Easing the pain

Soulager la douleur

Un neuroscientifique de McGill cherche des moyens de traiter la douleur chronique
15 août 2012

Croyez-le ou non, la douleur peut être bénéfique.

En effet, la douleur est bénéfique lorsqu’elle nous empêche de poser des gestes dangereux pour l’organisme, par exemple nous brûler sur une cuisinière ou nous démettre une articulation. Toutefois, c’est la douleur nocive – celle qui n’offre aucune valeur – qui intéresse surtout Fernando Cervero.

Le neuroscientifique de l’Université McGill s’emploie à comprendre la douleur chronique qui prend naissance dans les organes internes et dure des mois, voire des années dans certains cas. Il cherche à obtenir des traitements plus efficaces contre ce type de douleur, explorant notre cerveau et nos gènes.

L’ouvrage intitulé Understanding Pain, rédigé par Fernando Cervero, fait état des plus récentes recherches sur la douleur chronique et des efforts déployés pour mettre au point des traitements plus efficaces. On pourra se le procurer auprès de la plupart des libraires en ligne à compter de ce mois-ci.

« La douleur n’a pas bonne presse, indique Fernando Cervero, directeur du Centre Alan-Edwards de recherche sur la douleur. Ses victimes sont parfois perçues comme des plaignards. Malheureusement, dans la société occidentale, les gens sont encore enclins à serrer les dents et à souffrir en silence. »

On traite souvent la douleur chronique à l’aide d’anti-inflammatoires et de relaxants musculaires, mais certains patients ne répondent pas à ces médicaments. Une douleur intense causée par une blessure est plus facile à traiter, affirme-t-il. Les opiacés tels que la morphine et la codéine font généralement l’affaire et une fois la blessure guérie, la douleur disparaît aussi.

Fernando Cervero se préoccupe cependant principalement des personnes qui souffrent de douleurs chroniques. Environ de 5 à 10 pour cent des personnes qui subissent une importante intervention chirurgicale développent des douleurs chroniques. Chez les gens présentant des atteintes nerveuses, ce pourcentage peut atteindre de 20 à 30 pour cent.

« Pourquoi? Voilà le véritable mystère, poursuit Fernando Cervero. « Nous croyons que des facteurs génétiques sont en cause. Il s’agit de recherches avant-gardistes et nous ne sommes pas encore en mesure de traiter ces cas. »

La Société canadienne de la douleur estime qu’un Canadien sur cinq souffre de douleur chronique. Bien que la prévalence augmente avec l’âge, de 15 à 30 pour cent des enfants souffrent de douleur récurrente ou chronique.

L’incidence économique de ces maux est considérable. Des études révèlent que les coûts associés aux soins de santé et au nombre de jours de travail perdus atteignent chaque année près de 10 milliards de dollars au Canada. Le fardeau économique de la douleur est supérieur aux effets conjugués du diabète, des maladies du cœur et du cancer.

Fernando Cervero souhaite réduire tant les répercussions économiques que personnelles de la douleur en cernant des zones cibles du corps à traiter. Il a été le premier à isoler des capteurs présents dans les organes internes qui signalent la douleur au cerveau. Des sociétés pharmaceutiques telles qu’AstraZeneca appuient ses travaux.

Fernando Cervero affirme qu’il n’aurait pas pu mener ses recherches sans le soutien que lui a fourni la Fondation canadienne pour l’innovation lors de son arrivée à McGill il y a 10 ans. Grâce à cette aide financière, il a pu acheter le matériel électronique haut de gamme nécessaire pour capter les signaux utilisés pour transmettre la douleur.

Fernando Cervero croit que les 5 à 10 prochaines années donneront lieu à d’importantes découvertes sur les facteurs génétiques qui interviennent dans la douleur, ce qui permettra de mettre au jour des cibles médicamenteuses encore plus efficaces.

« L’analgésique universel est un concept révolu, conclut-il. On s’oriente désormais vers une personnalisation du traitement de la douleur. »