Burning desire

Question brûlante

Armée d'une technologie de pointe, une équipe de chercheurs de l'Alberta s'affaire à limiter les cicatrices résultant de brûlures sévères
1 juin 2004
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Les brûlures surviennent en un éclair. Certes, les premiers flétrissements de la chair sont atroces et douloureux, mais c’est souvent la cicatrisation qui a les répercussions les plus débilitantes à long terme sur la vie des grands brûlés.

Pour les médecins et les chercheurs qui étudient comment le corps réagit au traumatisme d'une brûlure, l'enjeu réel n'est pas le processus de cicatrisation lui-même, mais ses variations d'une personne à l'autre. « Nous ne savons pas pourquoi certains présentent des cicatrices et pas d'autres, explique le Dr Edward Tredget, directeur du Burn Centre et professeur de chirurgie plastique à l'Université de l'Alberta, à Edmonton. On cherche depuis des années des traitements efficaces pour les cicatrices. »

Pour trouver des réponses et donner de l'espoir aux innombrables patients brûlés, Edward Tredget a recours à un spectromètre de masse financé par la Fondation canadienne pour l'innovation (FCI). Ainsi, il peut voir au-delà de la plaie et examiner les cellules et les protéines qui participent à l'ensemble de la réponse immunitaire du corps. Il espère qu'après avoir compris le comportement de ces cellules et de ces protéines, les chercheurs pourront les manipuler de façon à limiter les cicatrices.

Pour certaines personnes, la brûlure frappe deux fois. Après la blessure et la douleur initiales, elles doivent vivre avec une seconde blessure appelée cicatrice hypertrophique. Ce type de cicatrices est un dépôt fibreux de tissu rouge, épais et douloureux qui tarde à guérir. Les cicatrices hypertrophiques peuvent considérablement défigurer les gens qui ont de grandes brûlures et limiter l'amplitude de leurs mouvements. Selon Edward Tredget, qui dirige aussi le Wound Healing Research Group de l'Université de l'Alberta, la façon traditionnelle de limiter ces cicatrices consistait à les traiter localement. Mais cela ne donne pas toujours les meilleurs résultats. « Une réponse immunitaire circulante semble se déclencher après une brûlure, explique-t-il. Par conséquent, malgré l'application locale d'une substance sur les tissus, certaines cellules sont quand même activées, s'infiltrent dans la plaie et contribuent à la formation de cicatrices. »

Le défi consiste donc à trouver comment manipuler la réponse immunitaire circulante. Ce n'est pas là tâche facile, puisque des centaines de cellules et de protéines y participent, dont bon nombre sont transportées par le sang en raison de la distance qui les sépare de la plaie. « Le spectromètre de masse nous permet d'isoler une molécule — dans une jungle d'autres molécules circulant dans le plasma du patient brûlé — à des niveaux très élevés de spécificité et de sensibilité », explique Edward Tredget.

La cicatrisation hypertrophique est étroitement liée à d'autres troubles « fibro-prolifératifs », comme la fibrose pulmonaire. Dans ce type d'affections, on sait que les cellules burso-dépendantes, appelées fibrocytes, stimulent la production de tissus à base de collagène. Les fibrocytes sont normalement présents en très petite quantité dans la peau, mais on en compte jusqu'à cinq fois plus dans les tissus cicatriciels.

Pour étudier les répercussions de ces fibrocytes sur la cicatrisation, les chercheurs doivent trouver un moyen d'observer leur comportement. Edward Tredget et ses collègues, le Dr Aziz Gharary et le Dr Paul Scott, ont cerné un marqueur protéique unique qui agit comme signalisation moléculaire pour cette cellule. Ils ont ensuite procédé au séquençage de ce marqueur essentiel qui permet maintenant aux chercheurs de quantifier et de suivre ces cellules chez le patient.

Retombées

Pour un grand nombre de brûlés, la souffrance de la guérison se compare à une cuisson à feu doux. Les cicatrices hypertrophiques qui se développent entraînent de la douleur et des démangeaisons extrêmes. « Les patients touchés ne dorment que quelques heures par nuit en raison de l'inconfort », explique le Dr Edward Tredget, directeur du Burn Centre et professeur en chirurgie plastique à l'Université de l'Alberta, à Edmonton.

Edward Tredget et ses collègues du Wound Healing Research Group de l'Université de l'Alberta utilisent un spectromètre de masse financé par la Fondation canadienne pour l'innovation (FCI) pour cerner les molécules contribuant à cette cicatrisation douloureuse. La recherche ouvre de nouvelles voies qui permettront de limiter les cicatrices et d'éliminer l'inconfort qui en découle. Les essais de stade III actuellement effectués à l'Université par le groupe auprès d'une vingtaine de patients seront terminés cette année. Les chercheurs étudient le rôle de l'interféron alpha-2b pour limiter l'action des histamines dans la cicatrisation. Ces produits chimiques constituent la majeure partie de la réponse immunitaire du corps aux blessures. Ils sont excrétés en grande quantité par les cicatrices immatures de brûlure et semblent stimuler la cicatrisation hypertrophique ainsi que la douleur et les démangeaisons qui y sont liées.

Les résultats initiaux des essais d'interféron alpha sont prometteurs. Ils indiquent que le traitement à l'interféron pourrait permettre d'obtenir des cicatrices plus souples, moins bombées, moins défigurantes et causant moins de démangeaisons. Le Wound Healing Research Group a précédemment démontré que l'application en surface ou sous la peau d'interféron alpha-2b réduit les niveaux d'histamines chez le patient. Elle pourrait aussi diminuer l'activité des fibrocytes (cellules qui déclenchent la cicatrisation hypertrophique) au site de la plaie.

Selon Edward Tredget, le spectromètre de masse est un outil essentiel à l'étude de l'interféron chez les patients brûlés. « L'interféron semble faire une différence biochimique, et la capacité d'évaluer cette théorie permet d'appuyer nos évaluations cliniques. »

Partenaires

Le Wound Healing Research Group est formé du Dr Edward Tredget, de ses collègues, le Dr Aziz Gharary et le Dr Paul Scott, et de l'infirmière de recherche Heather Shankowsky, IA. Les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) offrent un soutien financier au groupe.

Pour en savoir plus

L'American Burn Association (ABA) est un chef de file mondial dans la promotion de la recherche, de la réadaptation, de l'éducation et de la prévention en matière de brûlures. (Site anglophone)

L'Alberta Burn Rehabilitation Society (ABRS) offre soutien et assistance aux grands brûlés, à leurs familles et à leurs amis. (Site anglophone)