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L'un des experts mondiaux du climat parle de la contribution canadienne à la recherche sur les changements climatiques.
9 décembre 2009
Andrew Weaver
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Andrew Weaver
Andrew Weaver

Durant son enfance à Victoria, Andrew Weaver, lorsqu’il avait à choisir entre regarder une partie de hockey ou une émission sur Jacques Cousteau, optait à tout coup pour l’explorateur des mers. Maintenant professeur et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en modélisation et en analyse climatique à l’Université de Victoria, il fait partie d’une équipe internationale de scientifiques qui nous aident à naviguer dans les eaux parfois troubles de la recherche sur les changements climatiques.

Andrew Weaver, une sommité mondiale dans ce champ d’études, s’est appuyé sur sa formation en mathématiques pour définir les changements environnementaux engendrés par la fonte du pergélisol, de la glace marine et des plateformes de glace flottante ainsi que par la hausse de cinq centimètres du niveau de la mer au cours des 15 dernières années. En prévision de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques qui se tiendra à Copenhague, au Danemark, du 7 au 18 décembre, Andrew Weaver et 25 chercheurs du monde entier ont publié le Diagnostic pour Copenhague, un compendium des recherches scientifiques les plus récentes sur les effets du réchauffement climatique. Selon le chercheur, les scientifiques canadiens du climat font leur part pour favoriser la transformation profonde des politiques qui sera nécessaire afin d’endiguer une montée trop importante du niveau de la mer. 

InnovationCanada.ca (IC) : Pourquoi y a-t-il tant de Canadiens parmi les chefs de file de la climatologie?

Andrew Weaver (AW) : Tout cela a commencé à l’époque où Brian Mulroney et son ministre de l’Environnement, Lucien Bouchard, ont présenté leur Plan vert. Le programme prévoyait l’affectation de fonds destinés expressément à dissiper certaines incertitudes en matière de climatologie. En 2000, la Fondation canadienne pour les sciences du climat et de l’atmosphère a pris la relève et elle est aujourd’hui l’organisme responsable de l’ensemble de ce financement. Les montants versés dans le cadre de ces subventions ont permis à des instituts de recherche comme le nôtre de former la prochaine génération de penseurs et de décideurs – les étudiants postdoctoraux et les boursiers. Voilà pourquoi les scientifiques canadiens exercent une influence inégalée.

IC : Pourriez-vous nous parler de ces chercheurs qui ont mis le Canada à l’avant-plan de ces recherches?

AW : À l’Université du Québec à Montréal, nous avons un réseau de modélisation du climat régional qui est de calibre mondial. L’Université de Toronto a créé une équipe de niveau international qui étudie les sciences de l’atmosphère, les processus stratosphériques et le paléoclimat. L’Université de Victoria s’est bâti une réputation mondiale en modélisation et en analyse du climat. L’Université de la Colombie-Britannique et l’Université de Calgary comptent d’éminents experts des inlandsis. Le Canada est à la fine pointe des recherches sur le comportement des inlandsis. À la grandeur du Canada, on trouve des groupes d’observation et de modélisation de la glace marine. Des chercheurs étudient activement le rôle de la surface émergée et des interactions climatiques à McGill, à l’Université de la Colombie-Britannique, à l’Université de Victoria et ailleurs au pays. Le Canada détient une formidable expertise dans de nombreux aspects des enjeux climatiques, et cette compétence a été acquise, dans une large mesure, grâce au financement fédéral des 15 dernières années.

IC : Quelle incidence le travail de ces chercheurs – votre travail – a-t-il sur la société?

AW : Laissez-moi vous donner un exemple. Supposons que je sois une société d’hydroélectricité, donc que je produise la majeure partie de mon électricité à partir de l’eau. J’ai besoin de savoir comment évoluera mon approvisionnement en eau dans l’avenir. Je prends une décision d’une centaine de millions de dollars fondée sur l’hypothèse que le climat restera stable. Or, j’ai besoin de comprendre comment le climat changera et l’effet qu’aura cette transformation sur mes prévisions afin de pouvoir en analyser les risques. Beaucoup de gens sont engagés pour effectuer ce type d’évaluation des risques dans le secteur privé. Dans les laboratoires de recherche, certains essaient de comprendre la capacité prédictive en environnement et de réduire l’incertitude des prévisions saisonnières et à long terme. Sans parler des enseignants de sciences qui forment la prochaine génération.

IC : Vous avez contribué à la rédaction du Diagnostic pour Copenhague qui sera présenté aux leaders mondiaux à la Conférence de l’ONU sur les changements climatiques à Copenhague. La dernière conférence de l’ONU a eu lieu en 2007. Qu’avons-nous appris depuis cette rencontre?

AW : L’avancée scientifique la plus importante réalisée au cours de la dernière année est une compréhension plus complète du cycle du carbone. Nous sommes désormais en mesure de transférer ces connaissances en des données scientifiques utiles pour l’élaboration de politiques. Nous savons maintenant que lorsque vient le temps d’établir des politiques, l’élément déterminant n’est pas la quantité d’émissions au cours d’une année, mais l’effet cumulatif des émissions. Sur le plan scientifique, cela suppose que l’approche la plus appropriée pour élaborer des politiques de réduction des émissions de gaz à effet de serre consiste à favoriser un cadre tenant compte de l’action cumulative des émissions, et non seulement de celles pour une année donnée. Ce n’est qu’au cours de la dernière année qu’on est parvenu à cette conclusion. Trois articles ont été publiés à ce sujet, dont deux par des équipes internationales et l’un par des Canadiens.

IC : Quel est l’avantage de cette stratégie?

AW : Elle offre un meilleur cadre de travail. À partir d’un seuil de réchauffement, il est possible de quantifier les combustibles fossiles que l’on peut encore brûler. On peut établir des quotas d’émissions pour chaque pays. Il revient ensuite à chacun d’entre eux d’élaborer des politiques sur la façon de gérer ses quotas durant une période de temps donnée.

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