i2eye with olympian Catriona Le May Doan

tête@tête avec Catriona Le May Doan

La championne olympique partage ses idées sur l'impact de la science sur le sport
6 août 2008
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Catriona Le May Doan a su atteindre les sommets du sport amateur grâce à un entraînement, des tests et de l’équipement de haute technologie. Bien qu’elle ait mis un terme à sa carrière de patineuse de vitesse en 2003, elle reste très impliquée dans le monde du sport. Elle a en effet été membre de l’équipe et du conseil de candidature de Vancouver pour les Jeux olympiques, et est présentement administratrice de l’Association de développement olympique de Calgary et du Centre canadien multisport. Les œuvres de charité, les discours, le travail de représentation de l’anneau olympique, un mari et deux enfants viennent compléter le tableau d’une « retraite » pour le moins active.

Au mois d’avril dernier, Le May Doan a été accueillie au Temple de la renommée olympique du Canada. Lors des Jeux olympiques de Beijing de cet été, elle poursuivra son travail de commentatrice à la CBC. InnovationCanada.ca s’est entretenu avec cette championne pour comprendre l’impact de la science sur sa carrière.

InnovationCanada.ca (IC) : Quel rôle la science a-t-elle joué dans vos succès sportifs?

Catriona Le May Doan (CLMD) : Un rôle immense. La recherche affecte tous les aspects du sport, pas seulement le patinage et l'entraînement. Chaque séance d’entraînement s’inscrit dans le cadre d’un plan de quatre ans, ce qui fait que tout ajustement a des répercussions majeures. Je suis heureuse de ne pas avoir eu à m’occuper de l’établissement du programme. Tout ce que j’avais à faire, c’était m’entraîner.

IC : Pouvez-vous nous fournir un exemple?

CLMD : Nous savions, au millilitre près, quel devait être le contenu musculaire de ma jambe pour que je sois le plus efficace possible au moment de la poussée. Il a fallu des années de tâtonnements pour en arriver là. Les tests en laboratoire ont été déterminants pour mesurer la puissance de sortie, la capacité en oxygène, la force de départ et la vitesse. Tous mes résultats ont été enregistrés, de l’âge de 14 ans à 33 ans. Je peux donc voir mes propres progrès ainsi que ceux du programme.

IC : Quelle est l’importance de la recherche dans la réussite des athlètes?

CLMD : Énorme. Et encore, je parle d’il y a cinq ans. La recherche est de plus en plus déterminante. Je suis allée avec Jeremy [Wotherspoon] au Conseil national de recherches et nous sommes passés dans la soufflerie pour tester nos combinaisons. Mais ils en font beaucoup plus maintenant que lorsque je patinais, avec les combinaisons, les patins, la programmation et les régimes.

IC : Maintenant que vous avez du recul par rapport à votre carrière de patineuse, que feriez-vous pour rendre le Canada plus compétitif?

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CLMD : Nous devons fournir un effort continu au niveau des tests d’équipements et de programmes. Le problème, c’est que nous n’avons pas forcément les fonds nécessaires pour financer ce type de recherche. La différence avec le reste du monde se mesure en centièmes de seconde. Ces tests doivent être une priorité si nous voulons rester compétitifs.

IC : Où pensez-vous que le Canada se situe par rapport aux autres pays dans le domaine des sciences du sport?

CLMD : D’après ce que j’ai pu constater lorsque je m’entraînais, nous sommes en assez bonne position. Certes, les États-Unis disposent de bien plus de ressources technologiques que nous – il va de soi que nous ne pouvons pas rivaliser avec la NASA. Mais lorsque j’observais nos concurrents étrangers, avec tout ce que je savais de nos programmes de formation, j’étais stupéfaite de voir certains athlètes s’entraîner comme si nous étions encore au milieu des années 1980. Leur mentalité n’avait pas évolué. L'avancement du Canada varie selon le domaine et les personnes concernés.

IC : Pensez-vous que le Canadien moyen comprend le sport de haut niveau?

CLMD : Nous ne disposons pas des ressources nécessaires pour faire comprendre aux gens la complexité de ces programmes, et je pense que personne ne peut être blâmé pour cette situation. Personne ne sait vraiment en quoi consiste un programme de quatre ans, alors que la plupart des athlètes s’entraînent pendant 24 ans. En fait, peu de gens envisagent ce côté-là de la question. Nous devons donc sensibiliser le public à l’aspect scientifique du sport : il ne suffit pas de faire des tours de patinoire en espérant être plus rapide que les autres. Nous en sommes arrivés à un niveau tellement perfectionné que c’en est incroyable.

IC : Pourquoi est-il important de comprendre de telles choses?

CLMD : Sans ces connaissances, nous ne réussirons pas en tant que pays ou lors des Jeux olympiques, et nos jeunes n’auront pas de modèles à suivre. Nous avons besoin de chercheurs – ces scientifiques qui consacrent leur vie aux études et qui sont les meilleurs dans leur domaine –, faute de quoi nos athlètes seront privés des outils nécessaires pour réussir.

IC : Quelle est l’influence de la science sur les Jeux de Beijing?

CLMD : Le principal enjeu est la qualité de l’air. La plupart des équipes ont des chercheurs chargés de leur fournir un appareil respiratoire qui nettoie l’air lorsque les sportifs s’entraînent. Il existe par ailleurs différents maillots qui permettent d’éviter une hausse de la température corporelle. Ces facteurs importants ont une incidence directe sur la performance des athlètes lors des Jeux, mais je pense que nous allons constater des progrès dans tous les domaines. Il n’y a qu’à voir les équipements et les méthodes d’entraînement aux paralympiques : des avancées incroyables ont permis de fabriquer des équipements plus légers, plus efficaces et faciles à manier. Il est vrai que l’athlète d’aujourd’hui peut compter sur une équipe qui s’occupe des moindres détails de sa performance, mais toutes les recherches et les avancées du monde ne pourront jamais éliminer la nécessité de travailler avec acharnement pour atteindre son objectif.