Going au naturel

Produits de santé naturels : science et tradition

Des millions de Canadiens utilisent des produits de santé naturels et les chercheurs commencent à s'intéresser davantage aux aspects scientifiques de leur utilisation médicinale.
22 septembre 2010
Chercheuses de l'ITCB (de gauche à droite) : Paula Brown, Joan Shellard et Sarah McLeod dans leur laboratoire de biologie moléculaire intégrée.
Scott McAlpine, ITCB

À quelle fréquence avez-vous recours à des produits de santé naturels (PSN) dans votre vie de tous les jours? Vous prenez peut-être une vitamine ou deux et un supplément d’oméga-3. Ou peut-être prenez-vous une dose de glucosamine lorsque vos articulations vous font souffrir, avalez-vous un comprimé d’échinacée quand vous n’êtes pas dans votre assiette ou vous frictionnez-vous à l’aloès après une trop longue exposition au soleil. Si c’est le cas, vous n’êtes pas seul. Selon un sondage mené par Santé Canada, en 2005, 71 % des Canadiens consomment régulièrement des vitamines et des minéraux, des produits à base d’herbes médicinales, des produits de médecine homéopathique et d’autres PSN.

Malgré leur popularité grandissante, les PSN font l’objet de peu de recherches scientifiques, puisque des décennies ou même des siècles d’utilisation traditionnelle supplantent souvent le besoin d’en savoir plus. « Si, selon la croyance populaire, le produit est efficace, alors voilà, le tour est joué (en termes de réputation), admet Joan Shellard, chercheuse au Programme de biotechnologie à l'Institut de technologie de la Colombie-Britannique (ITCB). Les compagnies n’ont donc pas vraiment de raisons de payer pour des recherches supplémentaires. »

Néanmoins, la scientifique et ses collègues espèrent combler cette lacune dans la recherche en déterminant la valeur thérapeutique réelle des PSN. « Les gens veulent savoir si les PSN sont vraiment efficaces », déclare Sarah McLeod, collègue de Joan Shellard. Selon elle, la démarche scientifique qui sous-tend leur production n’est pas très rigoureuse. « Les PSN ne subissent pas tous les tests auxquels les médicaments doivent être soumis. Est-ce que les compagnies utilisent les bons ingrédients, et les concentrations sont-elles appropriées pour obtenir l’effet désiré? » Les chercheurs veulent suivre la production des PSN depuis la culture des plantes jusqu’à leur dosage, en passant par les modèles animaux et les essais, en vue de déterminer si, oui ou non, tel ou tel PSN remplit ses promesses.

L’obstacle réside dans la méthode scientifique généralement utilisée pour étudier les médicaments. La méthode consiste habituellement à attribuer une activité biologique précise à un composé précis, ce qui va à l’encontre de la nature intrinsèquement complexe des PSN — ils sont parfois faits de milliers d’éléments chimiques distincts. Comme la science tend à extraire et à tester les composantes une à une, elle oublie le suivi du potentiel global d’un PSN.

« Nous nous questionnons sur les effets de synergie et le fait de garder les PSN entiers, précise Sarah McLeod. Pour traiter les maladies complexes, par exemple, il faut les considérer sous plusieurs angles. Il existe une réelle possibilité que les PSN, avec leurs diverses composantes combinées, fonctionnent plus efficacement pour traiter les maladies humaines. En les isolant, on risque de perdre les éléments communs. »

Cette idée repose sur le principe à la base des médecines traditionnelles : le tout est plus grand que l’ensemble de ses parties. Joan Shellard et Sarah McLeod souhaitent développer une approche scientifique holistique pour l’essai biologique de mélanges de PSN complexes afin de pouvoir, finalement, déterminer la préparation d’herboristerie idéale pour prévenir des maladies comme le cancer.

Joan Shellard compare ce procédé avec celui de la vinification : comme les vinificateurs qui tentent d’identifier et de reproduire un bon cru, « nous essayons de trouver le cru des PSN en déterminant quels seraient leurs profils chimiques idéals, explique-t-elle. Nous voulons pouvoir retourner voir un producteur de ginseng et lui dire “Quoi que vous ayez fait cette journée-là, vous avez produit le meilleur plant qui soit.” Nous voulons reproduire ce genre de culture optimale pour recréer le même profil chimique à chaque récolte. Les plants varient entre eux et il faut trouver la façon d’en tirer le maximum pour les activités visées. »

En plus d'effectuer des tests holistiques, Joan Shellard et Sarah McLeod désirent aussi découvrir les vertus inconnues des PSN, surtout en ce qui a trait à la prévention du cancer.

« L’inflammation est la source de plusieurs maladies, comme le cancer », explique Joan Shellard. Les PSN ont traditionnellement été utilisés pour traiter les problèmes inflammatoires, par exemple la polyarthrite rhumatoïde, et se sont avérés efficaces dans le développement de médicaments anticancéreux. L’équipe croit par conséquent être capable d'identifier et de caractériser ces types d'activités biologiques présents dans certains PSN.

À titre d’exemple de ce changement de paradigme à valeur ajoutée, Joan Shellard cite la vitamine D. « Dans les années 1960, on a ajouté de la vitamine D au lait pour pallier le manque de soleil des enfants des régions nordiques. On réalise maintenant que cette vitamine peut aussi prévenir la sclérose en plaques et le cancer du sein. Elle n’avait au départ pourtant pas été considérée comme un produit anticancéreux ou auto-immun. Il est donc important de se demander ce que les PSN peuvent faire d’autre. »

Sarah McLeod abonde en ce sens : « Ce serait un grand progrès pour la santé humaine que de découvrir un moyen de prévenir le développement de maladies chroniques, surtout s’il n’implique pas les effets secondaires de certains médicaments actuellement employés. »

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