Keeping at-risk youth out of harm’s way

Tenir les jeunes à risque hors de danger

Pourquoi certains jeunes sont-ils enclins à la violence et à la criminalité? Un nouvel institut de recherche de la Simon Fraser University vise à cerner les facteurs de risque et à trouver des moyens de remettre ces jeunes sur le droit chemin
3 juillet 2014

Imaginez un garçon qui grandit dans un milieu dangereux, défavorisé, entouré d’une jeune mère qui a consommé de l’alcool ou des drogues pendant la grossesse et qui n’a pas eu accès à des soins de santé prénataux, et d’un père distant, absent ou violent. Quand la « crise des deux ans » arrive, dépourvus de moyens, les parents recourent à la contrainte, aux menaces, à l’intimidation ou aux châtiments corporels pour maîtriser leur enfant. Au moment d’entrer à l’école, le garçonnet a de la difficulté à se faire des amis et à se concentrer en classe. Il adopte donc de mauvais comportements – il ment, enfreint les règles, intimide ses camarades et détruit des objets. Si personne n’intervient, il y a fort à parier que ce garçon finira par sombrer dans la délinquance et la criminalité.

Des chercheurs comme Robert McMahon s’emploient à briser ce cycle. Psychologue clinicien de renommée mondiale dans le domaine de la violence chez les jeunes, M. McMahon vient en aide depuis trente ans aux enfants les plus susceptibles de commettre des actes de violence. Les circonstances qui font que certains enfants sortent du droit chemin et d’autres pas sont complexes et interreliées – il n’y a pas de schéma unique menant à la violence et à la criminalité – et la recherche dans ce domaine est essentielle. M. McMahon cherche à comprendre l’ensemble des facteurs – biologie, environnement, collectivité, petite enfance et développement par les pairs – qui prédisposent certains jeunes à la violence.

La prévention, bien entendu, est l’un des objectifs à ne pas négliger, ne serait-ce que du point de vue des coûts. « Selon des données recueillies aux États-Unis il y a quelques années, explique M. McMahon, les enfants les plus préoccupants – soit ceux qui prennent une mauvaise tangente et adoptent un comportement agressif à un très jeune âge – coûtent à la société de 3 à 5,5 millions de dollars chacun au cours de leur vie si personne n’intervient à temps pour renverser la vapeur. »

Pour comprendre une problématique complexe comme celle-ci, une approche multidisciplinaire s’impose. En tant que directeur de l'Institute for the Reduction of Youth Violence de la Simon Fraser University (SFU), M. McMahon est bien placé pour former une équipe de spécialistes de tous les horizons – psychologie, criminologie, génétique et neuroscience – dans le but d’élaborer des stratégies visant à tuer dans l’œuf la violence juvénile.

Fruit de plusieurs années d’efforts, cet institut a été financé par le Leading Edge Endowment Fund du gouvernement de la Colombie-Britannique. Jusqu’à tout récemment, il n’existait que sur papier, mais après avoir obtenu une subvention d’infrastructure de 250 000 dollars de la Fondation canadienne pour l’innovation, la SFU a procédé l’été dernier à l’inauguration de cet espace de 185 m2 sur son campus Burnaby. Cette subvention a permis aux chercheurs d’acheter de l’équipement de pointe pour faciliter les collaborations à distance et la mise sur pied de projets de recherche uniques, comme une formation en intervention destinée aux professionnels des régions éloignées. Les installations sont également dotées d’ordinateurs capables de traiter d’énormes quantités de données recueillies auprès de milliers de participants sur plusieurs années, permettant ainsi aux chercheurs d’effectuer des analyses complexes de façon beaucoup plus efficace.

Certains chercheurs travailleront sur place, à l’institut, mais une grande importance sera également accordée à la collaboration entre les différents départements de la SFU ainsi qu’avec des spécialistes provenant d’autres universités canadiennes, d’organismes fédéraux et provinciaux et d’établissements universitaires et d’instituts de partout dans le monde, ce qui en fait une initiative unique en son genre. Jusqu’à présent, les chercheurs canadiens qui étudient la violence chez les jeunes n’ont pas collaboré aussi étroitement ni aussi efficacement qu’ils auraient pu, et ils ont surtout axé leurs efforts sur le problème de l’intimidation. « L’institut de la SFU a une portée beaucoup plus large, affirme M. McMahon. Il s’agit selon moi d’une initiative inédite au Canada. »

L’institut tire parti des forces existantes de la SFU en matière de violence juvénile, qui résident principalement dans le département de psychologie et l’école de criminologie. M. McMahon, qui a quitté la University of Washington, à Seattle, pour prendre les rênes de l’institut, joue un rôle prépondérant à ce chapitre. Il a notamment participé au projet révolutionnaire Fast Track, qui a suivi des centaines d’enfants pendant 20 ans. Le but : étudier les effets d’une intervention auprès des enfants à risque en leur offrant toute l’aide dont ils sont susceptibles d’avoir besoin, que ce soit en leur montrant comment se faire des amis, en leur offrant un encadrement scolaire, en les jumelant à un mentor du même sexe agissant comme modèle ou en inculquant des stratégies parentales efficaces à leurs parents. « Nous nous sommes demandé si cela ferait une différence, affirme M. McMahon, et c’est le cas. » Les enfants d’âge mineur qui ont eu droit à une telle intervention étaient, par exemple, moins susceptibles de se faire arrêter par la police. À l’institut, M. McMahon vient tout juste de déposer une proposition de financement pour élargir le projet Fast Track, et il compte recourir aux puissants ordinateurs de l’établissement pour traiter les données qu’il a recueillies dans le cadre du projet.

Dans le cadre d’un autre projet de l’institut, Jodi Viljoen, professeure agrégée en psychologie clinique et judiciaire, s’emploie à mettre au point une boîte à outils destinée aux agents de probation et à d’autres professionnels travaillant auprès des jeunes dans le système judiciaire. Actuellement, il est courant de dresser le profil des jeunes ayant des démêlés avec la justice, mais cette information ne sert pas à grand-chose. L’objectif de Mme Viljoen consiste à cerner les forces et les faiblesses de chaque jeune, puis d’utiliser ces renseignements pour trouver des moyens de les aider. Le type d’intervention réalisé auprès des adolescents délinquants détermine souvent si ces derniers deviendront des criminels à l’âge adulte ou emprunteront un autre chemin. La boîte à outils de Mme Viljoen, appelée « Adolescent Risk Reduction and Resilient Outcomes Work-Plan » (ou ARRoW), procure des ressources aux intervenants pour les aider à personnaliser leur approche auprès des jeunes en milieu carcéral. Au terme d’un essai pilote prévu cet été, la solution ARRoW sera déployée en Colombie-Britannique au cours de l’automne.

Pendant ce temps, Dave Pasalich, stagiaire postdoctoral, s’affaire à mettre sur pied un programme qui permettra aux enfants d’entretenir des relations avec leur mère en prison. Les nouvelles capacités de vidéoconférence de l’institut aideront les thérapeutes à communiquer avec les enfants et leurs tuteurs qui vivent dans différentes régions de la province. « L’objectif est de renforcer les liens familiaux, explique M. Pasalich, ce qui peut contribuer à prévenir certains problèmes de comportement chez les jeunes. » Pour mener à bien son projet, M. Pasalich s’est associé à JustKids, un organisme communautaire offrant des programmes aux enfants dont un parent est incarcéré.

M. Pasalich a d’abord agi à titre de mentor auprès de jeunes à risque alors qu’il était étudiant au doctorat à Sydney, en Australie, et cette expérience l’a amené à réaliser des recherches dans cette voie. Il effectue toujours du mentorat les fins de semaine et est actuellement jumelé avec trois frères en famille d’accueil. Même s’il estime que son rôle consiste simplement à « passer du temps » avec les jeunes, c’est ce qui nourrit sa passion pour ses recherches universitaires.

« Étant donné que je suis davantage un grand frère qu’un thérapeute ou un chercheur à leurs yeux, affirme M. Pasalich, il m’est plus facile d’occuper une place dans leur vie personnelle. Cela me donne une nouvelle perspective sur mon travail. C’est une chose de faire de la recherche, de recueillir des données et de rédiger des rapports, mais c’en est une autre de croire que ces services auront un effet positif sur la vie des plus vulnérables. C’est ce qui me permet de rester optimiste. »