i2eye with James Hesser

tête@tête avec James Hesser

Le directeur de l'Observatoire fédéral d'astrophysique fait la revue de 2009, année mondiale de l'astronomie
23 décembre 2009
Cette photo de la nébuleuse du Trou de serrure,
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Cette photo de la nébuleuse du Trou de serrure, prise par le télescope spatiale Hubble de la NASA en 1999 dévoile les détails d'une mystérieuse et complexe structure au sein de la nébuleuse de la Carène (NGC 3372).
NASA

Il y a deux ans, l’Assemblée générale des Nations Unies proclamait 2009 l’Année mondiale de l’astronomie (AMA). Autour du globe, de l’Afghanistan au Zimbabwe, on a célébré le 400e anniversaire de la première utilisation d’un télescope astronomique par Galilée.

Partout on a encouragé les non-initiés, les enfants en particulier, à braquer un télescope sur le ciel pour en admirer les splendeurs, comme Galilée l’avait fait il y a quatre siècles.

L’année tirant à sa fin, nous avons pensé faire un bilan avec James Hesser, qui en plus de diriger l’Observatoire fédéral, situé au nord de Victoria, est le président canadien de l’AMA. Avec sa barbe blanche bien taillée, cet homme affable de 68 ans ressemble d’ailleurs un peu à Galilée. Il s’est donc laissé convaincre de revêtir un costume d’époque afin d’inciter les astronomes en herbe à vivre un « instant galiléen ».

InnovationCanada.ca (IC) : Qu’est-ce qu’un « instant galiléen »?

James Hesser (JH) : Nous voulions qu’en 2009 tous les Canadiens aient la chance de vivre un moment de découverte astronomique, que ce soit par l’entremise d’une conférence, d’une séance d’observation des étoiles, d’une visite à un centre des sciences présentant une exposition d’astronomie ou encore en assistant à un concert de musique inspirée des sphères célestes. Nous souhaitions que les Canadiens puissent comprendre l’influence qu’exerce l’astronomie dans nos vies quotidiennes.

IC : Le programme a-t-il obtenu beaucoup de succès?

JH : Nous visions le million d’instants galiléens pendant l’année, un objectif qui en a inquiété plusieurs, mais que nous avons atteint en octobre grâce à des centaines, que dis-je, des milliers de bénévoles qui, d’un bout à l’autre du pays, ont accepté de communiquer leur enthousiasme pour l’astronomie à leurs concitoyens.

IC : Vous avez incarné Galilée lors de certains événements. Quel effet cela vous a-t-il fait?

JH : Nous avons organisé des portes ouvertes à l’Observatoire, ce que nous n’avions pas fait depuis 1996. Les familles sont venues en grand nombre et il y avait beaucoup d’enfants. J’ai donc loué un costume du Moyen Âge et nous avons présenté différentes répliques des télescopes de Galilée. Les jeunes ont vraiment apprécié. J’ai aussi revêtu mon costume pour assister au concert éducatif de l’Orchestre symphonique de Victoria intitulé « Musique des sphères ».

J’ai aimé faire ce voyage dans le temps et revisiter les découvertes fabuleuses de Galilée et de Johannes Kepler. Cela permet de mesurer ce que le genre humain a pu réaliser en quatre siècles en empruntant le chemin que ces scientifiques ont tracé pour nous.

IC : Pourquoi une année mondiale de l’astronomie?

JH : L’objectif était de rendre hommage aux découvertes faites par Galilée à la fin de l’année 1609, des découvertes qu’il avait choisi de partager avec les gens ordinaires en publiant ses écrits en italien plutôt qu’en latin. Il y a plusieurs types d’années mondiales. En sciences, elles sont généralement associées à des projets de recherche importants, mais d’emblée l’AMA a été conçue pour célébrer les progrès réalisés par l’homme et favoriser la compréhension de l’univers splendide et magnifique qui est le nôtre.

IC : Que nous laissera l’année mondiale de l’astronomie?

Surgissant d
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Surgissant d'un nuage de gaz et de poussière tel un hippocampe géant, la nébuleuse Tête du cheval est l'un des corps célestes les plus photographiés.
NASA/JPL-Caltech

JH : À court terme, nous espérons qu’un plus grand nombre de jeunes auront envie d’étudier en sciences et en maths. Nous avons mis au point de nouveaux outils éducatifs qui sont offerts gratuitement sur Internet ou par l’entremise d’autres réseaux de distribution.

IC : Quel genre d’outils?

JH : Le Conseil national de recherches Canada avait publié il y a quatre ans une affiche qui présente « Le ciel au Canada » et qui a été largement diffusée dans les écoles. Elle a été transformée depuis en un cherche-étoiles interactif. Nous avons aussi conçu des « cartes astro », c’est-à-dire des cartes de collection sur le thème de l’astronomie qui ont été distribuées partout au pays.

IC : Parlez-nous de ces cartes.

JH : Elles illustrent une série de sept planètes et phénomènes astronomiques : la Lune, Saturne, une galaxie spirale, Jupiter, une nébuleuse, des amas d’étoiles et le Soleil. Sur chaque carte figure un code permettant à une personne qui a vécu son « instant galiléen » de s’inscrire sur notre site Web. Tous les noms inscrits seront gravés sur un DVD que l’Agence spatiale canadienne a accepté de placer sur un satellite qui sera mis en orbite l’an prochain. C’est une chance d'envoyer son nom dans l’espace.

IC : Comment les coutumes ancestrales des Premières nations ont-elles été intégrées aux événements de l’AMA?

JH : Nous avons établi un partenariat à long terme avec les peuples autochtones du Canada. En collaboration avec des aînées, une artiste de l’Île-du-Cap-Breton a conçu une vidéo intitulée « Muin et les sept oiseaux chasseurs » à partir d’un conte traditionnel micmac sur le thème de la Grande Ourse et du mouvement des étoiles circumpolaires. Cette légende, qui est importante dans la culture micmaque, permettait de déterminer les saisons et les périodes de réjouissances. Elle est narrée en anglais, en français et en micmac pour que la nation puisse la préserver dans sa langue tout en la faisant connaître au reste du monde.

IC : La plupart des Canadiens vivent dans des villes qui sont tellement éclairées la nuit qu’il est difficile d’y observer les étoiles.

JH : L’espèce humaine est en train de perdre son lien avec l’un des plus beaux phénomènes de la nature. Toutefois, grâce à l’initiative de membres de la Société royale d’astronomie du Canada et de la Fédération des astronomes amateurs du Québec, on a créé des « réserves de ciel étoilé ». Les citadins peuvent donc se rendre dans des endroits où l’on a enrayé la pollution lumineuse afin d’admirer les étoiles.

IC : À quel rang se situe le Canada pour ce qui est de la contribution à la recherche en astronomie?

JH : Longtemps, le Canada s’est classé au premier ou au deuxième rang des recherches publiées dans les revues internationales d’astronomie. S’il y avait des Olympiques de la recherche, nos astronomes monteraient sur le podium à tout coup. Ils sont parmi les meilleurs au monde.

IC : À quelle grande découverte aimeriez-vous assister de votre vivant?

JH : Il est fort probable que l’on découvre de mon vivant la preuve de l’existence de planètes semblables à la Terre à proximité des étoiles qui sont les plus proches de nous. Sur ces planètes, il est possible – je dis bien possible – que nous découvrions aussi des signes d’une vie biologique. Je ne pense pas que nous ayons déjà reçu ou que nous recevrons la visite d’extra-terrestres, mais je crois que nous sommes sur le point de découvrir des planètes où la vie serait possible.