leur espérance de vie s’en trouve considérablement prolongée. La situation est tout autre dans les pays en développement. Les médicaments y sont maintenant un peu plus accessibles qu’auparavant, mais en obtenir demeure un problème majeur. On assiste à une montée en flèche du nombre de cas de VIH dans plusieurs pays d’Afrique et d’Asie. Il faut le reconnaître, il y a un abîme entre l’Occident et les pays en développement : d’un côté, il est possible d’obtenir les traitements appropriés, mais de l’autre, c’est impossible.

À votre avis, sommes-nous en train de gagner du terrain sur la maladie ?

Oui, cela ne fait aucun doute. Chaque année, nous gagnons du terrain. Mais n’oublions pas qu’il s’agit d’une infection qu’on peut prévenir. On pourrait certainement faire mieux en matière d’éducation et de prévention. Même ici, au Canada, il n’y a pas de quoi être fier : on enregistre beaucoup trop de nouveaux cas d’infection.

De quelle façon le Canada est-il touché par le VIH/sida ?

À l’heure où l’on se parle, il y a probablement 70 000 cas d’infection à VIH au Canada. Ce n’est pas anodin. Parmi les personnes infectées, on compte beaucoup d’hommes gais, mais aussi, chaque année, un nombre important d’Autochtones. C’est pourquoi il est crucial d’améliorer la santé publique au Canada.

Où le Canada se situe-t-il à l’échelle mondiale dans le domaine de la recherche ?

Dr. Mark Wainberg
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Dr. Mark Wainberg
McGill

Il serait juste de dire que nous faisons très bonne figure sur la scène internationale. Nous avons la chance d’avoir pu former des spécialistes qui s’attaquent à certaines maladies comme le sida et dont les travaux mènent à des découvertes. Mais les États‑Unis nous dépassent de loin en ce qui a trait au soutien accordé dans tous les secteurs de la recherche médicale par habitant.

À votre avis, le Canada fait-il tous les efforts possibles pour financer la recherche ?

Bien sûr que non. Mais j’applaudis notre gouvernement pour certaines de ses décisions en matière de financement. On peut toujours dire qu’on peut en faire plus, mais les temps sont durs et la situation économique actuelle est délicate. Nous savons tous que les risques de récession sont réels. Même dans ce contexte, je souhaite que notre gouvernement fasse tout ce qui est en son pouvoir pour aider les pays d’Afrique et d’Asie à maîtriser cette terrible épidémie.

Les mentalités ont-elles changé par rapport au sida ?

Les gens semblent croire que les efforts pour endiguer le VIH ont tellement eu de succès que la maladie ne représente plus un problème. Il y a effectivement eu de réelles avancées : les personnes vivant avec le sida n’en meurent plus comme dans les années 1980 et 1990. Malheureusement, les gens en concluent que plus personne ne meurt de la maladie, ce qui est tout à fait faux. Beaucoup de travail reste à faire. Dans de nombreux pays d’Afrique et d’Asie, le VIH continue de se propager et de faire des ravages. Et chaque année, ici même au Canada, bien des nouveaux cas d’infection auraient pu être évités.

Que nous réserve l’avenir ? Pouvons-nous espérer la mise au point d’un vaccin contre le sida ?

Le traitement de la maladie coûte cher et s’il était possible d’éliminer tout risque d’infection grâce à un vaccin, cela serait une solution beaucoup plus avantageuse financièrement. Malheureusement, je crois que nous ne sommes pas près de mettre au point un vaccin contre le sida. Bien que des millions aient été investis dans la recherche à ce sujet, les essais n’ont pas porté leurs fruits. Il est temps de regarder les choses avec réalisme et de remettre en question bien des solutions envisagées jusqu’à maintenant.

La mise au point de médicaments constitue la plus importante avancée dans la lutte contre le sida, et cela ne changera probablement pas. Ces médicaments nous permettent de traiter les malades et de prévenir la transmission du VIH. On s’entend pour dire que lorsqu’une personne est traitée, la charge virale dans son sang diminue, ce qui devrait se traduire par une diminution des risques de transmission de la maladie.

Affiché à l'origine le premier décembre 2008