Spinal repair

Réparation médullaire

Des chercheurs de la Colombie-Britannique donnent aux patients atteints d'une lésion médullaire (de la moelle épinière) une nouvelle raison d'espérer retrouver leur mobilité
1 mars 2003

Chris Taylor* est un mécanicien de 29 ans qui cherche sans cesse de trouver la meilleure façon de réparer des moteurs.

Janice Eng est professeure agrégée à l'École des sciences de la réadaptation de l'Université de la Colombie Britannique.

Qu'est-ce qu'ils ont en commun? Le désir de réparer toute chose détraquée et un rôle important dans leur vie respective.

Le tout a commencé à Vancouver en 2001 lorsque M. Taylor a été blessé dans un accident d'automobile. Malgré son rétablissement partiel des lésions médullaires subies dans l'accident, sa qualité de vie et ses chances de ne plus ressentir de douleur dépendaient fortement des progrès de la science et de la réadaptation. Et c'est ainsi qu'il a abouti un jour dans le bureau de Mme Eng.

Mme Eng fait partie d'International Collaboration on Repair Discoveries (ICORD), un organisme de Vancouver dirigé par M. John Steeves et qui réunit des centaines de chercheurs ayant un but commun : favoriser le rétablissement et améliorer l'autonomie des personnes atteintes de lésions médullaires. En collaboration avec son équipe de chercheurs en médecine, en neurosciences et en génie, Mme Eng tente de trouver les meilleurs moyens de réadapter des patients ayant subi des blessures médullaires.

La collaboration entre M. Taylor et Mme Eng a débuté lorsque M. Taylor est devenu l'un des 22 patients choisis avec soin afin qu'ils participent à l'essai de nouvelles techniques novatrices de réadaptation. Ils ont alors entrepris leur participation concertée à un projet d'une année qui avait pour but de déterminer comment la stimulation électrique peut aider les personnes atteintes de lésions médullaires à rétablir une partie ou la totalité de leur mobilité. Les patients sont branchés à une machine portative qui stimule l'activité musculaire à l'aide d'un courant électrique. Grâce à des caméras et à des capteurs mis en place sur les patients, Mme Eng et son équipe ont surveillé M. Taylor et 21 autres patients afin de déterminer leur force et leur endurance.

L'équipe de recherche a analysé des choses simples comme la vitesse de marche et des facteurs complexes comme la force produite dans les articulations des patients. Les résultats furent encourageants. Avec la stimulation par courant électrique, M. Taylor et d'autres personnes atteintes de lésions médullaires montraient une nette amélioration. Mme Eng, également membre du corps professoral d'ICORD, aime raconter comment M. Taylor s'est mis à faire des progrès fulgurants. » Grâce à la stimulation électrique, il pouvait marcher presque deux fois plus vite. «

Le profil de blessure de M. Taylor, contrairement au projet de recherche d'ICORD, n'avait rien d'exceptionnel. En fait, sa description correspond à celle de la plupart des Canadiens et Canadiennes atteints de lésions médullaires. Environ 80 % des personnes ayant subi des lésions médullaires ont moins de 30 ans. La majorité sont des hommes. Dans la moitié des cas, la moelle épinière n'est pas complètement sectionnée.

Heureusement pour ICORD, les personnes atteintes de lésions médullaires ont auprès des médecins et des scientifiques la réputation d'être très motivées et énergiques au sujet de leur réadaptation. Dans le cas de M. Taylor, le potentiel de retrouver une certaine mobilité à l'issue d'une thérapie intensive était grand étant donné que sa moelle épinière n'était pas complètement sectionnée.

Les patients comme M. Taylor sont au cœur du succès du Centre selon ICORD. Grâce à sa participation, Mme Eng et d'autres membres du corps professoral espèrent réaliser des progrès importants dans leurs recherches et aider des millions de personnes à triompher de leurs lésions médullaires.

* Nota : Chris Taylor est un pseudonyme utilisé pour protéger l'identité du patient.

Retombées

Pour réaliser les progrès les plus rapides quand il s'agit de lésions médullaires, le meilleur moyen est de veiller à l'interaction quotidienne des cliniciens, des scientifiques et des patients. C'est là l'idée de base à l'origine d'ICORD. En fait, cette interaction est censée accélérer la transition des découvertes en sciences fondamentales et des essais cliniques vers la mise en œuvre réelle, qui offre aux patients un meilleur espoir de se rétablir en fin de compte.

ICORD est le premier centre de recherche canadien (et seulement le deuxième à l'échelle de la planète) à tenter de réunir patients et chercheurs de disciplines variées sous un même toit. Le Centre est positionné de façon à attirer et à retenir les leaders dans les domaines de la médecine, de la physiothérapie, de la kinésiologie, du génie physique, de l'ergothérapie et des neurosciences. Il est également appelé à devenir un centre exceptionnel à l'échelle canadienne et mondiale pour la recherche sur les blessures médullaires en donnant à plus de 300 chercheurs l'occasion d'effectuer des recherches novatrices et de travailler de près avec des patients.

Vancouver était un choix idéal pour ICORD parce que cette ville abrite déjà 20 groupes distincts de chercheurs sur les lésions médullaires, situés à divers endroits. Cela est appelé à changer. D'ici 2005, ICORD emménagera dans un nouvel édifice de 10 000 mètres carrés à l'Hôpital de Vancouver, financé en partie grâce au soutien en infrastructure de la Fondation canadienne pour l'innovation.

Quel est l'impact global du travail d'ICORD? Le Centre espère améliorer la qualité de vie des 36 000 Canadiens et Canadiennes qui sont déjà atteints d'une lésion médullaire et des 1100 personnes qui le deviennent chaque année. Le travail d'ICORD pourrait également jouer un rôle important dans la réduction du milliard de dollars par année dépensés pour s'occuper des personnes atteintes de lésions médullaires au Canada.

Partenaires


Au Canada, Rick Hansen est sans contredit la personne atteinte d'une lésion médullaire la plus connue. On lui attribue généralement le mérite d'avoir eu le leadership et la vision nécessaires pour faire passer ICORD du concept à la réalité.

Président-directeur général de l'Institut Rick Hansen, M. Hansen a fait preuve d'un engagement profond envers ICORD. Il reconnaît qu'on peut faire beaucoup pour accélérer le rythme des recherches sur la moelle épinière en réunissant les chercheurs sous un même toit. Son Institut a versé 1 million de dollars en fonds de démarrage afin d'aider à réunir les chercheurs au sein d'un réseau virtuel en attendant qu'ICORD déménage dans ses nouveaux locaux en 2005. L'Institut a également versé une contribution de 2,25 millions de dollars en contrepartie de celle du gouvernement de la Colombie Britannique afin d'appuyer le travail de John Steeves, directeur d'ICORD.

Selon M. Hansen qui travaille également avec les principaux partenaires tels que l'Université de la Colombie-Britannique et la Vancouver Coastal Health Authority, " l'Institut a été créé pour identifier des programmes clés et éliminer les obstacles qui empêchent la transition rapide des essais cliniques aux traitements pouvant aider les gens. ICORD est un de ces programmes. ICORD est un exemple concret des principes de l'Institut à l'œuvre. "

M. Hansen croit qu'ICORD est à la veille de devenir un centre de traitement et de recherche complètement intégré et unique en son genre. ICORD servira également à attirer des chercheurs d'un océan à l'autre et du monde entier. ICORD suscite déjà l'intérêt d'autres partenaires éventuels. L'Institut Rick Hansen négocie actuellement un financement supplémentaire de 20 millions de dollars avec un donateur important du secteur privé.