Collecting the stories of traditional healing

Trois générations de mains en forme de coupe, entrelacées, tenant une plante en croissance dans la terre.

Recueillir les récits sur les pratiques de guérison traditionnelles

Yvonne Boyer de la Brandon University travaille à mettre sur pied un centre de recherche qui recueillera les connaissances sur les pratiques de santé autochtones afin d’intégrer les modes de guérison traditionnels aux politiques canadiennes de la santé.
24 septembre 2015

Yvonne Boyer est issue d’une famille de guérisseurs et de fournisseurs de soins de santé. Sa tante était infirmière dans une réserve du nord de la Saskatchewan dans les années 1960. À cette époque, les symptômes de toux et de respiration sifflante associés à la tuberculose sévissaient en force. La chercheuse rapporte que lorsqu’elle était enfant, sa tante lui décrivait les effets de la tuberculose sur l’ensemble de la population, jeunes et vieux. « Voilà les histoires que j’entendais avant d’aller au lit, précise Yvonne Boyer. Comment on fracturait les côtes des petits Indiens pour soulager leurs symptômes. »

Ces récits se sont imprimés dans l’esprit d’Yvonne Boyer et ont inspiré ses travaux visant à améliorer les lois et les politiques de santé destinées aux Premières Nations, aux Métis et aux Inuits.

En 2014, la chercheuse a franchi une étape importante dans la poursuite de cet objectif quand elle a été nommée titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la santé et le mieux-être autochtones et qu’elle a obtenu du financement de la Fondation canadienne pour l’innovation (FCI) pour construire et équiper l’Indigenous Community-Based Health Research Centre à la Brandon University, dans le sud du Manitoba.

Le centre se veut un espace invitant où les Autochtones pourront venir prendre une tasse de thé et relater des histoires sur les pratiques de santé préeuropéennes. « J’y rencontrerai des gens qui me raconteront ce que faisait leur arrière-grand-mère quand ils avaient un rhume, indique Yvonne Boyer, par exemple comment celle-ci appliquait un cataplasme de boue sur leur poitrine. »

Selon Yvonne Boyer, les politiques de santé du Canada ont depuis toujours privilégié des pratiques médicales occidentales. En outre, ajoute-t-elle, on note des inégalités dans la prestation des soins de santé offerts dans les réserves et à l’extérieur de celles-ci et des différences encore plus marquées par rapport à l’ensemble de la population canadienne. Elle cite ainsi en exemple un appareil médical employé pour régulariser la respiration pendant le sommeil. La chercheuse explique que les Autochtones sont obligés de faire faire l’entretien de cette machine régulièrement parce le système de soins de santé « ne les croit pas assez compétents pour s’occuper eux-mêmes de l’appareil ». En revanche, ce même système de santé semble estimer que les non-Autochtones sont capables de gérer leurs propres questions de santé, y compris le matériel médical. 

Pour aplanir ces disparités, Yvonne Boyer passera les cinq à dix prochaines années au centre, où elle recueillera et analysera des récits témoignant de la riche histoire et de la culture liées aux pratiques de santé autochtones. Ces données auront une incidence sur les cadres juridique et politique à l’échelle fédérale et provinciale par l’intégration du savoir de guérison traditionnel.

Cette histoire a été publiée à l’origine en mars 2014.