Back home on the range

De retour sur les grands pâturages

Un écologiste revient au Canada pour protéger les zones humides et les prairies qu'il aime
22 juin 2011
 

À l'Université Thompson Rivers, Lauchlan Fraser étudie les effets du bétail dans les secteurs fourragers des terres humides et des prairies autour de Kamloops, en Colombie-Britannique.
Marc Jones, Université Thompson Rivers

Peu de gens savent que la moitié de la surface terrestre fournit les ressources fourragères destinées aux animaux domestiqués, ce qui a des répercussions importantes sur notre approvisionnement en eau douce, une denrée de plus en plus précieuse. En Colombie-Britannique seulement, environ 50 pour cent du territoire – dont la majeure partie est de propriété publique – fait l’objet de permis d’exploitation délivrés à de grands éleveurs qui doivent disposer de fourrage et d’eau pour leurs 400 000 têtes de bétail.

« Les vaches ont besoin d’eau, alors elles passent beaucoup de temps dans nos zones humides, s’abreuvant dans nos ruisseaux et rivières, indique Lauchlan Fraser, écologiste et titulaire d’une Chaire de recherche du Canada en écologie des communautés et des écosystèmes. « Nos plans d’eau sont peu protégés quand les vaches vont au pâturage. »

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Dans les grands pâturages libres du monde entier, des animaux d’élevage assoiffés dégradent les régions littorales et compactent les sols; ils consomment les plantes des zones humides, et leurs déjections peuvent occasionner une surproduction d’azote et de phosphore, polluant l’eau de surface et l’eau souterraine.

À l’Université Thompson Rivers, Lauchlan Fraser étudie les effets du bétail sur les secteurs fourragers des zones humides et des prairies autour de cette collectivité – au cœur du pays de l’exploitation bovine dans l’intérieur de la Colombie-Britannique – et il examine l’évolution de ces secteurs fourragers en fonction des changements climatiques.

L’écologiste mène une grande partie de ses expériences au parc provincial Lac du Bois, situé à 20 minutes à peine du campus. S’appuyant sur la phytoremédiation – l’étude de l’utilisation des plantes pour extraire le surplus de nutriants dans les eaux usées – il a récemment comparé la capacité de différentes plantes indigènes des prairies à réduire les concentrations élevées de nutriants présentes dans les terres humides à forte densité de bétail. Ces plantes sont idéales pour les « marais artificiels » – on creuse des trous dans le sol, on étend une membrane imperméable, puis on plante des végétaux qui aiment ces nutriants et l’eau. Au Canada et aux États-Unis, on utilise déjà ce système pour les exploitations de bovins laitiers et de porcs depuis plus d’une décennie, mais son application aux bovins de boucherie dans les grands pâturages libres en est encore à ses débuts. À cette fin, Lauchlan Fraser a trouvé trois espèces végétales qu’on peut utiliser pour maximiser la fonction d’épuration de l’eau dans les grands pâturages libres de l’intérieur de la Colombie-Britannique.

Au-delà des prairies de la Colombie-Britannique, l’écologiste précise que des plantes courantes comme la massette et la quenouille conviennent également pour traiter les eaux usées produites par l’agriculture puisqu’elles poussent rapidement, sont résistantes et se développent en abondance dans des environnements humides présentant des taux élevés de nutriants. « La plantation stratégique de certaines de ces espèces dans certaines sections de nos étangs et de nos zones humides, dit-il, peut contribuer à améliorer la charge en nutriants dans nos voies d’eau. »

Trop d
 

Trop d'animaux d'élevage assoiffés ont détruit cette zone littorale à Kamloops, en Colombie-Britannique, en raison d'un surpâturage et de la pollution de l'eau souterraine causée par leurs déjections.
Marc Jones, Université Thompson Rivers

Lauchlan Fraser souhaite trouver des applications pratiques à ses recherches. « J’espère par mon travail influencer et favoriser la mise en œuvre de politiques sur l’utilisation par le bétail des systèmes de zones humides, notamment contribuer à trouver des moyens d’approvisionner en eau les vaches sans perturber les écosystèmes et mettre à profit nos connaissances sur les espèces végétales pour réduire les charges en nutriants. »

L’écologiste entretient un lien de longue date avec ces grands pâturages qu’il étudie : ses ancêtres comptaient parmi les premiers fermiers de l’intérieur de la Colombie-Britannique et il se rappelle avoir vu dans son enfance de « vrais cowboys » sur ces pâturages. Au cours de la dernière décennie, il a appliqué les théories écologiques apprises durant ses études aux prairies de la Colombie-Britannique, manifestant un intérêt grandissant pour l’« interaction » entre les perturbations engendrées par les animaux d’élevage et les changements climatiques. Dans ses plus récents travaux, il examine comment le carbone est stocké dans le sol des prairies – une future source de revenus potentielle pour les éleveurs de la Colombie-Britannique comme Dave Zirnhelt. « Si nous voulons pratiquer l’échange de droits d'émission de carbone, nous devons établir la valeur du carbone stocké dans le sol, affirme Dave Zirnhelt, qui est propriétaire de 40 têtes de bétail dans l’intérieur de la Colombie-Britannique. Il s’agit d’un travail absolument essentiel et Lauchlan Fraser est en train de jeter les bases de ce champ d’études. »

En 1999, Lauchlan Fraser est parti travailler à l’Université d’Akron dans l’Ohio, où il a amorcé ses recherches sur la phytoremédiation. Toutefois, l’écologiste est un cas classique d’exode inverse des compétences. Quand on lui a offert une Chaire de recherche du Canada, il est rentré en Colombie-Britannique avec sa jeune famille.

Lauchlan Fraser entend continuer à étudier comment les grands pâturages de la Colombie-Britannique s’adapteront aux hausses prévues de pluie hivernale et de sécheresse estivale, des conditions qu’il reproduit maintenant dans son laboratoire en plein air. « Les prairies représentent à peine un pour cent du territoire de la Colombie-Britannique à l’heure actuelle, mais dans cent ans, ce chiffre pourrait grimper à huit pour cent, ajoute Lauchlan Fraser. Les conséquences pour la province pourraient être énormes. »

Le rôle de la Fondation canadienne pour l’innovation

La FCI a financé l’infrastructure dont Lauchlan Fraser a besoin pour poursuivre ses travaux sur les zones humides et les changements climatiques. Dans une serre de 185 mètres carrés à ambiance contrôlée, il reproduit les futurs effets des changements climatiques et il utilise 30 « réservoirs à bétail » pour mesurer les répercussions du bétail sur les zones humides. Il a aussi reçu des fonds pour un laboratoire de 140 mètres carrés et pour une camionnette tout terrain qui lui permet de transporter son matériel sur le terrain afin de mener ses recherches.