Tackling the cancer conundrum

S'attaquer au problème épineux du cancer

Une pionnière de la recherche apprend à être persévérante - et à gérer les attentes
2 février 2011
Carol Cass est une chercheuse en cancérologie de
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Carol Cass est une chercheuse en cancérologie de renommée internationale qui analyse certaines protéines qui facilitent le transport des médicaments anticancéreux jusqu'aux cellules malades.
Carol Cass, Université de l'Alberta

Carol Cass connaît le cancer sous toutes ses facettes. Depuis quarante ans, la chercheuse en cancérologie de réputation internationale est une véritable précurseure dans l’étude de certaines protéines appelées transporteurs de nucléosides, qui aident les médicaments anticancéreux à pénétrer dans les cellules malades. Cette scientifique possède aussi de l’expérience comme cadre dans des instituts de recherche. En cours de route, elle subit des traitements pour le cancer et perd des membres de sa famille ainsi que de proches collaborateurs, atteints de diverses formes de la maladie. « Mes perspectives sur la question sont multiples, affirme-t-elle. Compte tenu de la nature extrêmement complexe et difficile du cancer, cette expérience se révèle très précieuse pour une chercheuse comme moi. »

Carol Cass amorce véritablement sa carrière en recherche grâce à un « coup de chance ». En 1970, elle quitte la Californie pour suivre son mari David, spécialiste en biologie végétale, dans ce qui lui apparaît alors comme une « obscure université » à Edmonton, une capitale située à l’extrême nord du Canada. Titulaire d’un doctorat en zoologie avec spécialisation en biologie cellulaire, elle trouve rapidement du travail comme étudiante postdoctorale auprès d’Alan Paterson, pharmacologue de l’Université de l’Alberta, qui, à peine un an auparavant, découvre le processus de transport des nucléosides.

À l’époque, l’utilisation des médicaments produits à partir de groupes de molécules connues sous le nom d’analogues nucléosidiques pour traiter certains types de cancer est déjà répandue. Alan Paterson et un étudiant diplômé du nom de Jan Oliver révèlent que la pénétration efficace de ces médicaments dans les cellules nécessite un mécanisme de transport. Malgré la détermination du mécanisme en question, le transporteur, lui, demeure un mystère. Il faudra attendre encore 20 ans pour que l’émergence de la biologie moléculaire permette à Carol Cass et à ses collègues, James Young et Stephen Baldwin, de définir les protéines responsables du transport des médicaments nucléosidiques.

Aujourd’hui, nous savons que l’être humain possède sept types différents de transporteurs de nucléosides, regroupés dans deux familles distinctes de protéines. Le premier d’entre eux découvert par Alan Paterson, le hENT1 (transporteur de nucléosides équilibrant humain 1), reste le plus commun.

Présidente fondatrice du département d’oncologie à l’Université de l’Alberta en 1996, Carol Cass commence dès lors à travailler avec John Mackey. Clinicien établi à Edmonton, ses recherches sont le fer de lance sur l’utilisation possible du hENT1 pour améliorer les perspectives de traitement chez les personnes atteintes du cancer du pancréas, dont la plupart meurent quelques mois à peine après le diagnostic. En étudiant à titre posthume les tissus prélevés sur des victimes du cancer du pancréas, John Mackey constate que les personnes présentant de fortes concentrations de hENT1 survivent deux à trois fois plus longtemps que celles qui en possédaient en moins grand nombre. Cette découverte indique clairement que la présence de ce transporteur favorise une meilleure réponse aux médicaments anticancéreux.

Des chercheurs de l’Université de l’Alberta font actuellement équipe avec Clavis Pharma, une société norvégienne qui met au point des médicaments contre le cancer. Ils travaillent à la production d’un nouvel anticorps hENT1 destiné à améliorer les résultats thérapeutiques chez les patients atteints de cancer du pancréas.

Les médicaments nucléosidiques servent aussi à traiter d’autres types de cancer, dont ceux du sein et du poumon, les tumeurs colorectales ainsi que la leucémie. L’utilisation des transporteurs protéiques augmenterait les bienfaits de tous ces médicaments.

Carol Cass examine la structure des transporteurs protéiques pour mieux comprendre leur fonctionnement précis et la façon dont la présence ou l’absence d’un transporteur influe sur la pharmacologie des médicaments nucléosidiques. Elle élabore également des méthodes pour évaluer les niveaux de protéines chez les patients, afin que les médecins puissent déterminer les plus réceptifs à certains types spécifiques de pharmacothérapie.

Carol Cass attribue son intérêt accru pour la recherche appliquée à son travail comme responsable d’un important centre d’oncologie ainsi qu’à sa propre expérience avec le cancer. En 1990, elle apprend qu’elle souffre d’une tumeur cérébrale enveloppant son nerf optique. Elle subit une craniotomie et perd l’usage d’un œil. Sa tumeur se révèle bénigne. Depuis, elle passe des imageries par résonnance magnétique (IRM) de suivi deux fois par an.

« Quand je me suis retrouvée dans une salle d’attente avec d’autres patients, j’ai pu mieux comprendre ce qu’ils vivaient, explique la chercheuse. J’ai ainsi porté un autre regard sur moi-même, sur ma vie et sur la pertinence de mes actions. »

« Mon rôle de cadre à l’Institut du cancer Cross me stimule encore davantage, ajoute-t-elle. Quand une personne comme moi, issue d'une culture purement universitaire, se retrouve dans un centre de traitement du cancer, elle doit apprendre à s’occuper de problèmes qui concernent des gens en chair et en os. Beaucoup d’entre eux souffrent de maladies pour lesquelles il n’existe pas encore de très bons traitements. »

Grâce à son travail dans le domaine du cancer depuis 40 ans, elle connaît l’importance de la persévérance – et la nécessité de gérer les attentes. « Je me souviens quand [l’ancien président américain] Richard Nixon a injecté de l’argent dans la recherche sur le cancer au début des années 1970, dans le but de guérir le cancer pour le bicentenaire des États-Unis en 1976, affirme-t-elle. Cela n’est jamais venu près de réussir. Aujourd’hui, des fonds importants sont engagés dans la recherche sur le cancer, mais il existe très peu de traitements définitifs parce que nous sommes aux prises avec un groupe de maladies très complexes. »

« Certains cancers, ajoute-t-elle, se traitent par chirurgie tandis que d’autres – comme la leucémie infantile – se guérissent ou se traitent par des médicaments. Cependant, il existe aussi d’autres cancers pour lesquels nous ne disposons pas encore de bons médicaments. Et, souvent, quand les symptômes font leur apparition, la maladie est déjà tellement répandue qu’il n’est pas possible de venir en aide aux gens. Nous avons accompli d’immenses progrès, mais il reste encore beaucoup de chemin à parcourir. »