i2eye with Diane Nalini de Kerckhove

tête@tête avec Diane Nalini de Kerckhove

Une physicienne célèbre en chansons l'Année mondiale de l'astronomie
17 juin 2009
Mme. Diane Nalini de Kerckhove
Zoom

Mme. Diane Nalini de Kerckhove
B. Jonathan Michaels

Le jour, Diane Nalini de Kerckhove enseigne l’astronomie et surveille la construction, à l’Université de Guelph, de la première microsonde nucléaire à haute résolution du Canada. Le soir, elle chante le jazz. En professionnelle accomplie, elle s’est produite à travers le monde devant des célébrités comme Bill Clinton et Paul McCartney et a été candidate au Grand Prix du Festival international de jazz de Montréal en 2002.

Elle vient de lancer son quatrième album, Kiss Me Like That, un mélange de classiques et de chansons originales sur les merveilles du ciel et des étoiles, en cette Année mondiale de l’astronomie instituée en l’honneur du 400e anniversaire des observations célestes de Galilée avec le premier télescope.

InnovationCanada.ca (IC) : Avant de parler de votre album, dites-nous comment vous faites pour mener de front deux carrières fructueuses.

Diane Nalini de Kerckhove (DN) : Lorsque j’étudiais au premier cycle, je chantais pratiquement toutes les fins de semaine, alors je m’étais donné comme consigne de réserver la semaine à la physique, puis la fin de semaine à la musique. C’était comme si je me redémarrais le cerveau en mode physique chaque lundi matin. Il m’est arrivé d’abandonner la musique quelques mois durant des examens finals, mais c’était l’enfer pour moi. Aujourd’hui, j’essaie d’équilibrer les choses. Durant un semestre d’enseignement, je sais que je serai occupée à donner mes cours, à faire mes recherches, à encadrer mes étudiants alors je m’en tiens à peut-être un engagement par mois.

IC : Qu’est-ce qui vous a amenée à enregistrer un album sur la fascination que nous avons pour l’espace?

DN : J’ai été invitée à l’émission « The Sunday Edition » à la CBC juste avant Noël pour parler de l’Année mondiale de l’astronomie. On m’a demandé si je faisais des chansons reliées à l’astronomie. Je me suis mise à en dresser la liste et j’ai été moi-même surprise d’en dénombrer autant.

IC : Parlez-nous de la chanson titre « Kiss Me Like That ».

DN : Elle m’est venue d’un truc que nous montrons aux étudiants pour mémoriser l’ordre de grandeur des étoiles. C’est la phrase « Oh Be A Fine Girl, Kiss Me Like That », où les « O » sont des étoiles bleues, très chaudes, qui vont exploser en supernovas, et les « L » et les « T », de petites étoiles plus froides, des naines brunes. La couleur change et la taille diminue suivant l’échelle de température. Ce n’était rien de plus qu’une chansonnette, mais c’est devenu une grosse affaire sérieuse avec des métaphores astronomiques pour décrire une relation, très chaude à un certain moment, qui en vient à se défaire tranquillement.

IC : Elle est peut-être un peu subtile pour certains auditeurs, mais vous en avez une autre, « Love in Outer Space », où le lien est beaucoup plus évident entre l’amour et l’astronomie.

DN : Oui, c’est à propos d’une femme qui cherche l’amour interstellaire, un hommage à ma façon au projet SETI (Search for Extraterrestrial Intelligence). Dans le deuxième couplet, elle dit : « I sent a call on a telescope carved from stone / It had a map of my neighbourhood » (J’ai envoyé un appel à l’aide d’un télescope taillé dans la roche / Il contenait une carte de mon voisinage). C’est une allusion à l’Observatoire d’Arecibo, le plus grand radiotélescope au monde, taillé à même une colline de Porto Rico. Un message y a été émis à titre d’essai dans les années 70. Si on le reconstitue, il révèle un pictogramme en deux dimensions qui contient les chiffres de 1 à 10 et un diagramme symbolique de notre système solaire.

IC : Outre le fait que les auditeurs aiment vos chansons comme telles, espérez-vous qu’ils seront attirés par la science dont elles sont inspirées?

DN : Tout à fait. C’est même pour cela que j’ai créé le site www.kissmelikethat.com, où j’ai mis des tas d’images et des explications sur l’astronomie afférente. On ne peut pas inonder les gens d’information. Il faut en donner juste assez pour exciter leur curiosité. À eux de voir ensuite s’ils veulent en apprendre plus. Je pense avoir atteint ce juste équilibre.

IC : Qu’est-ce qui vous attend maintenant?

DN : Eh bien, j’ai lancé l’album le 24 mai. À part cela, je poursuis mes travaux à l’Université. J’ai été très chanceuse d’obtenir des fonds pour construire la première microsonde nucléaire à haute résolution du Canada. Elle pourra faire la mise au point sur un objet de la taille d’un micron, c’est-à-dire à peu près un centième de l’épaisseur d’un cheveu humain. Il suffit alors de promener le faisceau en un va-et-vient bidimensionnel pour identifier les éléments présents et tracer une sorte de carte « chimique » de ce qu’on voit, en combinant l’imagerie et l’analyse.

IC : Quel genre d’usage peut-on faire de cette microsonde?

DN : Les applications sont nombreuses et variées. Actuellement, je travaille avec Doug Fudge et Lawrence Szewciw au département de biologie intégrative, ici à Guelph. Nous examinons en coupe transversale la structure des filaments qui forment les fanons de baleine, dans l’espoir de découvrir comment la nature peut fabriquer des matériaux aussi étonnants. La microsonde nous permet de voir la concentration de divers minéraux et de déterminer quel rôle ils peuvent jouer dans le durcissement, la résistance et la flexibilité du matériau.