i2eye with Dr. Marla Shapiro

Tête@Tête avec la Dre Marla Shapiro

Marla Shapiro parle du combat qu'elle mène contre le cancer du sein et de ses efforts publics en vue d'amasser des fonds pour la recherche
1 octobre 2008
Dre Marla Shapiro
 

Marla Shapiro a l’habitude de commenter les grands enjeux dans le domaine de la santé et du bien-être. Cette omnipraticienne de Toronto, qui est en plus conseillère médicale nationale pour CTV News et Canada AM, anime l’émission Balance: Television for Living Well à CTV. Elle rédige aussi une chronique santé dans le Globe and Mail.

Quand, en 2004, elle apprend qu’elle est atteinte d’un cancer du sein, rien ne la prépare à devenir l’une des 20 000 Canadiennes qui reçoivent ce diagnostic chaque année. Après un rude combat contre la maladie, elle subit une reconstruction mammaire – une option que peu de femmes connaissent. Aujourd’hui, la Dre Shapiro consacre ses efforts à amasser des fonds pour créer une chaire nationale spécialisée en reconstruction mammaire. InnovationCanada.ca s’est entretenu avec elle pour en savoir plus sur ses expériences et son combat.

InnovationCanada.ca (IC) : Est-il difficile de rendre public un combat aussi personnel ?

Marla Shapiro (MS) : J’ai choisi de vivre ma vie sous les projecteurs. L’expérience que je vivais n’était pas unique, mais personne d’autre n’était disposé à en parler publiquement. En réalité, je suis comme tout le monde et c’est précisément pour cela qu’il est nécessaire d’en parler.

IC : Qu’est-ce qui vous a aidée à traverser cette épreuve ?

MS : Les gens me disaient que j’étais courageuse, mais je n’avais pas le choix. Chacune de nous fait de son mieux pour affronter la maladie et, chaque jour, nous vivons dans l’incertitude. Mais nous pouvons au moins choisir notre attitude. Le défi, c’est de vivre sa vie pleinement, comme on veut la vivre.

IC : Comment se classe le Canada dans la lutte contre le cancer du sein ?

MS : L’étude comparative internationale CONCORD, qui portait sur 31 pays dans cinq continents, sur 300 millions de patients et sur deux millions de cas de cancer, a comparé les données sur la survie après cinq ans pour quatre grands types de cancer. Le Canada vient au deuxième rang pour ce qui est de la survie des patientes atteintes du cancer du sein.

Les Canadiens peuvent être fiers d’avoir un accès généralisé et uniforme aux soins de santé. Bien sûr, nous rouspétons contre les listes d’attente, mais nous avons accès aux soins. Nous sommes l’un des seuls pays qui aient répondu à l’appel de l’Organisation mondiale de la santé en vue de l’établissement d’une stratégie nationale du cancer.

IC : Est-ce suffisant ?

MS : Comme Canadiens, devrions-nous être fiers ? Absolument ! Nous avons globalement un bon système de santé. Est-ce que j’aimerais qu’il soit meilleur ? Évidemment.

 

IC : Comment pouvons-nous le rendre meilleur ?

MS : Après ma reconstruction mammaire, j’ai voyagé dans tout le pays pour en parler et j’ai été étonnée du nombre de femmes qui ne savent pas que cette possibilité s’offre à elles. Les gens ont contre cette intervention le même préjugé qu’ils ont contre le lifting. Quand j’en ai parlé à ma chirurgienne, Joan Lipa, elle m’a dit : « Ce qu’il nous faudrait, c’est une chaire universitaire. Il n’existe nulle part au monde une chaire consacrée à la reconstruction mammaire. » Cette chaire serait dotée des fonds nécessaires pour réaliser des interventions, faire de la formation et devenir un centre d’excellence.

IC : Pourquoi tant de femmes ne connaissent-elles pas cette option ?

MS : L’accès est limité et il n’y a pas assez d’information. On a tendance à croire que l’opération est purement esthétique et que, par conséquent, elle ne constitue pas un traitement essentiel. Je pense que le choix de la reconstruction mammaire devrait être offert à chaque patiente, qui prendrait ensuite sa décision. Cette chirurgie fait partie du processus de guérison.

IC : Quelles sont les prochaines étapes ?

MS : Je ne suis pas une spécialiste de la collecte de fonds, mais je suis tenace, convaincue et travailleuse. J’ai donc frappé à plusieurs portes. Quand j’ai appris que Belinda Stronach se retirait de la politique, je lui ai envoyé une lettre sur mes intentions. Environ un mois plus tard, la nouvelle de son cancer du sein a été rendue publique. Je lui ai alors écrit une autre lettre pour lui dire que je n’étais pas au courant de sa maladie et que je n’avais pas voulu profiter de sa situation. Elle a très bien compris et, comme ma démarche s’inscrit dans un processus qui vise la guérison dans la dignité, elle a fait don du premier million de dollars pour la chaire.

IC : Pourquoi avez-vous tant à cœur d’obtenir des fonds pour cette chaire ?

MS : Parce que la reconstruction mammaire devrait être un choix pour toutes les femmes. Je trouve aberrant qu’il n’existe aucune chaire spécialisée dans ce domaine. Nous avons grand besoin d’un centre d’excellence qui puisse former, informer et intéresser les médecins et les patientes.

POUR EN SAVOIR PLUS

Octobre est le Mois de la sensibilisation au cancer du sein.

Après son traitement et la reconstruction mammaire, Marla Shapiro a écrit ses mémoires, Life in the Balance: My Journey with Breast Cancer, et a produit un documentaire sur son expérience intitulé Run Your Own Race.

Depuis 1997, la FCI a investi 2 milliards de dollars dans l'infrastructure de recherche en santé dont plus de 250 millions attribués à l’infrastructure appuyant les recherches sur le cancer.

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