When good stress turns bad

Quand le « bon » stress devient néfaste

Face au stress, le cerveau peut émettre une réponse saine ou malsaine. Des chercheurs de Calgary se penchent sur la question.
24 novembre 2010
Le « centre de commande » qui contrôle la
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Le « centre de commande » qui contrôle la réponse du cerveau au stress est le noyau paraventriculaire de l'hypothalamus (NPV).
Jaideep Bains, Université de Calgary

Personne n’est à l’abri du stress, qu’il soit causé par des contrariétés quotidiennes – embouteillages ou appareils qui refusent de fonctionner – ou par des événements qui nous touchent profondément comme le décès d’un être cher, un divorce ou une perte d’emploi.

Or, peu importe l’élément déclencheur, la réponse initiale de l’organisme et du cerveau à une situation stressante est systématiquement la même : le rythme cardiaque et la tension artérielle augmentent, alors qu’une montée d’adrénaline produit une source exceptionnelle d’énergie.

Le stress peut être un stimulant positif pour le cerveau. Après tout, il provoque une réaction primitive et évolutive qui nous pousse à nous jeter sur le côté pour éviter une voiture ou à nous échapper d’un immeuble en feu.  

Mais l’exposition à un grand nombre de situations stressantes très rapprochées peut entraîner un stress chronique qui, en retour, contribue à l’apparition de troubles mentaux et physiques graves, comme la dépression, l’anxiété, la fatigue, la perte de mémoire et même la cardiopathie et l’hypertension.

Le neuroscientifique Jaideep Bains et son équipe du Hotchkiss Brain Institute de l’Université de Calgary s’emploient à établir comment le « bon » stress peut devenir néfaste et pourquoi. Les conclusions pourraient nous amener à concevoir des approches thérapeutiques pour contrer les effets les plus nocifs du stress chronique.

Bains examine les réactions au stress depuis près d’une décennie dans le cadre d’une étude plus vaste visant à comprendre les connexions du cerveau et le mode de communication des neurones entre eux. 

En plus d’avoir identifié la protéine qui joue un rôle spécifique dans l’activation du centre de commande du stress situé dans le cerveau, l’équipe de chercheurs a récemment découvert un mécanisme par lequel les cellules cérébrales de rats de laboratoire deviennent de plus en plus sensibles aux stress subséquents.

On sait depuis longtemps que le cerveau réagit aux signaux de stress en libérant des hormones dans le système sanguin. Chez les humains, la plus importante est le cortisol.

« Le but est de canaliser toutes les ressources de l’organisme afin de répondre au facteur de stress qui se présente, explique le neuroscientifique. Qui plus est, ce système de réponse est également autorégulateur. Une fois que les hormones nous ont aidé à faire face à la source de stress, elles prescrivent au centre de commande du cerveau d’interrompre le processus. »

L’équipe de chercheurs a également découvert que les signaux de stress parvenant au cerveau laissent une empreinte moléculaire – qui dure environ une semaine – sur les cellules de ce centre de stress. Ces cellules marquées répondent ensuite à de nouveaux agents stressants de façon amplifiée, en sécrétant davantage de cortisol. Si le phénomène se répète fréquemment, le système de blocage naturel du centre de commande cesse de fonctionner, ce qui prédispose de façon permanente le cerveau à devenir surexcité.

Les neurones du NPV (EN VERT) et les cellules
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Les neurones du NPV (EN VERT) et les cellules
Jaideep Bains, Université de Calgary

« Lorsqu’on est constamment exposé au stress au travail ou dans sa vie personnelle, poursuit le neuroscientifique, le cerveau demeure en état d’hypervigilance. »

C’est ainsi que le stress peut devenir chronique.

Ces conclusions pourraient ultimement mener à la création de nouveaux traitements médicamenteux permettant d’effacer l’empreinte laissée sur les cellules du cerveau par la réponse initiale au stress ou, à tout le moins, d’en réduire la durée. Il faudrait toutefois y arriver sans inhiber le rôle physiologique bénéfique joué par le cerveau pour nous aider à combattre le stress.

Bains croit que ses recherches pourraient également jeter un nouvel éclairage sur l’état de stress post-traumatique (ESPT) qui se manifeste parfois chez les soldats de retour de mission, entre autres.

« Ce qui est troublant en ce qui concerne l’ESPT, c’est que les personnes qui ont été exposées à un événement particulièrement traumatisant se portent généralement bien après avoir quitté le lieu de la tragédie, explique le chercheur. Puis, quelque chose vient raviver le souvenir de l’événement traumatique de même que la réaction au stress qui l’accompagnait, ce qui fait foi de l’étonnante capacité de l’organisme à se remémorer les situations stressantes. Nous pensons que le mécanisme d’amorçage que nous avons découvert pourrait nous aider à mieux comprendre ce qui se produit. »

Or, de nombreux points d’interrogation subsistent, à savoir notamment si certains facteurs de stress – économiques ou émotifs, par exemple – ont plus d’impact sur le cerveau humain que d’autres.

« C’est une question complexe, précise le chercheur. Ce que nous savons, par contre, c’est que peu importe le facteur de stress en cause, l’organisme réagit de la même manière en ce qui concerne la libération d’hormones. Une fois que le cerveau a identifié une source de stress, que ce soit l’autobus qui fonce sur nous ou une faillite imminente, le même mécanisme se déclenche pour nous protéger de la menace perçue. »

L’équipe aimerait bien examiner plus à fond un des aspects du phénomène, soit pourquoi certaines personnes semblent mieux résister au stress que d’autres. Si la thèse des prédispositions génétiques fait probablement partie de l’explication, il reste à vérifier si l’exposition à des événements perturbants importants dès le jeune âge – par exemple, à l’adolescence – influe sur la vulnérabilité au stress à l’âge adulte.

« Le fait d’être exposé au stress pendant la tendre enfance aiderait peut-être certaines personnes à maîtriser des situations stressantes plus tard, affirme le chercheur. Mais ce pourrait également être l’inverse. La question reste à étudier et nous sommes enthousiasmés à l’idée d’y répondre. »