i2eye with broadcaster Mike Duffy

tête@tête avec le journaliste Mike Duffy

La santé du cœur passe par la science et la prévention
22 mai 2007
Mike Duffy, un des plus grands journalistes de télévision du Canada anglais, ne craint pas de s’attaquer à des sujets difficiles devant des millions de spectateurs. Il a dû faire de même dans sa vie privée, composer avec des troubles cardiaques, ceux de son père, victime d’un premier infarctus à l’âge de 48 ans, et puis les siens propres.
 

En 1992, quelques minutes avant d’entrer en ondes et trois jours avant son mariage, Duffy est victime d’une crise bénigne. Pendant sa convalescence à l’Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa, il épouse l’infirmière Heather Collins, comme prévu. L’an dernier, à 60 ans, il subit une chirurgie à cœur ouvert après des accès d’épuisement et d’essoufflement. Depuis, il est revenu à son émission Mike Duffy Live au réseau CTV Newsnet. Pratiquement rétabli, il est reconnaissant envers le personnel spécialisé de l’Institut de cardiologie. Il a bien voulu nous faire part de son expérience et de ses réflexions au sujet de la santé cardiaque.

InnovationCanada.ca (IC) : Comment avez-vous trouvé votre séjour à l’hôpital ?

Mike Duffy (MD) : Fantastique. Je n’ai que de bons mots à dire là-dessus. Nous sommes chanceux d’avoir un système de ce calibre.

IC : Vous avez perdu près de 20 kilos depuis votre opération. Qu’est ce qui a changé dans votre mode de vie ?

MD : Je marche davantage. Je dose mes efforts. Je travaille moins. Je bois moins d’alcool et je prends plus de repos. J’avais travaillé très tard quand ça m’est arrivé en 1992. J’avais dormi seulement quatre heures avant ma première crise. J’ai fini par accepter le fait qu’on ne peut pas tout faire seul. L’âge nous rattrape. Il faut avoir le bon sens de l’admettre.

IC : Comment voyez-vous la vie depuis votre opération ?

MD : Je me surprends à m’attendrir devant des choses marquantes, comme un lever ou un coucher de soleil, ou bien un événement important dans la vie publique. J’adore la politique et je me dis alors : « Mon Dieu, j’ai bien failli ne pas voir ça! » Je connais trois types qui ont eu la même chose que moi et qui en sont morts d’un coup sec. Moi, j’ai une seconde chance. Je serais fou de la gaspiller.

IC : Comment se passent les choses depuis votre retour au travail ?

MD : Je n’ai jamais fumé, mais je me suis surmené. J’aime tellement ce que je fais, ce n’est pas du boulot pour moi. Je travaille maintenant à la maison le matin. Je me lève tôt, vers 5 h 30 - 6 h . Je feuillette tous les journaux, j’envoie quelques courriels, ce qui me prend 40 minutes environ, puis je retourne me coucher. Vers 9 h , je prends un déjeuner léger – je surveille mon régime – puis mes médicaments. À 10 h , c’est notre appel-conférence quotidien, après quoi je descends, je prends une douche, me rase et quitte la maison vers l’heure du lunch.

IC : Lisez-vous beaucoup au sujet de la santé cardiaque ?

MD : Tout le temps. Chaque fois que je tombe sur un titre dans le journal ou sur Internet. Nous sommes plutôt branchés ici : trois ordinateurs pour deux. Non pas que nous en fassions une obsession (rires). Mais l’un de nous deux est toujours en train de fouiller un sujet qui nous intéresse.

IC : Voyez-vous d’un autre œil la science et la technologie canadiennes ?

MD : Depuis la mort de mon père en 1972, la technologie a tellement progressé. Nous devons continuer de financer la recherche et de soutenir nos chercheurs… Mais nous devons aussi faire notre part comme patients, aider les médecins en prenant moins de risques. Avec la science d’un côté et la prévention de l’autre, nous sommes doublement armés contre la maladie, ce qui peut donner des résultats formidables.

IC : Comment voyez-vous le rôle international du Canada, dans la recherche et le débat sur les maladies du cœur ?

MD : L’Amérique est comme un éléphant : c’est tellement gros que si on se penche sur un aspect, il y en a plein d’autres qu’on n’arrive jamais à toucher. Comme notre régime ressemble à celui des Américains, nous pourrons en ciblant bien nos recherches faire des percées retentissantes, qui auront une portée très étendue.

Les Américains ont le nerf, la puissance qui vient avec l’argent, c’est bien évident. Mais je pense que nous pouvons regarder un peu plus loin, être plus sélectif dans nos choix. Aussi, quand on considère la population de patients, les Canadiens sont plutôt ouverts à l’entraide et peut-être pas aussi méfiants, craintifs ou réticents à s’engager. Quand il s’agit de recherche, la plupart sont tout disposés à aider sans songer à demander « combien ça va me rapporter ? ».

IC : Croyez-vous qu’il soit important d’investir dans la recherche cardiaque au Canada ?

MD : J’assiste à beaucoup d’activités de financement, vous savez. Je dis alors à ces gens-là : écoutez, j’ai 60 ans. Certains d’entre vous ont la moitié de mon âge, mais vous êtes assis sur des piles d’argent. C’est un merveilleux investissement. Un jour, vous aurez mon âge, et vous serez chauves aussi. Alors, par mesure de prévention, investissez dans la recherche sur le cœur. Cela vous évitera de passer par où je suis passé. Et avant que j’y passe, mon père en est mort. C’est de famille, comme on dit. Si c’est le cas chez vous, et ce l’est dans bien des familles, alors vous devrez y faire face un jour.

IC : Si vous pouviez recommencer votre vie, feriez-vous quelque chose de différent pour ménager votre cœur ? Quoi, par exemple ?

MD : Certains d’entre nous sont prédisposés par l’hérédité à avoir des troubles cardiaques. J’aurais dû y prendre garde à 18, 19 ou 20 ans, quand j’ai commencé à prendre du poids. J’étais un mangeur compulsif. Je mangeais quand j’étais heureux. Je mangeais quand j’étais triste. Je n’y faisais pas tellement attention. Si j’ai un conseil à donner aux jeunes gens, ce serait : « Regardez-vous dans le miroir, sans coquetterie, et rendez-vous compte qu’à partir d’un certain âge, le poids devient une bataille pour la vie. »

Certaines personnes ont des millions de dollars. D’autres en ont beaucoup moins, mais ils ont la possibilité de parler. C’est difficile à croire, mais je suis une personne plutôt réservée quand on aborde ces choses-là. Mais j’ai le sentiment de devoir le faire. Si je dis quelque chose qui peut aider quelqu’un d’autre, alors ça vaut la peine.