i2eye with Alan Hildebrand

tête@tête avec Alan Hildebrand

Un expert canadien de l'espace nous parle du repérage des météorites et de comment tenir à distance les astéroïdes de l'Apocalypse
29 avril 2009
M. Hildebrand et étudiant de
Zoom

M. Hildebrand et étudiant de troisième cycle, Ellen Milley dans la vallée Buzzard Coulee.
Grady Semmens

Le 20 novembre dernier près de Lloydminster, à la frontière de l’Alberta et de la Saskatchewan, des dizaines de milliers de personnes ont vu un météorite de 10 tonnes traverser le ciel des Prairies et exploser dans sa chute en milliers de morceaux embrasés. Alan Hildebrand, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en science planétaire à l’Université de Calgary, s’est empressé de se rendre dans le secteur de l’impact pour tenter de retrouver des fragments.

Membre du Groupe de travail sur les petits corps célestes de l’Agence spatiale canadienne, un groupe de scientifiques qui se prêtent bénévolement au signalement et à l’étude des météorites, Hildebrand dirige aussi le Canadian Fireball Reporting Centre, où ont été recueillis de nombreux témoignages oculaires.

Les météorites sont des fragments des grands astéroïdes qui orbitent normalement entre Mars et Jupiter. Plus âgés que la Terre, ils sont riches d’enseignements sur les origines du système solaire.

Au cours des recherches menées ce printemps en Saskatchewan, on s’attend de récupérer plus d’un millier de cailloux d’origine extraterrestre, un record canadien pour un seul météorite.

InnovationCanada.ca (IC) : En quoi le météorite tombé en Saskatchewan vous intéresse-t-il?

Alan Hildebrand (AH) : Lorsqu’ils entrent en contact avec notre atmosphère, ces corps célestes deviennent de véritables boules de feu, émettant une lumière intense. Dans ce cas-ci, nous avons assez de lectures d’instruments et d’enregistrements vidéo du météorite ou des ombres qu’il a projetées pour déterminer sa trajectoire, ainsi que la vitesse à laquelle il est entré dans l’atmosphère. Avec ces données, on peut calculer son orbite, ce qui est extrêmement rare. Sur les dizaines de milliers de météorites recueillis à travers le monde, à peine une douzaine proviennent d’orbites connues. Pour qui s’intéresse à la structure du système solaire, il est important de savoir quelle sorte de matière tombe de quelle orbite.

IC : Vous avez bon espoir d’ajouter un élément à cette courte liste?

AH : Oui. Nous avons déjà une bonne idée de la trajectoire. Encore quelques vérifications, un peu de travail avec les vidéos, et nous pourrons établir la vitesse. Les choses s’annoncent bien.

IC : Comment les météorites se détachent-ils des astéroïdes, et à quelle fréquence atteignent-ils la Terre?

AH : La cause est presque toujours une collision, par exemple entre un petit astéroïde et un grand. Le météorite tombé en Saskatchewan provient probablement d’un gros impact qui se serait produit dans la ceinture d’astéroïdes il y a huit millions d’années. Quant à la fréquence, environ 140 météorites atterrissent dans notre pays chaque année, mais dans toute l’histoire du Canada, seulement 76 ont été retrouvés.

IC : Quel est votre rôle lorsqu’une boule de feu est signalée?

AH : En tant que coordonnateur du Fireball Reporting Centre, je recueille les témoignages et j’envoie un résumé au comité, avec des recommandations s’il y a lieu. Comme il s’agissait d’un gros cette fois, je me suis rendu là-bas quelques jours après pour essayer de savoir où il avait pu tomber. Nous essayons d’obtenir au plus tôt les témoignages oculaires et les enregistrements de caméras de sécurité, avant que les souvenirs s’estompent ou que les données soient effacées, et d’en tirer l’information qui nous aide à circonscrire le champ des recherches.

IC : Un travail de détective en quelque sorte?

AH : Tout à fait. Les chercheurs aiment bien ce genre de choses, vous savez, arracher des secrets à Mère Nature.

IC : Les météorites sont généralement sans danger, mais on ne peut pas en dire autant des astéroïdes. Vous êtes célèbre pour avoir contribué à la découverte du cratère de Chicxulub, créé il y a 65 millions d’années par l’impact d’un astéroïde de huit kilomètres de diamètre, auquel on attribue l’extinction des dinosaures. D’autres astéroïdes de cette ampleur ont-ils touché la Terre?

AH : Quelques-uns, oui. Mais cela fait bien plus longtemps, deux milliards d’années, alors nous ne savons rien des effets qu’ils ont pu avoir.

AH : Ils n’ont pas besoin d’être bien gros. Tout dépend de l’endroit où ils tombent. S’il fallait qu’une masse de 30 mètres explose au-dessus de Calgary, la ville serait littéralement aplatie et personne n’en réchapperait. Par contre, si elle tombait dans le Pacifique, elle ne ferait pas de victimes et ne causerait aucun dommage à la planète.

IC : Vous dirigez aussi l’équipe scientifique du NEOSSat (Near Earth Object Surveillance Satellite, ou satellite de surveillance des objets périterrestres), ce télescope que l’Agence spatiale canadienne compte mettre en orbite en 2010 avec le concours de Recherche et développement pour la défense Canada. Son rôle est-il en partie de détecter les astéroïdes qui nous menacent?

AH : Le NEOSSat nous permettra de chercher des astéroïdes invisibles depuis la surface de la Terre. Idéalement, nous aimerions localiser tous ceux qui orbitent près de nous et comprendre leurs origines, ce qu’ils peuvent nous apprendre sur l’histoire du système solaire et l’évolution de la ceinture d’astéroïdes. Nous aimerions savoir de quoi ils sont composés et s’il vaudrait la peine de les explorer. Et nous aimerions bien sûr évaluer les risques de collision, savoir si une catastrophe imminente pèse sur nos têtes?

IC : Que pourrions-nous y faire?

AH : Dans le cas hypothétique de l’astéroïde lancé sur Calgary, la ville pourrait être évacuée si l’alerte était donnée à temps.

IC : Pourrions-nous intervenir d’une autre façon?

AH : En sachant des années à l’avance qu’on gros objet s’en vient sur nous, nous pourrions envisager d’aller dans l’espace et l’écarter de sa trajectoire.