Filling the glass

Remplir son verre

Un nouveau réseau national de recherche veut faire couler de l'eau de qualité chez tous les Canadiens
29 juillet 2009
Le professeur Mohseni affirme qu
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Le professeur Mohseni affirme qu'il y a, à tout moment au Canada, 1 700 petites collectivités où les résidants doivent faire bouillir leur eau. L'aspirant au doctorat Adrian Vega (à gauche) et le professeur Madjid Mohseni.
Keyvan Maleki

Walkerton, en Ontario, North Battleford, en Saskatchewan, ainsi que la réserve des Premières nations de Kashechewan, dans le nord de l’Ontario : trois exemples probants – et combien dramatiques – de ce qui peut malheureusement arriver quand l’eau potable d’une communauté est contaminée. Mais ils ne sont pas les seuls. Bon an, mal an, 1 700 petites communautés au pays, ce qui représente quelque six millions de Canadiens, reçoivent un avis de faire bouillir l’eau en raison du risque d’exposition à des agents pathogènes.

Le RES’EAU-WaterNET, un réseau national de recherche dirigé par l’ingénieur Madjid Mohseni, de l’Université de la Colombie-Britannique, se penche sur les problèmes liés aux systèmes de traitement de l’eau potable des petites collectivités, des communautés rurales et de celles des Premières nations. Son objectif : faire en sorte que tous les Canadiens aient accès à de l’eau potable de qualité.

Au Canada, les grands centres urbains peuvent non seulement compter sur des systèmes de traitement de l’eau d’excellente qualité, mais aussi sur du personnel qualifié, sur des sources d’approvisionnement contrôlées et sur des usines de traitement de pointe. Mais ce n’est pas toujours le cas dans les collectivités comptant moins de 2 000 résidants où, souvent, les systèmes de traitement s’approvisionnent à des sources moins sûres et sont gérés par des bénévoles. Et même lorsqu’une petite communauté souhaite améliorer son système, la technologie disponible, conçue pour de grands utilisateurs, se révèle au-dessus de leurs moyens. Le RES’EAU-WaterNET s’est donné pour mission de mettre au point des technologies abordables et novatrices à l’intention de ces collectivités.

« La difficulté, c’est de répondre aux besoins de chaque communauté, qui sont uniques, puisqu’elles se trouvent dans des régions dont la géographie, le climat et les types de sources d’eau varient considérablement de l’une à l’autre, affirme Madjid Mohseni. Cela pose un défi économique qui a pour effet de décourager le secteur privé de mettre au point une technologie adaptée aux collectivités de moindre taille. »

Le traitement adéquat de l’eau pose également un défi. Pour tuer les agents pathogènes, on ajoute du chlore à l’eau. Mais si le chlore se retrouve en trop grande quantité – par exemple, lors des crues printanières, moment où la turbidité de l’eau est élevée –, il réagit avec la matière organique pour former des sous-produits de la désinfection nocifs, tels que les haloacides et les trihalométhanes. Ces deux agents sont pointés du doigt pour expliquer certains problèmes de santé et anomalies congénitales.

« Pour l’instant, le traitement de l’eau se fait en fonction de la quantité d’eau circulant dans un système, en fonction de la quantité de chlore qu’on y ajoute et de la quantité de matières qu’on en élimine, indique Asit Mazumder, biologiste à l’Université de Victoria et spécialiste en assainissement de l’eau. Mais nous ignorons si ce traitement fonctionnera dans 10 ou 20 ans compte tenu des changements dans l’utilisation des terres et des changements climatiques, qui ont des répercussions sur la qualité de l’eau à la source. » Dans le cadre de ses recherches avec le RES’EAU-WaterNET, le biologiste et ses collègues rencontrent des opérateurs affectés au traitement de l’eau de toutes les régions du pays afin de relever, sur une base annuelle, les changements à la qualité de l’eau : ils recueillent des données exhaustives sur les sources d’eau et sur la façon dont l’eau est distribuée. Un travail qui permettra de concevoir de meilleures techniques de gestion du traitement de l’eau et d’assurer, pour l’avenir, la protection des sources d’eau.

Le RES’EAU-WaterNET a été constitué à la suite d’une réunion nationale d’un groupe d’experts en assainissement de l’eau, en 2006, soit six ans après la tragédie de Walkerton : dans cette communauté ontarienne, la contamination de l’eau potable par la bactérie E. coli et la campylobactérie avait alors coûté la vie à sept personnes et en avait rendu 2 500 autres malades. Le réseau a entrepris son mandat de cinq ans en avril 2009. Il compte dans ses rangs des collectivités, des organismes gouvernementaux, des partenaires du secteur privé et huit universités canadiennes. Dans le cadre de ses 18 projets en cours, le groupe poursuit quatre objectifs clés : mettre au point des technologies robustes, indispensables et abordables; concevoir un outil d’évaluation technologique afin d’aider les gestionnaires en traitement de l’eau à choisir un système adapté à leurs besoins; élaborer un protocole et un manuel de formation à l’intention des opérateurs de petits systèmes; enfin, constituer une base de données qui permettra d’observer, dans le temps et l’espace, les fluctuations de qualité des sources d’eau et ce que cela nécessite pour obtenir un traitement et une désinfection optimaux.

Colin Saunders, directeur des services publics de la Municipalité de Brockton, en Ontario, dont fait partie Walkerton, fonde beaucoup d’espoir dans le RES’EAU-WaterNET. « Le réseau offre deux avantages majeurs au grand nombre de Canadiens qui dépendent de petits systèmes de traitement, affirme M. Saunders. Il permettra de mettre en place le meilleur système de traitement possible, et ce, sans compromettre la rentabilité. À titre de directeur et de contribuable, c’est toujours ce que je recherche. »

Centre de Walkerton pour l’assainissement de l’eau