Vital signs

Signes vitaux

Comprendre les données qui sauvent des vies
2 février 2012

Près de 28 000 bébés naissent prématurément chaque année au Canada, soit avant la 37e semaine de grossesse. Selon l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS)1a prématurité constitue la principale cause de mortalité infantile dans les pays développés. Comme plus du tiers de la croissance cérébrale et une bonne partie du développement des poumons surviennent dans les dernières semaines de grossesse, la naissance prématurée se traduit par des taux accrus de détresse respiratoire, d’instabilité de la température corporelle, d’hospitalisation à répétition et de troubles neurocognitifs. Il n’est donc pas surprenant que la prématurité soit une grave préoccupation pour le système de santé public, sans parler de la terrible angoisse qui étreint les parents du bébé prématuré.

Ces parents auront bientôt l’esprit un peu plus tranquille grâce aux percées de la recherche de l’informaticienne Carolyn McGregor et son équipe à l’Institut universitaire de technologie de l’Ontario (IUTO) à Oshawa, en Ontario.

Dans le cadre du projet Artemis, Mme McGregor étudie la quantité d’information phénoménale issue de la surveillance des prématurés en phase critique pour en cerner la signification afin que les médecins traitants puissent déceler les moindres changements de l’état des prématurés révélés par la variation des signes vitaux. Cette information permettra à l’équipe soignante d’intervenir dès les premières indications de détérioration de l’état de santé du bébé dans l’espoir de réduire le taux de mortalité.

Le logiciel Artemis rassemble toutes les données biomédicales collectées continuellement par l’équipement de surveillance, notamment la fréquence cardiaque, la fréquence respiratoire et la pression artérielle, et compile l’information analysée en temps réel afin d’obtenir des résultats pertinents sur le plan clinique qui seront utilisés en temps opportun. La percée est de taille, car les médecins n’ont aucun moyen d’intégrer en un tout cohérent toutes les données principalement consignées sur papier qui leur sont présentées en éléments d’information distincts.

Le logiciel Artemis relève les tendances et les variations minimes des données physiologiques, qui revêtent une grande importance dans le cas de ces bébés fragiles. « Nous nous attardons précisément aux affections les plus fréquentes chez le prématuré et qui mettent sa vie en danger », de dire Mme McGregor, titulaire d’une chaire de recherche du Canada en informatique de la santé. Parmi ces affections figurent les infections nosocomiales. La chercheuse affirme que le logiciel Artemis détecte les variations discrètes de la fréquence cardiaque jusqu’à 24 heures plus tôt que les indicateurs utilisés en ce moment, des heures précieuses qui pourraient faire la différence entre la vie ou la mort dans certains cas.

La détection précoce de ces affections permet également d’abréger le séjour hospitalier et de réduire ainsi les coûts liés aux soins hospitaliers.

C’est dans son pays natal, l’Australie, que Mme McGregor a amorcé sa carrière d’informaticienne, mais c’est au Canada qu’elle a orienté sa recherche appliquée en informatique vers la pratique hospitalière. « Le financement obtenu de la Fondation canadienne pour l’innovation (FCI) a fait en sorte que mes idées novatrices deviennent une réalité, dit-elle. J’ai pu ainsi créer un environnement de recherche inédit d’une véritable envergure internationale. »

À l’aide d’appareils médicaux en usage à l’unité de soins néonatals intensifs, l’équipe de Mme McGregor conçoit des solutions d’analyse en temps réel des données physiologiques collectées de haute fréquence. En outre, elle s’est alliée au laboratoire de simulation de l’IUTO au Collège Durham pour la mise à l’essai par simulation sur le mannequin nouveau-né du laboratoire.

En 2008, IBM décerne une bourse de recherche à Mme McGregor dans le cadre de son programme First of a Kind pour l’encourager à poursuivre sa recherche novatrice en intégrant ses projets en informatique de la santé à sa plateforme IBM pour créer le projet Artemis. Le projet expérimental a été inauguré en août 2009 à l’Hospital for Sick Children à Toronto où l’équipe de Mme McGregor a collecté près de 90 millions de données par jour sur chacun des patients.

Grâce au financement de la FCI, Mme McGregor s’est procuré l’équipement nécessaire pour mettre au point la version informatique en nuage d’Artemis. L’équipe reçoit ainsi des données en toute sécurité du Women & Infants Hospital de Rhode Island à Providence, qu’elle traite en temps réel à l’IUTO. Le nuage Artemis peut s’avérer très avantageux en régions rurales ou éloignées dépourvues de médecins spécialistes, plus particulièrement de néonatalogistes. « Dans bien des cas, il est nécessaire d’offrir une assistance téléphonique jusqu’à l’arrivée de l’équipe responsable du transport du prématuré à l’unité des soins néonatals intensifs de l’hôpital de destination, précise la scientifique. Le taux de mortalité des nouveau-nés que l’on doit déplacer est plus élevé que celui des autres bébés. Si nous pouvons offrir des solutions de soins perfectionnées et de l’information exhaustive aux néonatalogistes des régions éloignées, nous pourrons sans doute reporter, voire éliminer, le déplacement de ces bébés. »

Mme McGregor estime que nous sommes "à l’aube d’une nouvelle ère dans le domaine des soins de santé et de la recherche en santé" et que l’analyse approfondie des données physiologiques de haute fréquence pourrait révolutionner les services de santé. « Plus nous collecterons de données sur les patients durant de longues périodes, plus nous accomplirons de progrès, dit-elle. Sans compter que la technologie peut être utilisée dans d’autres environnements hospitaliers ainsi qu’à domicile. Forts de l’assise que j’ai pu établir ici au Canada, nous avons tous les atouts pour diriger ce voyage de découverte. »

Sa passion pour l’informatique appliquée à la santé tient non seulement à la nature de son travail, mais également à son expérience personnelle. Voilà 13 ans, Mme McGregor a mis au monde prématurément une fille morte peu après sa naissance en raison d’une anomalie chromosomique rare. « Mon mari et moi avons connu les affres de la perte d’un enfant, dit-elle. Rien n’y aurait fait pour ma fille, mais de nombreux prématurés ont une chance de survivre. Donc, outre le fait que le sujet de recherche me captive, c’est une motivation toute personnelle qui m’anime dans cette quête d’un mode d’utilisation de l’information à l’unité de soins néonatals intensifs qui favorisera l’évolution de l’état de santé des nouveau-nés au grand bonheur de leur famille. Ne serait-ce que pour sauver une vie que cela en vaudrait la peine, et je suis convaincue que nous pouvons en sauver de nombreuses. »

1Institut canadien d’information sur la santé, Nés trop vite et trop petits : étude sur les bébés de faible poids au Canada (Ottawa : ICIS, 2009).

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