Relieving the pressure

Soulager la pression

Une innovation en ingénierie simule les mouvements spontanés du corps pour prévenir les plaies de lit
9 mai 2012

Arrête de gigoter! Voilà ce qu’on nous répète depuis notre plus jeune âge. Pourtant, ces mouvements spontanés pourraient être la solution pour prévenir les escarres de décubitus – communément appelées plaies de lit – qui touchent principalement les personnes à mobilité réduite.

Les escarres de décubitus sont des plaies ou ulcères douloureux qui se forment lorsqu’une pression constante exercée sur une partie du corps bloque la circulation sanguine dans cette région. Ces lésions cutanées sont le signe d’une atteinte plus sérieuse des tissus, des os et des articulations sous-jacents.

« Comment se fait-il que les personnes non handicapées qui s’assoient huit heures par jour devant leur ordinateur ne développent pas d’escarres de décubitus?, demande Vivian Mushahwar, chercheuse à l’Université de l’Alberta. C’est parce qu’elles bougent sans arrêt. »

L’idée des Smart-e-Pants est née du constat de cette différence fondamentale. Les Smart-e-Pants sont des sous-vêtements spéciaux munis d’électrodes qui utilisent l’électrostimulation pour déclencher des contractions musculaires et ainsi simuler les mouvements spontanés du corps. « Les gens modifient leur posture inconsciemment toutes les six à neuf minutes, indique Mme Mushahwar. Or, cela est impossible pour les personnes dépourvues de sensations ou incapables de se mouvoir. Nous voulions mettre au point une technique qui rétablirait ce mouvement inconscient chez les gens incapables de bouger. »


Vivian Mushahwar (À DROITE) et Ming Chan (À GAUCHE) de l’Université de l’Alberta révèlent le secret derrière les Smart-e-Pants : des électrodes dissimulées qui utilisent l’électrostimulation pour déclencher des contractions musculaires et simuler des mouvements spontanés, ce qui prévient la formation d’escarres de décubitus.

L’objectif est de prévenir la formation d’escarres de décubitus. Vivian Mushahwar et son équipe ont centré leur attention sur les muscles qui sont comprimés durant de longues périodes en position assise ou couchée. « La meilleure façon d’envoyer une impulsion électrique dans la région pelvienne est à l’aide d’un vêtement s’apparentant à un sous-vêtement », dit-elle. D’où le concept des Smart-e-Pants.

Vivian Mushahwar a été sensibilisée à la problématique des escarres de décubitus lors de la mise en œuvre d’interventions visant à restaurer ou à améliorer la capacité fonctionnelle chez les personnes atteintes de lésions de la moelle épinière. « Où que nous allions, nous nous retrouvions toujours en présence d’un ulcère de décubitus, se remémore-t-elle. Ces plaies de lit empêchaient les clients de participer à des activités de réadaptation. Avec son équipe, elle s’est demandé pourquoi, malgré tous les progrès en technologie et en soins cliniques, les escarres de décubitus continuaient de constituer un problème aussi important.

« Le taux d’incidence des escarres de décubitus n’a pas changé depuis les années 1940, poursuit-elle. Cela donne une idée de la complexité du problème et de la difficulté à le résoudre. » En moyenne, le taux d’incidence peut s’élever à 40 pour cent. Jusqu’à 81 pour cent des traumatisés médullaires développeront une escarre de décubitus. Et le problème risque d’être récurrent chez 90 pour cent des patients touchés. Ces lésions cutanées augmentent le risque d’infection, de septicémie, voire de mort. On estime que les hôpitaux canadiens dépensent la somme colossale de 3,5 milliards de dollars chaque année pour traiter les ulcères de décubitus.

À l’heure actuelle, les personnes à mobilité réduite ont souvent recours à des coussins et à des matelas spécialisés pour fauteuils roulants et elles font des exercices en fauteuil roulant pour réduire et distribuer la pression. Dans le cas des patients incapables de bouger, le personnel infirmier change leur position toutes les deux heures. Toutefois, ces techniques ne sont pas toujours efficaces puisqu’elles sont « statiques », explique Mme Mushahwar. « Contrairement aux mouvements naturels, ces mesures ne sont pas dynamiques. On peut repositionner les patients, mais on ne peut pas contracter leurs muscles. Les Smart-e-Pants pourraient combler les lacunes présentes dans toutes les interventions existantes. »

Vivian Mushahwar et son équipe ont réalisé des essais pilotes auprès de 25 patients afin de déterminer si les Smart-e-Pants étaient compatibles avec divers environnements cliniques et si les sujets étaient disposés à utiliser ce système. Ils en ont étudié la stabilité, la faisabilité et la sécurité. « À ce jour, les Smart-e-Pants sont jugés acceptables par les cliniciens et par les utilisateurs, précise Mme Mushahwar. Ils semblent sécuritaires et stables, mais nous apportons encore des modifications au produit en fonction des commentaires obtenus. »

Vivian Mushahwar et ses collègues s’emploient actuellement à trouver les meilleurs paramètres de stimulation pour les Smart-e-Pants et à recueillir des fonds pour mener de plus vastes essais cliniques afin de vérifier l’efficacité du produit.

Originaire de la Palestine, Mme Mushahwar a obtenu son diplôme de premier cycle en génie électrique et informatique en 1991 de la Brigham Young University à Provo (Utah) et son doctorat en génie biologique en 1996 de la University of Utah à Salt Lake City. Elle a déménagé en Alberta pour effectuer un stage postdoctoral à l’Université de l’Alberta en 1998. Tandis qu’elle s’interrogeait sur la voie à suivre au terme de ses études, elle a rencontré des jeunes en fauteuil roulant qui avaient été blessés durant les troubles politiques en Palestine. « J’ai cherché comment le génie électrique pouvait servir à améliorer la qualité de vie des personnes en fauteuil roulant. »