Painless parenting

Soulager la douleur de son enfant

Les mots rassurants des parents ne suffisent pas toujours quand ils veulent aider leurs enfants à passer à travers des traitements médicaux douloureux
18 août 2010

La plupart des parents appréhendent le moment où ils devront emmener leur enfant à l’urgence ou chez le médecin pour un vaccin de routine. Instinctivement, ils cherchent à le calmer en lui disant que tout ira bien. Mais les chercheurs Meghan McMurtry et Christine Chambers de l’Université Dalhousie ont un conseil surprenant à leur donner : arrêtez d’en faire trop!

C’est que toutes ces tentatives de réconfort produisent l’effet contraire au but recherché : elles insécurisent l’enfant plus qu’elles ne le calment, explique Christine Chambers, psychologue et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la douleur et la santé infantile : « Quand un enfant vit une expérience médicale douloureuse, le plus souvent, ses parents lui disent “il n’y en a plus pour très longtemps” ou encore “tout va bien”. Les résultats de notre recherche révèlent que cette approche a plutôt pour résultat d’augmenter la douleur et la détresse de l’enfant. »

Dans ses travaux portant sur la réduction de la douleur infantile lors de traitements médicaux, Christine Chambers constate les effets négatifs qu’engendrent les réactions instinctives des parents. De son côté, Meghan McMurtry, qui a complété ses études de troisième cycle sous la supervision de la Dre Chambers, a choisi d’en rechercher la cause.

Dans le cadre de sa thèse de doctorat, Meghan McMurtry a enregistré sur vidéo 100 filles et garçons de 5 à 10 ans, accompagnés d’un parent, alors qu’ils subissaient une prise de sang dans un hôpital de Halifax. La vidéo était diffusée en direct dans le laboratoire de la Dre Chambers, où ses assistants ont pu observer en temps réel les tentatives spontanées des parents pour rassurer leur enfant : tantôt ils avaient des mots réconfortants pour eux, tantôt ils essayaient plutôt de détourner leur attention. Les enfants ont ensuite visionné leur enregistrement et noté comment, en fonction de la tactique utilisée, ils percevaient l’état émotif de leurs parents.

Meghan McMurtry, le cosuperviseur Patrick McGrath et la Dre Chambers ont aussi montré aux enfants des séquences vidéo où on voyait des adultes recourant aux deux approches. Dans ces mises en scène, les chercheurs ont pu maîtriser le ton de la voix, les expressions faciales et le contenu du message des adultes.

Résultats de l’étude : les enfants détectent l’anxiété des parents, surtout d’après leurs expressions faciales ou le ton de leur voix, et ce, quelles que soient leurs paroles rassurantes. Par contre, les adultes qui tentent de distraire leur enfant pour lui faire oublier la douleur parviennent mieux à la réduire.

« Les parents qui essayaient de se faire rassurants ont suscité plus de peur chez les enfants que ceux qui cherchaient à les détourner de leur mal », dit la Dre Chambers.

Meghan McMurtry, qui convoite maintenant un poste de professeur adjoint à l’Université de Guelph, précise que les expressions faciales constituaient des signaux particulièrement révélateurs du véritable état émotif des parents.

Selon la Dre Chambers, les parents et les professionnels de la santé peuvent tirer de précieux enseignements de cette étude. On sait maintenant que les parents doivent impérativement maîtriser leur propre peur s’ils veulent rassurer leur enfant ; il est aussi clair que pour réduire efficacement la douleur de l’enfant, mieux vaut essayer de l’en distraire.

La Dre Chambers ajoute que si on ne parvient pas à soulager la douleur infantile lors de traitements médicaux, l’enfant devenu adulte risque de souffrir d’une grave phobie des aiguilles. Conséquence : la personne phobique ne reçoit pas les vaccins nécessaires, ce qui met en péril sa santé et celle d’autrui. Souvent, elle tarde à consulter un médecin et refuse de donner du sang. Même les nourrissons dont on ne calme pas les souffrances peuvent finir par développer une hypersensibilité à la douleur quand ils grandissent.

« La douleur est une réalité de la vie, c’est vrai, mais elle n’a pas à faire partie des soins médicaux, affirme Meghan McMurtry. Si j’aime étudier dans ce domaine, c’est notamment parce qu’on peut agir pour réduire considérablement la douleur des enfants qui reçoivent une injection, qu’il s’agisse d’un vaccin de routine ou de piqûres nécessaires à la suite d’un diagnostic de maladie grave, comme le cancer. »

Christine Chambers et Meghan McMurtry espèrent que leur recherche encouragera les professionnels de la santé à réduire la douleur infantile, même celle liée aux actes médicaux courants, et qu’elle apprendra aux parents à mieux gérer la douleur de leurs enfants. Il y a 40 ans, on pratiquait des chirurgies cardiaques sur des bébés sans anesthésie adéquate parce que les professionnels de la santé connaissaient mal la douleur infantile. Aujourd’hui, les travaux de Christine Chambers, de Meghan McMurtry et de Patrick McGrath contribuent non seulement à mieux la comprendre, mais aussi à l’atténuer.

« C’est gratifiant de voir que cette recherche sur la douleur et la santé infantile a changé les pratiques, dit Chambers. Je crois que nos travaux feront avancer les choses. »